17930

CHRONIQUE PAR ...

87
Malice
Cette chronique a été mise en ligne le 13 juillet 2018
Sa note : 17/20

LINE UP

-Mariusz Duda
(un peu de tout)

-Michal Mierzejewski
(orchestre)

-Sinfonietta Consonus
(orchestre)

-Wawrzyniec Dramowicz
(batterie)

TRACKLIST

1) Blood on the Tightrope
2) Anymore
3) Crumbling Teeth and the Owl Eyes
4) Red Light Escape
5) Fractured
6) A Thousand Shards of Heaven
7) Battlefield
8) Moving on

DISCOGRAPHIE

Lunatic Soul (2008)
Fractured (2017)

Lunatic Soul - Fractured
(2017) - rock prog - Label : Kscope



Que faire lorsque la réalité se fissure ?
Que faire au moment où le monde tel qu'on le connait s'écroule, où les mots creusent un abîme et fracturent la réalité sans retour en arrière possible ? Une seconde, tout est normal et l'instant d'après, l'illusion est brisée. Beaucoup ont vécu ce genre d'instants suffocants et irréels où l'on découvre la mort d'un être aimé et, en 2016, Mariusz Duda en a fait deux fois l'expérience. Tout d'abord avec Piotr Grudziński, feu guitariste de son groupe Riverside, suivi de son propre père, quelques mois après. Deux pertes qui auraient pu justifier un silence, une pause... et pourtant, pourtant Mariusz n'a pas cessé de composer. C'est de ces terribles circonstances que naîtra Fractured, cinquième album du projet solo Lunatic Soul et opus poignant. 


Au vu des évènements qui ont précédé la sortie de Fractured, on pourrait prévoir un album sombre et le résultat final ne déçoit pas les attentes, empreint de la mélancolie propre aux compositions de Mariusz Duda, sans pour autant tomber dans le mélodrame inutile. L'émotion, pourtant, est au rendez-vous, portée par les douces mélodies d'une voix qui n'est plus à présenter ("Crumbling Teeth and the Owl Eyes", oscillant entre amour et angoisse, est particulièrement touchante). Les instruments accompagnent ces lignes, les enveloppant ou s'en éloignant pour développer des ambiances complexes, le temps de passages instrumentaux. Certaines fois, ces instants sont réussis (la section médiane de "A Thousand Shards of Heaven" est très appréciable), mais il ne font cependant pas mouche à chaque fois, comme sur un morceau éponyme qui s'oublie vite.

Sur Fractured, on retrouvera d'autres éléments : influences électroniques ("Blood on the Tightrope", "Battlefield") mêlées à des instruments au son bien réel (les saxophones présents notamment à la fin de "Moving on") et paroles sombres en accord avec un album à l'ambiance tortueuse et d'où s'échappent pourtant des instants d'espoir fragile, portant une beauté qui ne peut que toucher. Les sentiments que chante Mariusz Duda sont complexes, à l'image d'atmosphères qui dévoilent leur véritable saveur au fur et à mesure des écoutes. Pourtant, Fractured n'est pas inaccessible pour autant : moins instrumental que les précédents opus de Lunatic Soul, il offre une collection de chansons plutôt accessibles mais qui gagnent en puissance avec le temps. L'album oscille ainsi entre charme immédiat et saveur cachée, entre électrique et acoustique, entre ombre et lumière. Nul doute qu'il s'agit là d'un disque très personnel, d'une force qui dort et se révèle tout doucement, avec sobriété et élégance.


S'il y a sans aucun doute un rapport entre les évènements vécus par Mariusz Duda et Fractured, il n'est pas pour autant évident. Mais laissons à l'artiste sa pudeur et apprécions ce qu'il nous offre : un album tourmenté apportant une expérience émotionnelle dont on ne peut sortir indemne. Des premières secondes de "Blood on the Tightrope" aux dernières mesures de la sublime "Moving on", Fractured nous balade et ne nous lâche qu'après une danse doucereuse et douloureuse, pavée d'instants de beauté.
Au final, que faire lorsque la réalité se fissure ? Créer, dans ces moments, semble être une réponse acceptable, un réflexe de survie d'où jaillissent les plus belles choses.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 5 polaroid milieu 5 polaroid gauche 5