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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 07 mai 2018
Sa note : 19/20

LINE UP

-Tamás Kátai
(chant+guitare+claviers+basse+programmation)

Guests

-Martina Veronika Horváth
(chant)

-Gyulia Vasvári
(chant)

-Viktória Varga
(narration)

-Misha Doumnov
(violon)

-Colin Hume
(trompette)

-David Jean-Baptiste
(saxophone)

-Balázs Hermann
(basse)



TRACKLIST

1) Hajnali csillag
2) Szamojéd freskó
3) Tőltés
4) Gőte
5) Sárember
6) Hajó
7) Lágyrész
8) Silk
9) Balra a Nap
10) Tenger, tenger
11) Ének a búzamezőkrőll


DISCOGRAPHIE

Róka Hasa Rádió (2009)
Rengeteg (2011)
Sgùrr (2015)
Meta (2016)
Geometria (2018)

Thy Catafalque - Geometria



(A lire en prennant l’accent de Lucas Barrès)
-  Mais Monsieur Kátai, je vais vous le dire, moi, ce que pensent les fans de black metal : vous êtes une honte pour notre communauté ! Et ça ne date pas d’aujourd’hui ! Et la question que tout le monde se pose, je vais vous la poser : votre nouvel album, là, Geometria, pourquoi avez-vous mis du black metal dessus ? Parce que s’il n’y en avait pas, on ne noterait pas la différence ! C’est ça la vérité ! Qu’avez-vous à me répondre à ce sujet ?

 
Rien. Connaissant (un peu) le bonhomme, il me semble que Tamás se contenterait de hausser les épaules et d’expliquer qu’il ne raisonne pas en termes de styles. Que s’il y a du black metal sur l’album, c’est comme ça. Néanmoins, la question peut effectivement être posée : en quoi les quelques éléments black sont-ils nécessaires à ce nouveau monument musical ? En rien ? Ça a été ma première opinion. En tout cas à pas grand-chose. Et puis j'ai changé d'avis. Déjà, entendons-nous : il faut prendre le terme « black metal » dans son acception la plus large. Pour un truc qui défouraille vraiment, allez voir chez Wiegedood si j’y suis. Non, les éléments dont on parle se résument à un soupçon de chant black et quelques riffs lourds et noirs, plus à la Triptykon qu’à la Mayhem ("Ének a búzamezőkről"). De toute façon, black ou pas, la partie metallique, par exemple les fameuses guitares tournoyantes made in Thy Catafalque ("Szamojéd freskó" ), est réduite à la portion congrue.
L’œuvre mélange plus que jamais les styles. Électro - Neolunar power !- ,  jazz made in Twin Peaks, musique folk, Tamás brasse comme jamais il n’avait osé brasser auparavant. N’allez pas croire que, pour faire cohabiter tous ces styles, les titres ont dû s’allonger : c’est tout l’inverse qui se produit. Le propriétaire des lieux n’a jamais été aussi concis et accessible. En cela, Geometria est peut-être encore plus un aboutissement que Meta : il concilie l’inconciliable et chaque morceau renferme en quelques minutes un tourbillon musical encore plus ébouriffant qu’à l’accoutumée. Certains sont proprement hallucinants : le virevoltant "Sárember" n’est pas le moindre, mais l’enchaînement de "Lágyrész", et son très émouvant final post rock, et du swing-black-metal multiforme "Sik", qui arrive à caler de manière cohérente un superbe passage symphonique, est tout simplement dingue.  Les deux titres durant, en tout, moins de huit minutes…
- Monsieur Winter, vous êtes le toutou de Monsieur Kátai...  En bon chienchien de votre maître, vous ne répondez pas à ma question. Alors, permettez-moi d’insister : qu’est-ce qu’apporte le black metal ici ? Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?
- Monsieur Barrès, ma vision personnelle est qu’en réalité, le metal reste une pièce essentielle de l’œuvre. Moins que par le passé, mais, si vous aviez l’honnêteté intellectuelle d’écouter l’album en entier. - je ne dis pas plusieurs fois, je dis juste en entier - vous vous seriez certainement rendu compte que des titres, a priori guillerets comme "Gőte" ou "Balra a Nap" ne peuvent masquer, à eux seuls, l’extrême mélancolie de Geometria. Il s’agit peut-être, et je pèse mes mots, de l’album le plus triste de Thy Catafalque. En tout cas, le plus émouvant. Plus, même que son prédécesseur Meta. Monsieur Barrès, si vous voulez bien vous départir de votre mauvaise foi coutumière pour quelques instants, vous comprendrez donc facilement que la présence de sonorités sombres et pesantes, se combinent parfaitement aux sanglots longs des violons et confèrent une fantastique puissance émotionnelle à ce qui est, sans conteste, la meilleure œuvre de Monsieur Kátai, ce qui n'est pas peu dire. 

 
Artwork impactant, œuvre déroutante et pourtant presque accessible. Thy Catafalque varie encore plus son propos sans se perdre en longueurs et propose un condensé de musique alliant virtuosité et émotion. Plus les années passent, plus le créateur du projet cherche à nous vriller les tripes. Mission accomplie. De chronique de Thy Catafalque  en chronique de Thy Catafalque,  « the conclusion remains the same », comme dirait Led Zep. Geometria est un chef-d’œuvre.



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