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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 23 octobre 2018
Sa note : 17/20

LINE UP

-Vittorio D'Amore
(programmation)

TRACKLIST

1) Duhicebdo ed varicecag parvabiguf
2) Igparera fihi gexigug igpariug afc
3) E puro fobca dafluic eque pure

4) Ohfaquiug egidof, varicef odiug peric
5) Eliabe vicie ib odulif hehaguf e cargo bofcre fubc
6) Baqua irefdi, baqua edgireri, fad ibcalligara
7) Becureg axpallef furde. Cegab ufqua radurrac
8) Baqua ighallag farodaf progabarebc equilea dolugheg
9) Lax ubivarfe afc, quea iuhac befdi ac gori

DISCOGRAPHIE

¦ ¦ ¦ ¦ (2018)

Keygen Church - ¦ ¦ ¦ ¦
(2018) - barré instrumental baroque synth-metal - Label : Auto-production



Si vous avez, comme certains, un passé de pirate du web, vous savez sûrement ce qu'est un keygen (« key generator »). Ces petits logiciels tout à fait illégaux et souvent détectés comme une menace par vos anti-virus étaient chargés, grâce à un algorithme, de générer une clef afin d'avoir accès gratuitement à un logiciel ou un jeux vidéo. Ces keygens, donc, étaient développés par des équipes de hackers (russes, assez souvent) qui agrémentaient leurs créations d'une musique électronique assez souvent hystérique, mais jamais foncièrement désagréable. Cela a donné lieu, bizarrement, à un genre de communauté voire un style musical à part entière – ou en tous cas un courant. Eh bien maintenant, voici semble-t-il une église qui lui serait dédiée.

Keygen Church, donc, n'est autre que le nouveau projet de Victor Love, l'homme derrière le génial Master Boot Record. Et de MBR, Keygen Church reprend les grandes lignes, à savoir l'absence de voix et d'instruments réels, et un côté résolument baroque, grandiloquent et mélancolique. Par contre, l'approche est différente: là où MBR propose une vision purement synthétique de sa musique dans les sons qui la compose, Keygen Church se rapproche de l'organique avec une thématique instrumentale basée sur l'orgue d'église et le piano. Bien sur, on retrouve aussi la batterie metal et les guitares synthétisées qui sont la marque de fabrique de MBR, mais pour le coup relégués au second plan, derrière les imposants tuyaux des orgues et les délicates broderies du piano.
L'auditeur se retrouve donc confronté à quelque chose de moins froid et terrifiant que sur MBR, mais c'est pour mieux se sentir fragmenté par un piano doux et rêveur, en particulier sur les trois pistes qui lui sont entièrement dédiées. Ces trois pièces pour piano seul, magnifiques, se nourrissent des riches heures des compositeurs romantiques (on pense à Liszt, Beethoven, Chopin…) et de la modernité des musiques actuelles – difficile de ne pas évoquer les musiques de jeux comme Castlevania dont on retrouve ici le côté horrifique ampoulé et épique, ou encore aux compositions de Danny Baranowsky (Super Meat Boy, The Binding of Isaac…) et leur ambiance tragico-gothique. On peut même convoquer l'étrange projet de Xytras, qui avait réécrit l'album Passage (de Samael) au piano seul. Les autres morceaux sont un mélange de metal synthétique, d'orgues déchaînés et de pianos lyriques dont le résultat est un peu plus traditionnellement proche de MBR, mais parvient à s'en détacher avec une dynamique de son largement différente de son illustre aîné. Insistons sur le travail fait sur le piano et sa dynamique, particulièrement bien sûr sur les trois pièces où il s'exprime seul : l'effort fait sur l’interprétation, la respiration et les nuances est vraiment convaincant et intéressant. Tout cela sonne vivant, expressif et puissant, le tout enrobé d'une puissante réverbération et d'un delay emphatique.
Une fois de plus avec Mr Love, on sent que le projet a été pensé sur plusieurs couches. On le sait, le musicien aime bien enrober ses créations de signifiants détournés, comme les codes accompagnant les albums de MBR donnant accès à des bonus sur internet, ou le langage artificiel utilisé sur Direct Memory Access (créé par Öxxö Xööx). Ici, on reste interrogateur devant l'espèce de novlangue utilisée dans les titres des morceaux, un genre de faux latin mixé avec on ne sait pas vraiment quel bizarrerie linguistique, sans parler du titre de l'album composé uniquement de nuances de gris en unicode (░ ▒ ▓ █). Si ces petites cocasseries ne sont pas forcément d'une importance majeure pour appréhender l’œuvre, elles ont au moins le mérite d'enrober la musique d'une aura de mystère – comme si finalement on ne savait pas vraiment la prendre comme un tout, comme si une partie d'elle nous demeurerait à jamais obscure.


Ne nous voilons pas la face: Keygen Church et MBR ont un ADN commun et partagent le même sang vicié et dégénéré, ils sont l'un comme l'autre les géniaux rejetons du même esprit malade, baignés dans les même ingrédients et nourris au même sein cybernétique. Mais comme deux frères, ils parviennent à cultiver leur spécificité et leurs différences, leurs ambiances et leur dynamique, et malgré leur discours commun, ils ne disent pas la même chose. Bienvenue dans la nouvelle église numérique, mon frère.



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