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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 28 janvier 2019
Sa note : 13/20

LINE UP

-Eleni Zafiriadou
(chant)

-Christer Espevoll
(guitare)

-Liam Wilson
(basse)

-David Husvik
(batterie)

TRACKLIST

1) Interstellar Islands
2) Heart Of Stone
3) Heavy Yoke
4) Fine Lines
5) Lost In The Ether
6) Spellbinder
7) Programmed To Distress
8) Eternal Echo
9) Iniquitous Spiritual Praxis
10) Succumb To Sorrow
11) Distant Call

DISCOGRAPHIE

Heavy Yoke (2018)

Azusa - Heavy Yoke
(2018) - metalcore mathcore - Label : Indie Recordings



Les supergroupes à chanteuse semblent être à la mode en cette fin 2018. Un mois après la sortie du remarquable album auto-intitulé de Northward - le side-project hard rock pêchu sur lequel Floor Jansen s'est lâchée bien plus que sur le dernier Nightwish - débarque Heavy Yoke, premier essai longue durée d'Azusa, nom vaguement indien d'un quatuor réunissant des membres d'Extol, The Dillinger Escape Plan et Sea+Air. « Qui ça »? demanderaient les fidèles d'AC/DC et Metallica s'ils s'intéressaient à d'autres groupes que ceux faisant l'objet de leur exclusive dévotion. Il est vrai que le concept de all-stars band underground peut prêter à discussion, surtout quand les instigateurs ne sont plus actifs avec leur supposée formation principale. Encore un bidouillage promotionnel visant à masquer un truc moyen ?

Il convient de ne pas exagérer néanmoins : eu égard au style musical pratiqué, la présentation flatteuse diffusée par le label ne risque pas de virer à l'arnaque de masse. En effet, les quat'z'amis, dont certains de leurs propres aveux se sont à peine croisés durant la confection de Heavy Yoke, délivrent une sorte de metalcore anguleux très proche de ce que proposait feu-The Dillinger Escape Plan dont le bassiste historique, Liam Wilson, opère chez Azusa. La section gréco-américano-norvégienne doit son existence essentiellement à Christer Espevoll et son cousin David Husvik, respectivement ancien guitariste et batteur d'Extol, collectif scandinave à l'arrêt depuis plusieurs années. Les deux individus, fans de The Dillinger Escape Plan, se tournent naturellement vers Wilson afin de compléter le line-up, de sorte que du death metal technique d'Extol il ne reste que des scories – les accélérations/ décélérations sur quelques plans notamment. Ainsi que le caractère complexe, voire alambiqué des morceaux, le terme étant particulièrement approprié s'agissant d'une juxtaposition de plans que lient tant bien que mal un tempo majoritairement élevé et le chant – à l'instar de... The Dillinger Escape Plan, toujours. Toutefois, il existe un élément distinctif de taille : les éructations d'Eleni Zafiriadou. L'ex-punkette en pause de roucoulades au sein de Sea+Air – la dernière manifestation discographique du duo pop remontant à 2015 – retrouve ses premières amours en assaisonnant copieusement le recueil de rugueuses harangues, en alternance avec quelques parties plus apaisées, telle une jumelle pas forcément maléfique mais clairement énervée de Julie Christmas (Made out of Babies).
Moins lolita perverse que cette dernière, plus volontiers mélodique que la terrible Caro d'Oathbreaker, la compatriote de Vangelis donne à Azusa un supplément d'âme qui permet au projet d'éviter de passer pour un succédané sans saveur de l'ancien gang de Wilson. Arrivée alors que tout était déjà écrit, la vocaliste hellène a relevé un sacré défi en parvenant à insérer ses interventions qui bonifient un matériau rêche et compact. Contrainte aux hurlements âpres sur les séquences les plus véloces, la Callas des Enfers instille sur quelques passages en suspens des modulations étales qui, si elles n'ont guère de rapport avec les chœurs extatiques qui illuminaient le dernier LP en date d'Extol, contribuent à aérer judicieusement un ensemble aride et ramassé – hormis "Lost in the Ether", les titres s'achèvent comme ils avaient commencé : de manière singulièrement abrupte. Une logique d'élimination du superflu appliquée à une œuvre épurée ? Pas vraiment. On y entend beaucoup de notes, de roulements de batterie, de brisures rythmiques qui frisent parfois la démonstration, ainsi sur la piste éponyme pourtant troublée par de cristallines intonations. Aucun thème marquant ne s'extirpe du maelstrom et les motifs se succèdent en une friction métallique dont les brèves interruptions transpirent l'intranquillité, y compris sur "Fine Lines", intermède d'une limpidité orpheline. Les musiciens impressionnent par leur dextérité - la quatre-cordes, sans surprise, a été privilégié au mixage - sans réussir pour autant à emmener leurs courtes compositions hors de leur zone de confort, à l'image de "Programmed To Distress", tentative proche du sludge se signalant par une allure ralentie et des inflexions lascives que les instrumentistes décident d'interrompre subitement avant de passer à la chanson suivante. Volonté de déstabiliser ou inspiration défaillante ?


Les suiveurs de The Dillinger Escape Plan qui s'interrogent éventuellement sur la façon dont l'escouade nord-américaine aurait sonné si une femme s'était emparée du micro obtiendront un début de réponse probant avec Heavy Yoke, effort inaugural d'Azusa d'une concise froideur. Tout en arrêtes et en cassures, ce dernier fait la part belle à la performance d'Eleni Zafiriadou dont le gosier versatile n'arrive cependant pas à sortir l'enregistrement d'une densité qui confine à l'hermétisme. Habilement et rapidement exécuté, la sévère réalisation fait surtout l'impression d'un exercice de style aux limites étouffantes, révélatrices de promesses trop vite avortées. Frustration.


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