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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 08 mars 2018
Sa note : 11/20

LINE UP

-Lukas Magyar
(chant)

-Marc Okubo
(guitare)

-Danny Hauser
(basse)

-Sam Applebaum
(batterie)

TRACKLIST

1) Lull
2) Fracture
3) Doublespeak
4) Overthrow
5) Whistleblower
6) Echo Chamber
7) Pool Spray
8) Graymail
9) Manichee
10) Citadel
11) Follow Me
12) Tyrant
13) Livestream

DISCOGRAPHIE

The Common Man's Collapse (2008)
[id] (2010)
Eclipse (2012)
Matriarch (2015)
False Idol (2017)

Veil Of Maya - False Idol
(2017) - Djent mélodique - Label : Sumerian Records



16 janvier 2018. Ronaldinho met un terme à sa carrière de footballeur. Un déchirement. La confirmation que quelque chose de grand s’est éteint et qu’il laisse derrière lui quelque chose que l’on ne reverra plus jamais. Il y a un avant et un après. Indéniablement.

Quel rapport avec Veil Of Maya me direz-vous ? Et bien il y en a un énorme, un gigantesque même : la déception. La désillusion, le chagrin, la déconvenue, l’amertume, un crève-cœur. Bref, appelez-ça comme vous voudrez, mais après tant d’années à aduler une entité, il y a forcément un moment où on se prend un revers de bâton en pleine face. Ce n’est pas un hasard si l’album le mieux noté de ma part est The Common’s Man Collapse avec un 19/20 amplement mérité. Un véritable chef d’œuvre de la part des rois du deathcore technico-progressif. Une période faste, magnifique, suivie d’un [id] à peine moins bon. La lente descente s’est ensuite amorcée par l’intermédiaire de l’album Eclipse qui commençait à laisser entrevoir un nouveau tournant. Tournant définitivement adopté par la formation, suite au départ du chanteur Brandon Butler, remplacé immédiatement par Lukas Magyar alias « Mister Clear Voice », et la sortie de Matriarch dans la foulée, en 2015. Est-ce à ce moment que nous avons perdu le vrai Veil Of Maya ? A-t-il vendu une bonne fois pour toute son âme au diable il y a trois ans ? Difficile à dire, car il y avait toujours des bribes des premiers temps, notamment avec des titres comme "Leeloo", "Ellie", ou "Phoenix". Mais on sentait aussi qu’avec "Three-Fifty", on n’avait plus à faire à la même formation qu’il y a dix ans.
Quoi de plus normal avec un tel chanteur me direz-vous ? Oui, Lukas Magyar est fait pour ça, le groupe ne l’a pas recruté au hasard et savait qu’il jouerait un rôle essentiel dans le futur projet chicagoan. Il parait évident que le nouveau vocaliste aurait déteint dans le deathcore progressif des deux premiers albums et n’aurait pas été totalement conforme au djent/atmo/black du troisième. Mais que peut-on lui reprocher dans le djent mélodique de Matriarch ? Car oui, nous en sommes là dans l’évolution musicale de la carrière des Américains : du djent mélodique. Rien d’autre. Le côté djent englobant les rythmes et les tonalités proposés, et le côté mélodique regroupant la voix claire et la technicité de la guitare. Nous pouvons même constater dans ce False Idol, l’apparition de la première chanson 100% voix claire de Veil Of Maya, avec "Manichee". C’est pour dire. Bon allez, rassurez-vous, il reste tout de même deux titres entièrement growlés grâce à la doublette "Follow Me" et "Tyrant". Si on reste dans le rayon recyclage, on a toujours droit à la sempiternelle introduction ambiante/électro, intitulée ici "Lull". Le seul hic est son intérêt néant. D’ailleurs, la – bonne – habitude qu’avait prise VOM d’intégrer des éléments électro et ambiants dans ses titres a été conservée, mais est exploitée à mauvais escient. Entendez par-là qu’ils ont tendance à parasiter et noyer la musique en n’amenant rien d’essentiel et d’efficace, provoquant même souvent des cassures de rythme frustrantes au possible. Et ce n’est pas le début tout simplement immonde de "Citadel" (le reste du titre n’étant pas d’une qualité supérieure) qui viendra me contredire.
Alors certes, TOUT n’est pas à jeter dans ce False Idol, même si les défauts sont agaçants à souhait. Et avant d’aborder les points positifs, mettons sans plus attendre les points sur les « i » concernant la voix claire. Non, cette dernière n’est pas mauvaise, on connait tous la qualité du chanteur, qui a déjà fait ses preuves sur le précédent disque. Non, elle n’est pas à jeter non plus, loin de là. En fait, le véritable défaut est qu’elle est surutilisée et surexploitée. Sans même évoquer à nouveau le cas "Manichee", la plupart des refrains ont l’air « forcés » et uniquement présents dans le but de satisfaire un nouveau public, beaucoup plus jeune, pour amener ce dernier à chanter en chœur en live. Parfois remarquablement bien utilisée comme dans "Doublespeak", "Overthrow" (rappelant d’ailleurs le tube "Mikasa"), ou "Graymail", on la déplore fortement dans "Echo Chamber", "Citadel" ou "Livestream". Faites en un usage parcimonieux les mecs, bon sang ! Mais abordons donc désormais les points qui font sourire. Les riffs typiques de Veil Of Maya et les rythmiques, ainsi que le son « djent », n’ont pas complètement déserté l’horizon, puisque les trois premiers véritables titres (enlevez donc "Lull"), dont le très dark "Fracture" en sont pourvus massivement. Appréciez au passage la dernière minute de "Overthrow", avec son excellent breakdown – quoique beaucoup trop court – et ses samples rappelant les meilleures périodes de VOM. "Echo Chamber" (1’25), "Graymail" (1’00) et "Follow Me" vous feront revenir une décennie plus tôt et cette dernière chanson aurait même pu figurer sur The Common’s Man Collapse.
Alors  au final, pourquoi une note aussi basse pour un album qu’on peut difficilement qualifier de « vomitif » ? Si l’on peut bien sûr extirper quelques titres de la masse, on a du mal à en qualifier ne serait-ce qu'une de « tuerie », chose qui n’était auparavant pas aussi difficile. Chaque album comptait ses perles, frôlant souvent la moitié de l’album. Le problème ici, c’est qu’aucune chanson ne mérite ce titre pour son ensemble. Seuls quelques passages affolent les compteurs – et nos cœurs – mais ils sont bien trop courts et insuffisants pour pouvoir mettre une note élevée, surtout quand on connait le glorieux passé du quatuor. Dans le fond, on ne peut même pas leur reprocher sincèrement cette nouvelle orientation, et ces quarante-quatre minutes pour treize titres, tant ils nous ont prouvé de quoi ils étaient capables en des temps anciens. Le moment est juste venu pour Veil Of Maya de faire ce qu’il veut, ce qu’il lui semble être bien, ou même ce qu’il aime tout simplement. Mais en faisant cela, il sait très bien qu’il va créer deux camps de fans. Les fans de The Common’s Man Collapse seront déçus, indiscutablement. La nouvelle génération, apparue en même temps que Matriarch y retrouvera certainement son compte. A eux de tenir compte de ces deux parties pour en satisfaire le plus grand spectre. Car avec cet album, on en viendrait presque à penser qu’après toutes ces années, Veil Of Maya n’était qu’une fausse idole.


20 octobre 2017. Veil Of Maya sort False Idol. Un déchirement. La confirmation que quelque chose de grand s’est éteint et qu’il laisse derrière lui quelque chose que l’on ne reverra plus jamais. Il y a un avant et un après. Indéniablement.



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