17962

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 17 juin 2018
Sa note : 12/20

LINE UP

-Guillermo Izquierdo "Polako"
(chant+guitare)

-David G. Álvarez
(chœurs+guitare)

-José J. Izquierdo
(chœurs+basse)

-Víctor Valera
(chœurs+batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Alberto Izquierdo
(chœurs)

-Pepe García
(chœurs)

-Javi Sánchez
(chœurs)

-Christopher "Chris" Amott
(guitare sur "Speed of Light")

TRACKLIST

1) Immortal
2) First World of Terror
3) Architects
4) Tug of War
5) Serpents on Parade
6) Wanderers Forever
7) End Man
8) Speed of Light 
9) I Owe You Nothing 
10) Hidden Evolution

DISCOGRAPHIE


Angelus Apatrida - Hidden Evolution
(2015) - thrash metal - Label : Century Media



Le groupe excellent en concert mais décevant sur album, phénomène que les thrasheurs ont coutume d'appeler le syndrome d'Onslaught et que les porteurs de bob enchaînant les toupies incomplètes dans la fosse sous l'emprise manifeste de neurotoxiques désignent sous l'expression « combo punk », quel(le) mélomane adepte de musique « live » n'y a jamais été confronté(e) ? L'accumulation de prestations solides en tournée et sur les festivals ayant permis aux membres d'Angelus Apatrida d'acquérir une réputation d'ambianceurs incandescents, un espoir légitime prend forme : que la ferveur se poursuive à l'intérieur des studios d'enregistrement.

Speed, saccadé, âpre, le thrash du collectif castillan l'est tout autant sur scène que sur le millésime 2015, nommé Hidden Evolution. Reprenant les formules largement éprouvées par les gangs US des années quatre-vingts, Testament, Forbidden, Exodus & co, le quatuor se montre impitoyable sur les couplets et réserve ses trouvailles mélodiques pour les refrains, dans un style qu'adouberait sans doute Dave Mustaine (Megadeth) si celui-ci n'occupait pas l'essentiel de son temps libre à clasher Lars Ulrich. Dans ces conditions, en quoi consisterait l'« évolution » évoquée par les compatriotes de Pilar Rubio dans l'intitulé de leur cinquième LP ? Peu de choses, en vérité, les titres défilant sur les mêmes tempos enlevés et dans la même ambiance tendue que leurs prédécesseurs gravés depuis dix ans. Il convient toutefois de relever une poignée de refrains particulièrement accrocheurs, témoignant d'une volonté manifeste de les ancrer dès la première écoute dans le cortex des auditeurs qui viendront les reprendre en chœur lors des récitals. Les deux morceaux qui ouvrent le recueil en constituent les exemples les plus frappants – cependant, à l'instar d'"End Man" ou encore "Serpents on Parade", il ne s'y passe pas grand chose d'autre de notable. En effet, le titulaire de la guitare rythmique aligne les triples croches sans prendre le temps de sculpter de véritables riffs, engendrant un sentiment d'uniformité conforté par un tempo tout-à-fond quasi constant et le sous-mixage de son instrument.
Cette sensation de lassitude est également entretenue par une batterie trop mise en avant au regard du peu de diversité que celle-ci laisse filtrer. De plus, hormis quelques barytonades bienvenues à la James Hetfield, le chant de Guillermo Izquierdo se cale dans un registre hurlé certes puissant mais sans grande variété, sorte de version moins nasillarde du terrible John Connelly éructant chez Nuclear Assault. Les solos soignés de David G. Álvarez sont quant à eux, parfaitement audibles, la comparaison avec ceux de Dave Mustaine est là encore inévitable (quoique plutôt flatteuse), sans parvenir néanmoins à sauver de la routine des compositions à qui il ne manque finalement qu'un peu d'audace pour les emmener vers des contrées inattendues, à l'image de celles entr'aperçues à la faveur du refrain singulièrement mélodieux d' "I owe you nothing". L'affaire se conclut sur une power ballade dont le motif donne le sentiment d'avoir été pompé sur une piste quelconque de Countdown to Extinction de Megadeth (on n'en sort pas) - malheureusement, le thème principal se révèle assez terne et les braillements de « Polako » inadaptés : une tentative d'élargir le propos qui n'emporte guère l'adhésion. Est-ce bien surprenant ?


La pochette directement inspirée d'une scène mémorable d'Interstellar de Christopher Nolan résume parfaitement la démarche d'Angelus Apatrida: imiter respectueusement les créateurs en ajoutant une pointe de nuance personnelle. Sur Hidden Evolution, les rigoureux Ibères déroulent une nouvelle fois leur thrash metal revival des eighties avec une maîtrise évidente et une aptitude à délivrer des refrains souvent marquants. Hélas, une inspiration peu diversifiée ne permet pas de sortir la réalisation de l'hommage appuyé aux glorieux aînés, qui, pour la plupart avaient pigé que si tabasser sur les couplets en mode poum-tchak poum-tchak suffit à affoler la fosse, retenir l'attention du metalhead de retour dans sa piaule nécessite une écriture un peu plus travaillée. Il vous reste encore une étape à franchir, Messieurs.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 3 polaroid milieu 3 polaroid gauche 3