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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 12 septembre 2018
Sa note : 18/20

LINE UP

-Jérôme Josselin
(guitare)

-Sébastien Descamps
(claviers+basse)

-François Schauber
(batterie)

Extraits de :

-Je l'aimais (track 1)

-120 Battements par Minute (track 2)

-Un Illustre Inconnu (track 3)

-Espèces Menacées (track 4)

-Deux Jours à Tuer (track 5)

-Seul contre Tous (track 6)

TRACKLIST

1) Qu'est-ce qu'on va devenir nous deux ?
2) Une tempête de neige sur l'autoroute
3) Il a bien fallu que je vive
4) Joséphine
5) Il peut très bien voler son avion
6) À chacun son petit tunnel

DISCOGRAPHIE


Féroces - Joséphine (EP)
(2018) - post rock - Label : Autoproduction



Les inconditionnels de l’auteure de polar Fred Vargas savent que Victor n’est pas un prénom anecdotique. « Victor mauvais sort, que fais-tu dehors ? »*. Les gars de Féroces le savent aussi. Chez eux, il y a un avant-Victor et un après-Victor, leur précédent EP avec la figure de Patrick Dewaere – dont le temps n’arrive pas à effacer le souvenir- sur la pochette. Joséphine, c’est la sœur de Victor, sans aucun doute possible. Aussi belle. Aussi insoutenable.

Bon allez, la mauvaise blague, je la fais maintenant, comme ça on est débarrassé, sinon ça va me turlupiner pendant toute la chro. Comme aurait dit feu Alain Bashung, avec Joséphine, les post-rockeurs cinéphiles osent. LOL. Ils osent continuer dans la voie tracée avec brio depuis l’EP précédent. Féroces utilise ici la même formule: la basse, c’est le chef d’orchestre. Elle ronfle et marque le rythme avec sa copine la batterie. La guitare c’est la voix. Cristalline. Magnifique. Les voix des acteurs c’est la tragédie qui se joue en fond. En lame de fond, en fait. Parce que, comme sur Victor, Féroces s’échine à trouver les citations qui font mal. Si vous n’avez pas le moral, désapprenez le français ou virez la voix. Pas d’espoir. À travers les acteurs, les Bisontins évoquent et mêlent la putréfaction des relations sentimentales, la maladie et la fatalité de la mort. La solitude au milieu de la foule, ou en famille.
La solitude intrinsèque de l’être humain, dont le monde propre ne peut être atteint par personne. À faire pâlir d’envie les groupes de funeral doom et de depressive black metal les plus obscurs. Et la musique dans tout ça ? Belle tout simplement. Pesante parfois, aérienne à d’autres moments. Mélancolique toujours. Dynamique sur
"Qu’est-ce qu’on va venir nous deux ?". Plus austère, limite cold-wave, sur "Une tempête de neige sur l’autoroute" ou "Il a bien fallu que je vive". Déprimante, à la limite du doom, menaçante, même, sur "Joséphine" - personnage d’Espéces menacées, c’est raccord… Terriblement post-rock et horriblement émouvante sur "Il peut très bien voler son avion". Quant au court titre final, il finit de nous enfoncer la tête sous l’eau. Et toujours cette basse qui ronronne… Insoutenable, oui, c’est le mot. L’EP a beau durer moins de vingt-cinq minutes, on sort de l’écoute de Joséphine avec un nœud dans la gorge. Ou plutôt un gros poing coincé en travers du gosier.

Avec Juliette, c’était rigolo. « Ah, t’as vu ? Ils mettent en musique du ciné français. LOL. » Avec Joséphine, ça ne l’est plus du tout. Passé l’effet de la surprise quant au genre pratiqué, on perçoit toute la profondeur de ce sublime mélange de désarroi et de beauté, qui a gagné en précision et en puissance par rapport aux débuts du groupe. Bon allez, je vous laisse, je vais faire tourner quelques serviettes, là, parce que sinon...

* L'Homme aux Cercles Bleus (1991), F. Vargas


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