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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 06 février 2019
Sa note : 16/20

LINE UP

-Lucas Flocco
(chant+guitare)

-Jesse Shaw
(basse)

TRACKLIST

1) Facing the Truth
2) Disengage
3) Jade
4) Till Death Do Us Part
5) Last Christmas (Wham! Cover)

DISCOGRAPHIE


Mortanius - Till Death Do Us Part
(2019) - heavy metal metal prog speed metal neo-classique - Label : Rockshots Records



C'est marrant comme en terme de timbre vocal, il en va – en ce qui me concerne – un peu comme avec les femmes. C'est à dire que la perfection, ou ce qui s'en rapproche, a tendance à me laisser froid. Montrez-moi des photos de playmates, Victoria's Secret, je ne sais quelle égérie Channel à la mode ou une miss Bourgogne ou Creuse quelconque, et en général, si je reconnais les qualités esthétiques de la demoiselle, je me contente d'un « ouais, ok, elle est jolie ».

Par contre, je suis bien plus émoustillé (chérie, si tu me lis, je parle de ça pour illustrer mon propos, tu sais bien que de toutes façons je ne regarde jamais les autres filles) par une jolie femme toute simple, loin d'être parfaite, avec de jolies petits défauts, des imperfections craquantes mettant en valeur un mignon minois, bref : la beauté ne doit pas être une chose lisse, calculée et canonique. Ben la voix, dans les groupes de metal progressif, c'est la même chose. Il y a tellement de chanteurs à la voix pleine de vibrato, au timbre lisse et chaleureux, jamais fausse et toujours puissante, mais tellement ennuyante… et cela vaut, bien sûr, pour les hommes et les femmes (je préfère une Ellinor Asp et sa voix râpeuse au timbre parfaitement lisse de Tarja Turunen, par exemple). Si je parle de ça, c'est bien sur parce que Mortanius (ne pas oublier le i, ne pas oublier le i) entre justement dans la catégorie de ces voix particulières à l'écoute de laquelle il est probable que beaucoup haussent les épaules en se contentant d'un « j'aime pas sa voix, au gars ». Ce qui serait fort dommage.
Parce que Mortanius, c'est plein de charme. Un charme un peu old-school, vaguement suranné, ça sent un peu la naphtaline d'un style qui fut abandonné et laissé à moisir depuis la fin de la première décennie du XXIe siècle, à savoir le heavy progressif neo-classique. Bon, il reste quelques dinosaures comme Symphony X, mais globalement à l'écoute de Till Death Do Us Part, on se sent aspiré par la fin des années 90. Mortanius, qui a vu le jour quelque part du côté de la Pennsylvanie, a commencé doucement par quelques EPs qui n'ont pas du se diffuser en masse, avant de proposer un premier full-length via Rockshots Records. Mortanius, à proprement parler, c'est un duo : un chanteur guitariste et un bassiste, le reste étant assuré par la magie des ordinateurs – même si on dirait que d'autres membres ont fait des allées et venues dans le line-up, mais difficile d'être sûr.
Les premières notes de "Facing The Truth" ne laissent pas vraiment place au doute : rythmes purement power/heavy, leads de guitare Malmsteenien, puis très vite, quelques arrangements épiques de synthés et de clavecin… la messe est dite, accrochez vos ceintures, on repart en arrière. Très vite pourtant, se pointe une certitude : Till Death Do Us Part est bien foutu, les musiciens assurent vraiment, l'écriture est ciselée, les mélodies vocales souvent (très) haut perchées assurées par la voix légèrement nasillarde de Lucas Flocco – ce genre d'imperfections qui peut rendre la chose plus belle, comme je le disais plus haut – qui n'hésite pas à proposer du screaming à l'ancienne… sans oublier des solos de guitares carrément épiques, qui lorgnent évidemment du côté de Malmsteen / Romeo sans en singer les gimmicks pour autant, quelques passages au rythme plus progressif et des envolées speed avec double-pédale à fond les bananes voire même un peu de blast à l'occasion : nos Américains ne reculent devant rien et utilisent toutes les armes mises à leur disposition pour proposer quelque chose d'à la fois savoureusement ringard, délicieusement rétro, mais pourtant parfaitement réjouissant.


Certes, il n'y a que cinq titres, dont une dispensable reprise de Wham!, mais l'ensemble des compositions originales atteint tout de même les quarante-deux minutes grâce à des titres longs (un de dix-sept minutes et deux autour des dix minutes), donc on ne peut pas non plus dire que Till Death Do Us Part est pingre. Plaisir légèrement régressif mais assumé, Till Death Do Us Part coche toutes les cases de l'album attachant, réussi, parfois un peu bancal mais jamais ennuyeux. Assurément, je peux affirmer que j'écouterai plus souvent la fougue presque amateur de Mortanius que la perfection rodée de Dream Theater ou de Symphony X.



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