17971

CHRONIQUE PAR ...

101
Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 07 juillet 2018
Sa note : 9/20

LINE UP

-J. C. Young "Vortigern"
(chant)

-Greg Chandler
(chant)

-S. D. Lindsley
(guitare)

-A. K. Webb
(basse)

-T. J. F. Vallely
(batterie)

TRACKLIST

1) Republic
2)
Unity of Opposites
3)
Atavistic Hypnosis
4) Hither Comes the Swarm
5)
The Contagion
6)
Remembrance

DISCOGRAPHIE


Lychgate - The Contagion in Nine Steps
(2018) - post rock black metal élitiste - Label : Blood Music



Pris de torpeur, je clignai des yeux, mes paupières alourdies par la chaleur caniculaire. -  Quel est leur discours ? , pensai-je, confus par l'abscons bruit que rendait mon casque, la langueur n'aidant pas, je me perdais au cœur de ce dédale, sans parvenir à déterminer si c'était un égarement agréable.
 
Après deux albums fort prometteurs, le premier fait d'un black orthodoxe somme toute classique, et le second usant beaucoup plus d'un orgue que l'on n'entrevoyait que timidement auparavant ; Lychgate décide que le discours musical codifié qui était auparavant le sien ne convient plus. C'en est au point où le riff n'a plus droit de cité, dans un édifice sonore fort étonnant, où les guitares ne produisent que quelques motifs et suites de notes alambiqués. Fini la recherche d'efficacité, au profit de l'expérimentation pure. Moult honneurs sont faits aux ambiances, par le biais d'un clavier très présent, ou par de fréquentes pauses dans le post-black metal au profit d'un post-rock céleste, bien aidé en cela par force reverb sur des chœurs et leads encore une fois peu inquiétés d'une quelconque structuration. Des chœurs grandiloquents qui pourtant ne font pas toujours mouche, comme sur "The Contagion", où ils tombent à plat au sein d’un titre un tant soit peu plus belliqueux que les autres.
Il arrive que l'on pense aux interludes proposés par Gorguts sur Colored Sands, comme sur le début de "Atavistic Hypnosis", où la ressemblance est criante, et c'est parfois davantage vers le classique moderne que notre regard se tourne à l'écoute de cet entrelacs hétéroclites de notes, produites non seulement par l'orchestre classique du genre, mais également par un piano et un orgue qui confèrent au tout une coloration baroque lors de leurs interventions. Cette ambiance de cathédrale, solennelle et pleine de clair-obscurs, est filée sur l'entièreté de l'œuvre, bien que ne transparaissant que de façon épisodique. Néanmoins, la volonté de sortir des sentiers battus a tôt fait de perdre l'auditeur, les Anglais sont chiches sur la répétition de motif, préférant parfois friser la free improvisation, comme sur "Hither Comes the Swarm". Je parlais en introduction de langueur, ce qui n'est pas un hasard quand on réalise avec quel rythme est mené l'ensemble, qui tend fortement sur le doom pour les passages se rapprochant le plus du metal. En bon thuriféraires du black metal, les Anglais conservent au moins de celui-ci le dédain pour l’harmonie, faisant progresser celle-ci sans grande cohérence, au gré de leurs errances mystiques. L'absence de forme (mais pas de fil conducteur) interroge sur la pertinence de considérer The Contagion in Nine Steps comme une série de titres plutôt qu'en tant que pièce unique, scindée afin de guider un tant soit peu l'auditeur dans la saisie de la thématique développée.


Alors ? Éclair de génie ambiancé ? Esbroufe ritualiste ?
Difficile de trancher du fait du vaste patchwork qu’est cette œuvre, qui passe des moments brouillons et désordonnés à ceux gorgés de plénitude, sans faire grand cas des convenances structurales et des transitions. Ces fréquents passages du coq à l’âne nuisent quelque peu à l’installation pérenne d’une ambiance, laissant un goût de « pas assez » et une certaine déception quant à ce « trop peu » qui, par prise de recul, devrait être un simple « trop » au vu du foisonnement permanent offert par chaque morceau. Un manque de direction générale qui finit donc par nuire au propos, alors même que la diversité aurait pu être argument de poids. Tant de facteurs qui contribuent à faire de The Contagion un acte manqué, trop extrémiste dans son propos ; trop volatil pour être efficace. Tout au plus se prête-il à une écoute dissipée, la concentration extrême n’amenant pas davantage de fulgurances à l’attention de l’auditeur. Une conclusion qui peut sembler quelque peu sévère, un certain nombre de moments surnageant tout de même, mais de manière trop épisodique pour vraiment tirer l’ensemble vers le haut.




©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 5 polaroid milieu 5 polaroid gauche 5