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CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 20 janvier 2018
Sa note : 13/20

LINE UP

-Olmo "Déhà Amsg" Lipani
(tout)

TRACKLIST

1) Aurore
2) Ténèbres
3) Déluge
4) Néant
5) Mort

DISCOGRAPHIE

V - Oceans (2018)

Slow - V - Oceans
(2018) - ambient funeral doom - drone - Label : Code666 Aural Music



« Acer morsus doloris est ». Si je ne fais pas erreur dans mes locutions latines. Gageons un instant que la muse de l'homme ne serait pas la beauté, mais au contraire, cette morsure de la chair et de l'esprit qu'il redoute et qui à elle seule porte plus haut les grâces de ce monde, par simple effet de contraste. Je parle bien sur du tourment. Admettons un instant que la source d'inspiration ultime serait cette encre noire à laquelle nul n'échappe jamais durant son existence et que notre but (artistiquement parlant) serait de la toucher du doigt volontairement pour comprendre toute chose pleinement. Alors le funeral doom prendrait tout son sens.

Nous découvrons à cette heure l’œuvre de Déhà Amsg, multi-instrumentiste belge qui officie déjà depuis 2007 sous le nom de Slow. Ou , parfois, SLOW,  non point en raison du tempo lent propre au genre pratiqué – faute de mauvais goût - mais en tant qu'acronyme de Stands for Silence Lives Out/Over Whirlpool. Celui-ci compte à son actif pas moins de six offrandes full length et une démo, et signe aujourd'hui avec code666 le d'ores et déjà salué par la critique V – Oceans qui paraîtra officiellement le 26 janvier de cette année 2018, six mois après sa sortie initiale sur le label russe GS Productions. L'offrande étant reçue comme majestueuse, nous n'allions pas manquer d'y prêter une oreille attentive.
Funeral doom... Tout est dans l'expression. Nous n'ignorons pas que le genre en question n'est pas prisé de tous. Pour les autres, et ma foi, je tends à en faire partie, l'offrande s'avère être effectivement de bonne facture. L'ouvrage s'introduit avec "Aurore" : si le titre de la chanson évoquerait plus volontiers un horizon rassurant, teinté de parme, de vermeille ou d'or, la musique elle, est d'une toute autre palette. V - Oceans, est en effet une invitation, vous l'aurez compris, à éprouver les tourments d'une onde sans pitié, prompte à vous emporter dans ses profondeurs abyssales et son accroche n'est évidement pas faite pour tromper l'auditeur. La thématique de l’océan semble assez convenue au passage, Slow n'inaugurant en rien pour le coup, mais sachons reconnaître que le sujet conserve tout son attrait et peut encore noircir bien des portées, des pages et des esprits. La dépression se plaît bien à être illustrée de lames de fond, de rafales puissantes, de tempêtes, de tourbillons, de vagues scélérates et de noyade... Cinq pistes s'articulent donc autour de cette thématique. "Aurore", "Ténèbres", "Déluge", "Néant", "Mort". Une suite à la logique tragique infaillible me direz-vous.
Et pour dépeindre le sel de la désespérance autant que celui de la mer, Déhà Amsg use des bonnes techniques : des nappes épaisses de claviers, des riffs de guitare acides, des arrangements à la théâtralité justement mesurée, un chant profond (que ne renieraient pas les amateurs d'un Shape of Despair) et une production excellente pour valoriser l'ensemble. La composition s'aborde d'un seul tenant de manière fluide. Son défaut toutefois est d'être d'un abord trop monolithique, même pour de l'ambient. Passé le titre introductif qui vous jette d'emblée dans les profondeurs, l'on reste désespérément en suspens entre la surface et le fond de l’océan – cependant si justement dépeints - dans l'attente d'une chute plus douloureuse encore ou d'un paroxysme qui ne semble pas vouloir venir. Le rythme est certes parfois rompu par des touches délicates de piano qui laissent présager une attaque plus féroce à venir (ou disons, plus saisissante), la dernière goulée d'air qui précéderait la pure noyade, néanmoins cela ne suffit pas à propulser totalement l'esprit dans l'état de béatitude noire qu'il est venu chercher, dans cette transe de contemplation extatique de la douleur. En bref, nous plongeons – certes conduits avec grâce par la musique – dans une immensité d'eau glacée, nous coulons lentement, mais nous ne touchons jamais le fond. Nous ne sommes pas totalement engloutis par la musique.


Et pourtant, tout est là, offert avec le désir de guider l'auditeur. Mais à la fin de l'écoute, je me retrouve assise sur les galets froids et l'orage s'éloigne sous mes yeux, je ne me suis pas débattue pour survivre ou mourir, j'ai simplement contemplé et rêvé une douleur sans parvenir à la saisir de mes mains avides. Et j'ai beau revenir sur le rivage, guetter le vent, admirer les vagues qui se creusent, ressentir l'aspiration, une chaîne me maintient toujours ancrée sur la berge...



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