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CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
Cette chronique a été mise en ligne le 05 juin 2018
Sa note : 15/20

LINE UP

-Carmen Elise Espenæs
(chant)

-Liv Kristine Espenæs
(chant)

-Alex Kautz
(guitare)

-Stephan Adolph
(guitare)

-Daniel Fischer
(claviers)

TRACKLIST

1) The Purple Sky
2) Syns Sang
3) Vem Kan Segla
4) Ikje Glem Meg
5) Herr Mannelig
6) The Aftermath
7) The Unveiled Truth
8) Evaluation of Time

9) Forsaken
10) Eitrdropar (Bonus Track)

DISCOGRAPHIE


Midnattsol - The Aftermath
(2018) - folk metal mélodique - Label : Napalm Records



« A priori: Au premier abord, avant toute expérience ». En se basant sur cette définition, l’envie d’écouter cette nouvelle mouture des Germano-Norvégiens était quasi nulle, il faut bien l’avouer. Un groupe qui doit sa petite notoriété sur le lien de parenté de sa chanteuse Carmen avec la douce Liv Kristine, qui n’a jamais enchaîné plus de deux bonnes chansons d’affilé (autant vous dire que je ne suis pas d'accord avec l'auteur des chroniques des trois précédents albums) et possédant un charisme scénique proche de zéro. « Persévérer: Continuer de faire ce qu'on a résolu, par un acte de volonté ». Après la première écoute de ce The Aftermath, j’étais résolu à mettre un joli six, puis j’ai réécouté…

Et les écoutes suivantes furent plus charmantes les unes que les autres. Posons le constat: Cet album ne va absolument rien révolutionner dans le monde du metal mélodique. Midnattsol, qui a des allures de formation de metal sympho ne rentre absolument pas dans ce registre. Ici la mélodie prime, pas de surconsommation de claviers, de samples etc. En revanche, The Aftermath révolutionne la carrière du combo, et en bien. Après avoir surfé avec le néant, les Nordiques ont pris sept ans pour composer et penser à l’avenir. Entre temps, Carmen a créé, en compagnie d’anciens membres de The Sins of Thy Beloved, le projet Savn (pour un résultat assez décevant au demeurant). Pourquoi donc cette nouvelle offrande est-elle bien supérieure aux trois premières livraisons ?
·The Aftermath se révèle délicieux au fil des écoutes, à chaque nouvelle tentative on découvre de nouveaux éléments, et cela est signe d’un bon album, c’est assez clair.
·La présence de trois titres en norvégien. Oui ce n’est pas un gage de qualité, mais c’est tout de même assez agréable, cela ramène un peu de poésie. De plus, ces trois titres (quatre avec le titre bonus) sonnent très folk.
·Sur notre magnifique forum, j’ai expliqué sur un topic que les productions se ressemblaient de plus en plus (surtout chez les mastodontes type Nuclear Blast et Napalm Records). Ici, cela sent bon le old school, le metal gothic-mélodique du milieu des années quatre-vingt-dix. Cela empêche la création d’un « tube », mais le côté madeleine de Proust l’emporte largement. Ça pourrait aussi expliquer que l’on n’accroche pas forcément aux premières écoutes.
·Midnattsol utilise sur The Aftermath de nombreux changements de rythmes. Ainsi quand l’ennui commence à pointer le bout de son nez, notamment sur le titre d’ouverture "The Purple Sky", la section hambourgeoise nous prend à contre pied et ne laisse pas s’installer la torpeur. Idem sur leur reprise de "Herr Mannelig" (chant traditionnel suédois) ici long de neuf minutes. Et lorsque le morceau devient lassant, il devient alors sombre, et intègre des grunts, chose rarissime pour le collectif. Une belle surprise.
·L’ambiance justement, bien plus sombre que précédemment et cela rejoint ce côté revival des nineties. La ballade "The Unveiled Truth" n’aurait pas fait tache sur un des premiers albums de Theatre of Tragedy. Simple et tout en émotion. De plus elle débouche sur le morceau coup de cœur de cet album, "Evolution of Time", titre instrumental de six minutes, qui reprend tous les points positifs vus ci-dessus. Perturbant au premier abord, mais terriblement efficace.
·Enfin, et non des moindres, la présence en guest star de Liv Kristine, sœur de. Et pas seulement sur une piste, mais sur toutes ! Pourquoi sa présence sur cet album ? Son départ forcé de Leave's Eyes, son divorce avec Alex Krull (membre et producteur de Leave's Eyes), le procès concernant les droits du groupe (longue bataille juridique en perspective) ont sûrement poussé la miss à accepter l’invitation de sa sœur. Liv Kristine, qu’on l’aime ou non, possède ce timbre cristallin, reconnaissable entre mille, d’une douceur et pureté incomparables. Cela apporte de la consistance aux compositions de The Aftermath - le mélange des voix est réussi, notamment sur l’excellent "Syns Sang" sur lequel Liv montre encore l’étendue de son talent (ce final !). Et là où on peut tirer un grand coup de chapeau aux musiciens, c’est qu’ils n’ont pas forcément joué là-dessus lors de la promo. La participation de la grande sœur a évidemment été annoncée, mais c’est tout, ce n’est pas devenu un argument commercial, pas de mise en avant etc. Sur le visuel, seul Carmen apparaît, à titre d’exemple.
Bien entendu, l’album souffre tout de même de quelques longueurs, de morceaux en dessous ("The Aftermath", "Forsaken") mais cela n’empêche pas l’auditeur de prendre un réel plaisir à l’écoute de cette belle et surprenante offrande.


Lorsqu’on est chroniqueur ou bien seulement auditeur, il faut s’armer de deux qualités. La « persévérance » et ne pas se fier aux « a priori » que l’on peut avoir face à un artiste. Midnattsol n’a jamais été un grand groupe et ne le sera probablement jamais. Ses membres délivrent la musique qui leur plaît, peu importe le succès critique et commercial. Cependant, de temps en temps, cela peut déboucher sur une bien belle réalisation, pas exempte de défauts (ici, la lourdeur des compositions par moment, certains temps morts, un titre final décevant). Ceux-ci n’effacent pas le plaisir d’écouter The Aftermath, car ce dernier, garni de très bons morceaux, sent bon le metal mélodique des années quatre-vingt-dix et permet de ré-entendre la douce voix de Liv, qui se marie parfaitement avec celle de Carmen. On ne peut ainsi que saluer cet effort, et attendre de savoir dans un premier temps si Midnattsol saura surfer dessus et dans un second, ce que va faire l’ancienne chanteuse de Theatre of Tragedy. Le suspense est à son comble.


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