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CHRONIQUE PAR ...

82
Cedric
Cette chronique a été mise en ligne le 12 mars 2018
Sa note : 11/20

LINE UP

-Robert Conrad "Robb" Flynn
(chant+guitare)

-Phil Demmel
(guitare)

-Jared MacEachern
(basse)

-Dave McClain
(batterie)

TRACKLIST

1) Volatile
2) Catharsis
3) Beyond the Pale
4) California Bleeding
5) Triple Beam
6) Kaleidoscope
7) Bastards
8) Hope Begets Hope
9) Screaming at the Sun
10) Behind a Mask
11) Heavy Lies the Crown
12) Psychotic
13) Grind You Down
14) Razorblade Smile
15) Eulogy

DISCOGRAPHIE


Machine Head - Catharsis
(2018) - thrash metal power metal - Label : Nuclear Blast



Novembre 2014, conclusion de la chronique de Bloodstone & Diamonds : « difficile d’y voir une nouvelle chute qui les ramènerait à l’après Supercharger; pour autant il est impossible de nier que la pente amorcée sur Unto The Locust vient d’arriver à une crevasse. Il va falloir sacrément bosser pour conserver le statut de Grand Groupe pourtant bien mérité, il y a sept ans de ça ». Bosser. Ça, ouais, ils n’ont pas chômé, les galopins.

Jamais Machine Head n’avait été si bavard. Si le four de 2001 alignait quatorze titres, il n’affichait pour autant que cinquante-six minutes au compteur, et le bourratif Bloodstone & Diamonds en condensait douze sur une heure dix. C’était déjà bien digeste comme un yaourt au plâtre. Du coup, à l’annonce que le petit dernier de Flynn & Co jouait la surenchère, il y avait de quoi flipper. Et vous savez quoi ? On a bien fait de flipper : pour Catharsis, le cahier des charges de l’accident industriel a été respecté. En tout point. Trop long, ok. Trop de titres, ok. Twin lead ad nauseam, okay. Passages épico-kitsch-cheveux-dans-le-vent, okaaay. Geignements mal-à-la-vie, chant retenez-moi-ou-j’vais-tout-casser, shreds stériles, batterie inorganique, basse lambda, lyrics débiles, artwork discutable, clips pourris, auto-citations, orgie metalcore-neo metal-djent-thrash, cordes gadgets (c’est quoi ce trip avec les violons depuis trois albums ?!), répétitions, diarrhée verbale minaudée, Machine Head déboule avec l’album de la synthèse folle en se payant le luxe d’entacher toutes ses époques. TOUTES ses époques. Au détour d’un riff dissonant, hop, du pur The Burning Red; un tricotage harmonisé Flynn/Demmel, bim, The Blackening; une balade sombre et on se retrouve vers Through The Ashes of Empires;  un coup de syncopé et on pense aux deux premiers… Sauf qu’à chaque évocation du passé, c’est au mieux correct, au pire bancal. Machine Head a été tellement bon que la comparaison ne tient jamais. Par exemple, "Heavy Lies the Crown", à la structure à tiroirs qu’on aurait pu trouver sur les dernières sorties du groupe, est finalement assez bateau et s’empêtre dans des changements d’ambiances sans transition.
Et c’est triste ! Chaque bonne idée est sapée dans l’instant, comme si l’écriture des morceaux s’était faite dans la précipitation. "Kaleidoscope" et son intro pétée, son refrain juvénile, ça surprend, c’est bon ! Mais la phase couplets n’apporte rien, et le morceau tourne vite en rond. Idem pour "Catharsis" : pourquoi pas partir en djent, mais bordos, inutile de le répéter en fin de morceau ! Et attaquer avec le refrain, ça renforce l’impression de déjà-vu ! "Bastards" ? Ok ! Ballade un peu niaise et sympa dans l’absolu… Mais McClain défonce le titre avec l’entêtement d’un bûcheron bourré ! Ouais. Virez-moi Dave McClain : dès qu’on attend de lui un peu de finesse, il se borne à flinguer ses fûts sans réfléchir, ou perd ses moyens et se contente du minimum syndical. Côté guitares, l’arrivée de Demmel en 2003 nous a offert parmi les meilleurs échanges de riffs du thrash. Dans la continuité de Bloodstone & Diamonds, sorti des tricotages harmonisés et gimmicks de plus en plus chiants, il n’y a pas UN solo qui tape droit sur Catharsis. Contrairement à Metallica, qui avait sciemment décidé de ne pas en inclure sur St. Anger, Machine Head essaie mais se vautre systématiquement.
Quant au chant de Flynn, qui n’avait cessé de progresser depuis 94, c’est binaire : soit il barbote dans la caricature de l’ado mal dans sa peau, rappelant l’espace d’un instant ses performances sur "Pins & Needles", soit il stagne dans ce grondement monotone pseudo-menaçant qui devient vite usant. Nul doute que le bonhomme est sincère, et décomplexé, que ce soit dans ses paroles ou son expression, mais rarement il avait été si peu inspiré. Autre aspect négatif : il débite sans interruption, oubliant de laisser aux instruments un chouilla de respiration pour s’épanouir et raconter leur histoire. Une grosse moitié de l’album se contentant d’enfoncer la pédale et de tricoter dans le vide, l’autre formant une brochette de titres sans cohérence, à la charpente fragile et facilement attaquable, la cuvée 2018 laisse le goût douteux d’un lendemain de cuite au Beaujolais nouveau. Ce ne sont ni les évocations au passé ni son hétérogénéité évidente qui posent problème mais bien la structure même du recueil.


Le fan arrivera bien à sauver deux-trois trucs, à justifier, à apprécier certains titres même ("Volatile", "Catharsis", "Triple Beam", "Screaming at the Sun", "Behind a Mask", "Heavy Lies the Crown"), mais la passion retombée, ce Catharsis se rangera, comme Supercharger et Bloodstone..., dans l’étagère des disques tant pis, ceux qu’on aime aimer jusqu’à ce qu’on réalise que, bon sang, ça fait trois ans qu’on ne les a pas ressortis du boitier.


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