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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 29 janvier 2018
Sa note : 17/20

LINE UP

-Patricia Andrade
(chant)

-Rick Chain
(guitare)

-Ricardo Matias
(guitare)

-Fernando Matias
(claviers+basse)

-Paulo Lafias
(batterie)

TRACKLIST

1) Cosmos Controle
2) Lótus
3) Pétalas
4)
Vento Sul
5) Abismo
6) Nuvem
7) Gardênia
8) Cravo Carne

DISCOGRAPHIE


Sinistro - Sangue Cássia
(2018) - postcore doom metal Bristol metal - Label : Season Of Mist



Le défi est de taille. C’était dans l’air depuis un moment, Darkher s’y était essayée, et le groupe faisant l’objet de cette chronique avait tenté la chose avec l’album précédent, pas encore complètement abouti, mais prometteur. « Votre mission, si vous l’acceptez, c’est la création du Bristol metal. Bien entendu, si vous échouez dans votre tentative, nous nierons avoir eu connaissance de vos agissements. Ce message s’autodétruira dans 666 secondes. »

Bristol metal ou Portishead metal. Allier la lourdeur de notre genre musical préféré, avec la froideur groovy des fondateurs du trip-hop. Comme évoqué précédemment, après un excellent premier album, Sinistro, groupe portugais intrépide, s’y est essayé sur Semente, sorti en 2016, pour un résultat, déjà prometteur, mais où le chant de Patricia, sorte d’Alison Goldfrapp lusitanienne, n’était pas encore complètement intégré aux riffs façon sludge imposés par les six-cordes. De plus, les artistes n’avaient pas encore osé intégrer la fameuse rythmique chaloupée si chère à Beth Gibbons et ses amis. Ces deux petites lacunes ont été comblées avec cet excellent Sangue Cássia. Si l’introduction de ce rythme cassé sur "Vento Sul" ou "Nuvem" n’est une condition ni nécessaire ni suffisante à la correcte réalisation de ce mélange audacieux, elle confirme tout de même la volonté consciente des créateurs de l’œuvre de jouer aux aprentis sorciers et elle contribue à se sentir projeté en arrière, du côté des 90s, de manière presque choquante, mais ô combien agréable. Quant à l’intégration des miaulements de l’exquise chanteuse dans la grisaille, c’est chose faite. Cette fois-ci, impossible de la séparer du reste de l’œuvre. N’allez pas croire pour autant que ce troisième opus soit facile à avaler, Sangue Cássia se rapproche bien plus du douloureux Portishead voire de Third, que du plus accessible Dummy, et ce, dès la première seconde de l’album.
Les musiciens annoncent en effet la couleur dès "Cosmos Contole" : riffs lourds, mélodies pas si faciles à capter, l’émotion, il va falloir la mériter et, donc, digérer le bestiau. Au bout de quelques écoutes, on sent enfin poindre le plaisir que procure cette douleur sourde et quelque peu sensuelle, qui enveloppe la seconde moitié de tous les morceaux de l’œuvre. Le groupe est particulièrement convaincant sur la section allant de "Lótus", complainte magique, à "Abismo", en passant par le plus léger "Vento Sul", où Patricia nous donne le frisson plus qu’à son tour. "Nuvem" et "Gardênia", sans être le moins du monde infamantes, sont moins porteuses d’extase, mais Sinistro sait finir très brillamment l’album avec l’hypnotique morceau de bravoure qu’est "Cravo Carne". Les détenteurs de la version de luxe pourront également savourer une reprise intéressante de "Nothing Sacred" de Paradise Lost, mais l’essentiel n’est pas là. Les sept titres de la version normale sont suffisants à procurer une énorme dose de plaisir aux amateurs de metal non insensibles aux charmes de la vague trip-hop.  Ah, un dernier point : la chant est en portugais, ça en déroutera plus d’un, m’est avis, mais la qualité de l’album vaut bien un petit effort d’adaptation.


Tient-on ici un nouveau sous-genre où seul Sinistro s’aventurera aussi loin sur les terres de Portishead and co ? Si la première option est la bonne, on tient ici l’album de référence. Sangue Cássia sait transmettre l’émotion froide et un brin sophistiquée du trip-hop au milieu d’un océan de riffs d’une lourdeur extrême. Impactant.



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