17893

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 26 mars 2018
Sa note : 11/20

LINE UP

-Ian Gillan
(chant+harmonica)

-Steven J. "Steve" Morse
(chant+chœurs)

-Donald Smith "Don" Airey
(claviers)

-Roger David Glover
(basse+chœurs)

-Ian Anderson Paice
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Robert Alan "Bob" Ezrin
(chœurs+claviers+percussions)

-Tommy Denander
(guitare sur "On Top of the World")

TRACKLIST

1) Time for Bedlam
2) Hip Boots
3) All I Got Is You
4) One Night in Vegas
5) Get Me Outta Here
6) The Surprising
7) Johnny's Band
8) On Top of the World
9) Birds of Prey
10) Roadhouse Blues (The Doors cover)

DISCOGRAPHIE


Deep Purple - Infinite
(2017) - hard rock - Label : earMusic



De toutes les enquêtes menées par les très estimables Eve Bombardo et Jarta Cerumen, aucune ne saurait être qualifiée de banale. Toutefois, il n'est pas exagéré d'affirmer que l'affaire soumise ci-après à l'attention du lecteur – et de la lectrice – a sollicité de manière exceptionnelle les facultés de déduction qui ont fait la renommée du duo. Celui-ci n'en est certes pas à son coup d'essai et a déjà eu l'occasion de démontrer ses aptitudes dans la résolution de cas remarquables - citons les Noces Brisées à l'Église de Metal ou encore le douloureux épisode dit du Bustier Strident. S'il n'est point question cette fois d'histoire de cœur – du moins pas d'un point de vue sentimental – l'énigme faisant l'objet de la présente chronique se révèle en tout point stupéfiante et a su mettre à rude épreuve la sagacité de nos deux héroïnes. Rejoignons-les sans plus attendre dans la pénombre de la discrète construction modulaire que seul un esprit audacieux pourrait spontanément assimiler à un lieu de travail.

Chapitre 1 : Où sont révélés des détails embarrassants à propos de la vie intime de l'une des protagonistes, tandis qu'un mystérieux quidam s'apprête à faire son apparition

-Que le monde d'aujourd'hui est prévisible et dénué de fantaisie, Eve ! C'est démoralisant.
-Ce qui est surtout démoralisant, ce sont ces tableurs à la noix que le ministère s'acharne à nous faire remplir pour alimenter sa com', alors que les effectifs diminuent et le matériel se dégrade.
-Ah, je vois que René est passé distribuer ses tracts de la bonne parole apocalyptique. Pour une fois que j'étais en congé... Quelle violente déception.
-N'empêche qu'il ne dit pas que des conneries, René.
-Tu as raison, il en fait aussi.
-Ah ah. Il est pas méchant, juste un peu maladroit.
-Et pressé, aussi.
-Pourquoi tu dis ça ?
-La tache sur ton polo.
-Je... Mais... Qui t'a raconté ? Cette cafteuse de Régine, je parie ! Elle a toujours été jalouse de mon charme ravageur.
-Ça, pour ravager... Non, pas besoin de Régine, vu qu'on est mardi et que tu changes de fringues uniquement le lundi.
-C'est du dentifrice.
-Sur l'épaule ? Admettons. Cependant, je suis sûre que si tu me laissais examiner le fouillis jaunâtre qui te sert de masse capillaire, je trouverais des traces de même nature.
-Ben je me suis lavé les cheveux, quand même... Et mince, grillée. Mais comment tu as fait pour piger aussi vite ?
-Je devrais sans doute évoquer la puissance de raisonnement qui nous caractérise, nous autres représentantes aguerries du service d'investigation, mais il ne faut pas être sortie de St-Cyr pour comprendre ce qui se trame dans des toilettes systématiquement occupées dès que René a quitté la pièce après son appel mensuel à l'insurrection, tandis que personne n'arrive à te mettre le grappin dessus.
-Mais ça a duré cinq minutes, on a été vachement discrets !
-Soit deux de moins que la moyenne. J'en conclus que René a revendiqué un peu plus longtemps que d'habitude. Ou qu'il est arrivé à la bourre.
-Réponse b - il s'est croûté dans un nid d'autruche à deux mètres de la poignée. Tiens, passe-moi un chewing-gum au lieu de faire ton intéressante, je n'en ai plus, du coup. Sinon, tu pourrais me dire en quoi ce jour serait plus déprimant que les autres ?
-Il pleut comme si un million de Manneken-Pis incontinents se soulageaient dans la troposphère, le maire n'a toujours pas fait viabiliser le terrain sur lequel il a largué le préfa pourri qui nous sert de bureau et on bouffe de la paperasse depuis un mois.
-Vu comme ça... Au moins, on est en pause des tarés qui cognent leurs soi-disantes copines. Et des amateurs de deathcore.
-Justement, ça fait un quart d'heure qu'un sexagénaire ventripotent essaie de rejoindre la cahutte en slalomant sur les planches mouillées. Il a failli se casser cinq fois la margoulette et pourtant il continue. Ce type est motivé et ça n'annonce rien de bon si tu veux mon avis. Allez, compte avec moi : quatre, trois, deux...
-Faut recommencer là...
-La vache, il va en avoir pour cher de pressing.
-Si près du but, c'est ballot.
-... Deux, un : bonjour Monsieur ! Entrez, je vous en prie. Il pleut moins à l'intérieur.
-Mes hommages, Mesdames. Je ne vous sers pas la main, l'état lamentable dans lequel je me présente à vous ainsi que ma germophobie me l'interdisent - j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.
-Point de formalités, Monsieur le Directeur. Nous comprenons la préoccupation qui est la vôtre de faire honneur au standing de votre établissement. En effet, la réputation de l'EHPAD du Dernier Soupir n'est plus à faire, Monsieur... Lafaux, n'est-ce pas ?
-Mais… Par le Diable ! Comment connaissez-vous mon nom ?
-Élémentaire. Un coup d'œil au revers de votre veste en mouffette de Sibérie m'a suffit pour comprendre que ...
-Désolée, l'ami, moi je ne me rappelais pas de ton blase. Par contre je me souviens bien de ta tête de vautour lorsque j'avais déposé ma vieille tante dans ton tripot l'année dernière, vu que personne dans la famille ne voulait s'en charger et que ton mouroir est le seul qui tienne debout à des kilomètres à la ronde. Pas donné, d'ailleurs, le séjour en chambre simple avec douche sur le palier. Heureusement que la vente de la baraque de tantine paiera le loyer pendant au moins cinq ans. Et vu son état...
-Eve, j'allais faire une brillante démonstration à base de marque du costume, analyse de la quantité de boue sur les chaussures, identification de la fragrance, raréfaction de l'offre en matière d'hébergement des seniors dépendants, détermination de l'individu pondérée avec la discrétion de la démarche, connaissance encyclopédique des notables locaux. C'était MON moment, là.
-Ouais ben je nous ai fait gagner une demi-heure, avec un peu de chance il nous restera des trucs à becqueter à la cantine. Alors pépère, qu'est-ce qui t'amène ?
-Madame, je vous prierais à l'avenir de bien vouloir me témoigner le respect dû à mes fonctions. Sur un mot de ma part, votre parente devra se contenter d'une seule douche par trimestre, au lieu des deux que l'aide-soignante érythréenne embauchée sans contrat de travail lui administre actuellement.
-Fumier.
-Merci. Je peux commencer ? Si j'ai pris la peine de me mouvoir jusqu'à votre bouge, c'est en raison du phénomène abracadabrantesque qui frappe mon institution depuis plusieurs jours.
-Que tout ceci est excitant ! Poursuivez, Monsieur le Directeur, je vous en prie.
-En même temps, je n'ai encore rien dit: je ne vais pas m'en aller maintenant, stupide. Comme j'ai déjà perdu beaucoup trop de temps, je vais résumer : tout le monde chez moi s'endort en même temps.
-Vous vous moquez de nous ? On parle bien d'une maison de retraite, non ?
-Tout le monde. Y compris les membres du personnel...
-Je ne vois toujours pas ce qu'il y a d'étonnant.
-... Ainsi que les visiteurs. En plein jour.
-Voilà qui est nettement plus intéressant. J'imagine que vous avez préféré venir nous voir plutôt que d'alerter les services sanitaires par crainte de vous retrouver avec une inspection aux fesses ?
-Votre perspicacité mérite les louanges que j'ai pu recueillir à votre égard, Madame.
-Plus précisément, vous vous êtes dit que ce serait une super idée de faire appel à nous, les rebuts de la fac de droit, incapables de faire la différence entre un sirop pour la toux et les sédatifs pour chevaux que vous envoie du Kazakhstan le médecin d'une sulfureuse équipe cycliste plusieurs fois exclue pour dopage. Et puis, sur un malentendu, peut-être arriverions-nous à solutionner votre petit problème ?
-Voilà qui est brillant, en vérité ! Seriez-vous télépathe ?
-Assez jacassé. Il a une voiture, Docteur Mabuse ?
-Par souci de préserver le bas de caisse de mon intérieur cuir, j'ai préféré user des transports en commun.
-Ok, on saute dans le premier bus et on y va.
-Nous n'empruntons pas votre véhicule de service ?
-On aimerait bien mais la dotation en carburant est épuisée.
-En avril ?
-Bienvenue dans le service public disrupté, mon pote.

Chapitre II – Mélopées narcoleptiques

Fendant la brume dans une joyeuse farandole de gris clairs, de gris foncés et de fonds de commerce à l'abandon, un autocar d'occasion en rupture de maintenance emporte Eve et Jarta à travers les faubourgs, vers la fondation détenue par un fonds d'investissement basé dans un archipel tropical défiscalisé que dirige M. Lafaux (l'édifice, pas les cocotiers). Alors que le trio franchit le portail anti-intrusion bardé d'un triple blindage en titane et s'apprête à remonter une allée bordée de grappes de lichens en décomposition, Eve fait part de la sensation oppressante qui s'est soudainement emparée de tout son être.

-J'ai envie de pisser.
-Bon sang, Eve, t'as plus quatre ans ! Tu pouvais pas y penser avant ?
-Ça se commande pas.
-Après douze godets de rhum arrangé, tu pouvais t'en douter, non ?
-Chut.
-Non mais dis, oh !
-Chut, je te dis. T'entends rien ?
-Bien sûr que non, vu qu'aucune espèce animale n'a survécu à la fuite radioactive de la semaine dernière. Et avec cette drache, pas de sortie pour les vieux hommes.
-Mesdames, quelque chose d'anormal a dû se produire : d'habitude, des salariés précaires crapotent sur le perron pendant que leurs collègues procèdent au nettoyage de la chambre tirée au sort le matin.
-Ils sont bien là, Monsieur le Directeur. À terre.
-Que signifie ?... Je... Ma tête est lourde, tout d'un coup, que m'arrive-t...
-Eve ? Tu... Tu dors aussi ? Et cette musique fade, pourquoi est-elle si forte ? Il faut que j'arrive à savoir d'où elle vient. On dirait que ça sort de... là-bas. Allez, encore un effort, j'y suis presq...

Quelques minutes plus tard, un pourcentage acceptable d'hôtes stagnant dans cette singulière bâtisse entame un éveil interloqué.

-Qu'est-ce qui s'est passé, bon sang ? Pourquoi mon nez baigne-t-il dans une couche confiance ?
-Le ménage est effectué le cinquième dimanche du mois, Mesdames.
-Personne n'est blessé ?
-Moi non, mais j'aurais bien pioncé encore un peu. Les trente heures supp' de la semaine dernière, je les ai bien senties passer.
-René aussi, non ?
-Oh ça va, lâche-moi avec René. Mais au fait, d'où tu sors, toi ? Ça fait longtemps que tu es réveillée ?
-Depuis "Roadhouse Blues".
-Pardon ?
-Un album de Deep Puple vient de sortir. On a reçu une note interne à ce sujet, tu te rappelles ? "Roadhouse Blues" est l'intitulé de la piste n°10.
-Je ne lis jamais le bla-bla de la Centrale, tu le sais bien. Mais là, j'aurais dû. Ça nous aurait évité un déplacement inutile.
-Je reconnais que nous aurions pu nous douter de ce qui se tramait ici, mais de là à économiser une perquise et les interrogatoires...
-Tu ne sais pas tout à propos de cet endroit, Miss Sherlock. La première chose que j'avais entendue en arrivant lorsque j'avais accompagné Tantine, à part les rats qui détalaient dans le couloir, c'était Alice Cooper qui hurlait "I'm Eighteen" depuis la salle commune.
-Vos pensionnaires ont le sens de l'humour, M. Lafaux.
-C'est l'unique chose que nous leur avons laissée. Et maintenant, auriez-vous l'amabilité de m'expliquer ce qui s'est passé ?
-Vous, vous êtes plutôt du genre à savourer un morceau de cold jazz au coin du feu, pas vrai, Monsieur le Directeur ? Si vous passiez davantage de temps à votre bureau qu'au club house, vous connaîtriez les tendances musicales en vogue chez vos patients qui tentent vainement de finir leur existence dans la dignité. Deep Purple leur rappelle leur jeunesse, lorsque les séances de massage sur un sommier douteux se révélaient autrement plus voluptueuses et que les alcaloïdes étaient consommés pour des motifs non thérapeutiques.
-Mais au fil du temps, les réalisations du groupe sont devenus de plus en plus soporifiques. Bien produits, bien interprétés – encore que Ian Gillan, le chanteur historique, n'a pas plus de carbu que le réservoir de notre bagnole – ils manquent globalement de relief, de peps, de riffs saillants et de solos qui déchirent autre chose que des sachets de verveine. Et puis il y a le ronronnement de l'orgue...
-... Qui endort tout le monde.
-Nous y voilà.
-J'ai retrouvé la source de diffusion : il s'agit d'une chaîne low-fi installée dans la loge du gardien, elle permet de propager du son mou dans tout le bâtiment.
-Mais vous, Madame, comment avez-vous pu résister ? Votre équipière et moi-même avons plongé dans le sommeil dès les premières notes !
-Jarta aime les trucs lisses. C'est le genre de personnes qui prennent du plaisir à écouter les dernières œuvres de Bon Jovi. Et qui se déclarent fans de formations pour défaillants cardiaques tel Unruly Child. Des années que je suis complice de ses errements mais un jour, nos patrons finiront par être au courant et elle n'aura plus qu'à se chercher un job de vigile ou de directrice RH.
-Ma tolérance pour le hard rock aseptisé m'a permis de sortir de ma torpeur à l'occasion de deux occurrences plus accrocheuses. Tout d'abord "All I Got Is You", sorte de version mélancolique du "Monsters of Rock" de Judas Priest sur laquelle Gillan lâche un scream - autant dire qu'il s'agit là du summum d'intensité du recueil, malgré un tempo relax. Ensuite, "The Surprising": une ballade, guidée par une tension relative mais réelle et dont le break initié aux claviers introduit une légère rupture harmonique, prolongée par un passage planant dopé par une batterie plus énergique que la moyenne. Dommage que le duel guitare/ orgue qui suit soit plus convenu, précédant une séquence atmosphérique façon new age un peu trop longue. Néanmoins l'ensemble n'est pas désagréable, malgré des lignes de chant plates comme l'abdomen de ma prof de kick-boxing. Ensuite, je suis tombée dans une profonde somnolence, avant que mon être ne se révolte et me force à reprendre mes esprits lorsque les vétérans britanniques se sont attaqués à encore plus vieux qu'eux, à savoir The Doors, dont ils pasteurisent le sus-cité "Roadhouse Blues" à coup de solos de gratte recyclés, de percussions lourdingues et de vocalises dévitalisées. Groggy mais consciente, j'ai alors aperçu l'un des employés endormis près du lecteur CD. Après m'être tant bien que mal extirpée des bras de Morphée, j'ai vaguement secoué le suspect avant de l'interroger avec une indolence que je ne me connaissais pas. J'ai donc choisi la ruse en le menaçant de brancher mon smartphone gavé de fichiers que j'avais préalablement nommés « Xandria » et « Manowar » – je bluffais, évidemment. Le jeune homme m'a avoué que passer Infinite dans toute la piaule était le seul moyen qu'il avait trouvé pour roupiller trois quarts d'heure peinard, vu qu'en tant que stagiaire non rémunéré, c'est lui qui bossait le plus dans cette boutique.
-Quel ingrat ! Dire que je lui avais gracieusement offert deux tickets restaurants ce mois-ci.
-Uniquement valables pour le réfectoire, je parie ? Tentative d'empoisonnement, ça va te coûter cher, mon gaillard.
-Tout de même, cet inconscient aurait pu provoquer des dommages irréparables au sein de ma clientèle !
-Tu parles, de toute façon tous les moniteurs sont éteints, il n'y a qu'eux qu'on n'entend pas ici. Soyez reconnaissant envers votre contractuel gratuit - il aurait très bien pu activer le mode repeat s'il n'avait pas conservé au fond de lui un résidu de conscience professionnelle. Contrairement à vous.
-Vous ne pouvez rien prouver ! Ce sera ma parole contre la vôtre, espèces de tâcheronnes des terrains vagues ! Je présume que cette racaille n'a pas seulement fait la sieste et en a profité pour soutirer des objets de valeur aux hébergés.
-Vous l'avez dit vous-même : vous leur avez déjà tout piqué. Pas sûre que ça plaise à leurs tuteurs...
-Ni au juge.
-Vous ne savez pas à qui vous avez affaire.
-Malheureusement si. Vos employeurs détenant probablement des renseignements compromettants sur les mouvements financiers initiés par certains hauts-responsables peu scrupuleux, vous serez très certainement monnayé contre du silence et une vague promesse de mise aux normes du site.
-Ah ah, on ne peut rien vous cacher, les loseuses !
-Ceci dit, vous n'auriez pas dû essayer de fuir à l'annonce de votre arrestation...
-Qu'est-ce qu'elle me raconte, la pervenche ? Je n'entends nullement me dérober à mes responsabilités.
-Oh, veuillez m'excuser pour cette erreur d'appréciation, monsieur le futur ex-directeur. Je crains hélas qu'il ne soit trop tard pour dérouter la brigade mobile qu'Eve a appelée il y a cinq minutes et qui s'approche au pas de course. Pour information, nos collègues ont reçu de nouveaux tasers – il paraît qu'ils pourraient vitrifier un mammouth.
-Jarta, j'ai l'impression que, finalement, le directeur se dérobe.
-Laissons nos vigoureux camarades de la promotion Phil Anselmo apprécier la situation avec toute la lucidité qui les caractérise.
-Fouyayayaya... Ouch ! Oh là là, il s'est vraiment enfui trop fort ! Les gars, soyez gentils de lui revisser la jambe, c'est plus prudent - ils n'ont rien contre la gangrène, dans ce gourbi.

Chapitre III – Eve et Jarta jouent à se faire peur (et nous avec)

De retour au quartier général, après avoir copieusement insulté les ornières gorgée d'eau qui en jalonnent l'accès, Jarta Cerumen et Eve Bombardo se livrent sur le champ à une intense séance de débriefing.

-Passe-moi la thermos, Eve, s'il-te-plait.
-La machine à café est encore en panne ?
-Je ne sais pas, je n'y vais plus depuis que Josiane a passé trois semaines en soins intensifs après avoir pris un cappuccino.
-Une fois n'est pas coutume, je veux bien troquer ma flasque contre quelque chose de chaud. Comment cette bicoque sans chauffage a-t-elle pu être autorisée à accueillir des malades ?
-Parce qu'elle n'a jamais été contrôlée, faute d'inspecteurs disponibles. La réclame savamment orchestrée par le trust qui la détient - couplée à un désintérêt mâtiné de crédulité des ayant-droits - a suffit à bâtir un prestige de façade qui a généré un taux d'occupation maximal à un prix...
-Maximal.
-Hélas. Sinon, elle va bien, ta tante ?

-Tranquille. Elle était présidente du fan club de Phil Collins à l'époque où elle me donnait mes bibs' au houblon: ce n'est pas le récital d'un quarteron de papys à l'atelier musique d'une association du troisième âge qui va l'impressionner.
-Quand j'y pense, imagine que le gamin ait choisi un Anathema post Alternative 4... La caisse de retraite locale était bénéficiaire pour les dix prochaines années.
-Le Manoir du Repos Éternel, ça aurait fait un bon titre de livre-dont-vous-êtes-le-héros.
-Ceci dit, si on mentionne tout ce qui s'est passé dans le rapport, on n'échappera pas à de nouvelles mesures de sécurité délirantes et n'importe quel collectif qui utilisera un clavier sera interdit d'enregistrement.
-Faisons-le !
-Quant à nous, pour nous être attaqués à l'avatar d'une grosse entreprise dans laquelle pantouflent quelques compagnons de promo de notre directeur, nous serons mutées d'office dans une zone dépourvue de réseau internet. Où tous les troquets sont fermés depuis des lustres.
-On le fait pas !
-J'aime quand tu te montres raisonnable.
-Au fait, suite à ce que je disais tout à l'heure: tu savais qu'un nouvel Alice Cooper allait bientôt sortir ? Même label et même producteur que le dernier Deep Purple.
-Quoi ? Ça veut dire qu'il va falloir qu'on retourne là-bas ?!
-Pas sûr...


Un commentaire ? Un avis ? C'est ici.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6