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CHRONIQUE PAR ...

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Fromage Enrage
Cette chronique a été mise en ligne le 24 octobre 2018
Sa note : 15/20

LINE UP

-Neil Fallon
(chant+guitare)

-Tim Sult
(guitare)

-Dan Maines
(basse)

-Jean-Paul Gaster
(batterie)

TRACKLIST

1) Gimme the Keys
2) 
Spirit of '76
3)
Book of Bad Decisions
4)
How to Shake Hands 
5)
In Walks Barbarella
6) Vision Quest
7) Weird Times
8) Emily Dickinson
9) Sonic Counselor
10) A Good Fire
11) Ghoul Wrangler 
12) H.B Is In Control 
13) Hot Bottom Feeder 
14) Paper & Strife 
15) Lorelei

DISCOGRAPHIE


Clutch - Book of Bad Decisions
(2018) - stoner - Label : Weathermaker



Certains groupes frisent l'insolence. Il y a ceux qui inventent un genre, ceux qui mettent la barre tellement haut que personne n'arrive à suivre... Et puis, il y a ceux qui ne font jamais de faux pas. Ceux qui, avec plusieurs décennies au compteur, et des années après avoir sorti leurs grands classiques, se permettent de sortir l'un de leurs meilleurs albums. C'est le cas de Clutch avec un Psychic Warfare proprement ébouriffant. Nous voici à l'automne 2018, le quatuor le plus viril du Maryland arrivera-t-il à réitérer la prouesse ?

De là, deux possibilités. Ou bien vous avez d'ores et déjà vu la note qui orne cette bafouille, et vous vous doutez que les choses ne seront pas si simples. Ou bien, vous êtes joueur, vous aimez le risque, la sueur et les poils, et vous allez devoir attendre la fin de la chro pour découvrir la réponse. Mon Dieu, tant de suspense, la tension est à couper au couteau. Parfait, cela offrira un cadre en accord avec la musique de Clutch. Enfilez vos plus belles bottes de cow-boy et envoyez-vous un shot de whisky derrière la cravate, on est parti. Avant de sortir l'album dans son intégralité, le groupe de Neil Fallon avait dévoilé plusieurs singles. Premièrement, sur "Gimme the Keys" le collectif nous sert une ration de stoner ultra pêchu : Gaster cogne avec toute l'ampleur et la précision qu'on lui connaît. De son côté, le bon Fallon allie hargne et cette légère nonchalance qui fait tout le sel de ses vocaux. Le groupe a fait le choix judicieux de placer ce morceau en ouverture, ce qui décuple sa force de frappe. Nous voici dans les meilleures dispositions mentales pour apprécier ce Clutch cuvée 2018. Toujours pour les singles, nous avons ensuite eu droit à deux morceaux très ludiques. Tout d'abord, ''How to Shake Hands". C'est très simple : Neil Fallon devient président des USA ! Oui, oui, sans rire. Les paroles sont poilantes et mordantes, et le clip est à l'avenant. Niveau musique, on a affaire à du Clutch pur jus : ce son de guitare épais qui sent les brûlantes étendues désertiques de l'Arizona, ces lignes vocales envoyées comme des roquettes avec une fluidité déconcertante, et bien évidemment, ce sens du GROOVE indépassable, avec un dosage parfait entre mid-tempo boogie et accélérations bien metal.
Vient ensuite "Hot Bottom Feeder". Et soyons clairs : il n'y a guère de groupes qui puissent vous proposer une recette en chanson - de crab cakes à la mayonnaise et au persil qui plus est - sans tomber dans le ridicule. Bonne nouvelle : Clutch est l'un de ceux-là, et "Hot Bottom Feeder" est incontestablement une réussite majeure du disque. Intro à la steel guitar, riffs massifs et écrasants qui viennent asseoir la puissance de la compo, couplets groovy et refrain fédérateur, tout est là. Mais comment font-ils... ? En plus de décoiffer, voilà un morceau qui donnera des idées de dégustation. Alors, vous prenez du crabe du Maryland, un œuf et... ah, on s'en fiche ? Ok, ok. Allez donc voir le clip, tout vous sera expliqué. Bon. Assez parlé des singles. Prenons désormais un moment pour considérer le recueil dans son ensemble. Cette chro lambine déjà depuis trop longtemps, il est temps de crever l'abcès et briser le suspense : oui, il est moins bon que son prédécesseur. Psychic Warfare avait une vraie identité sonore en plus d'une construction impeccable, qui alternait entre morceaux dévastateurs, petites perles de groove stoner et ballades façon western. Un vrai album de cow-boy, concis et haletant du début à la fin. Book of Bad Decisions ne parvient pas à cette unité, et ressemble davantage à un long (cinquante-six minutes) catalogue de compositions stoner plus ou moins heureuses. Démarrons par le moins heureux, si vous le voulez bien.
De l'aveu même du guitariste Tim Sult, l'album se veut plus lourd et plus « doom ». Les guillemets n'ont jamais été aussi appropriés. Book of Bad Decisions est loin de faire la nique à Skepticism pour forcer un peu le trait [ndlr : juste un peu, alors], mais il est vrai que Clutch ralentit le tempo à de nombreuses occasions. Pas toujours avec bonheur hélas : "Emily Dickinson" pâtit d'une certaine répétitivité. La pièce-titre, vaguement teinté de blues, souffre des mêmes défauts. "Spirit of '76", quoique plaisante, s'avère assez molle, surtout comparée à la tonitruante "Gimme the Keys" qui la précède. À dire vrai, c'est quand Clutch attaque à la gorge avec vélocité et sans retenue qu'il fait le plus vibrer : "Weird Times", même si elle est assez simpliste elle aussi, est une formidable composition à l'agressivité bien trempée. Et l'on oublie vite le refrain monophrase pour se laisser porter par toute la puissance des musiciens, qui forment plus que jamais un bloc de tonnerre, de son et de colère. Avec, comme toujours, cet air de ne pas y toucher. "Visions Quest" renoue avec le style Clutch le plus pur : rythmique qui groove, riffs qui tournoient dans tous les sens pour envelopper l'auditeur, vocaux virils de Texan bourru. Clutch se permet même une petite folie en rajoutant quelques notes d'un piano déjanté qu'on croirait sorti d'un saloon en 1854 ! Au rayon des micro-innovations, écouter aussi "In Walks Barbarella" sur laquelle sont ajoutées des cuivres enjoués au stoner bouillant de rigueur.

Nous voilà arrivé au terme de ce papier. Book of Bad Decisions mettra un petit temps à se révéler, même pour les fans inconditionnels du quatuor. Mais avec patience et ténacité, la récompense sera de taille : une moisson de riffs furieux, de vocaux incomparables et de morceaux tempétueux. L'enregistrement souffre de quelques défauts, dont une longueur un peu décourageante aux premières écoutes, et quelques compositions plus faibles qui le tirent vers le bas. Mais Clutch a su garder son insolence, son talent et sa solidité pour sa douzième livraison studio, et il n'en faut pas plus pour être heureux.


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