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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 04 janvier 2018
Sa note : 17/20

LINE UP

-Dani Filth
(chant)

-Lindsay Schoolcraft
(chant+claviers)

-Richard Shaw
(guitare)

-Marek "Ashok" Smerda
(guitare)

-Daniel Firth
(basse)

-Martin "Marthus" Skaroupka
(batterie)

TRACKLIST

1) Exquisite Torments Await
2) Heartbreak and Seance
3) Achingly Beautiful
4) Wester Vespertine
5) The Seductiveness of Decay
6) Vengeful Spirit
7) You Will Know the Lion By His Claw
8) Death and the Maiden

DISCOGRAPHIE


Cradle Of Filth - Cryptoriana - The Seductiveness of Decay
(2017) - heavy metal metal symphonique thrash metal melodeath et de très vagues restes de black metal... - Label : Nuclear Blast



Le leader de Cradle of Filth a beau être la cible de toutes les attaques possibles et imaginables, il y a une qualité qu'on ne peut pas lui enlever : la détermination. Imperturbable, Dani Filth continue à mener sa barque depuis 1994, barque dont il n'hésite pas à remplacer régulièrement la totalité des rameurs tout en réussissant miraculeusement à en conserver l'identité. Mieux encore : alors que plus personne ou presque n'attendait grand-chose du groupe, Hammer Of The Witches avait tout cassé en 2015, réaffirmant la pertinence d'un Cradle symphonique et surpuissant par sa grandiloquence. Réjouis-toi, ô fan de Cradle : tu vas pouvoir continuer à te la péter un peu pendant encore quelques temps, car Cryptoriana est fort bon.

Le risque couru par Cradle quand ils se mettent en mode full bombastic cinémascope, c'est la surenchère stérile. L'album Godspeed On The Devil's Thunder avait parfaitement incarné cet écueil : les compos étaient artificiellement gonflées aux hormones et tournaient à vide, camouflant très mal leur vacuité par des couches et des couches d'arrangements boursouflés. Et dès les débuts du nouveau disque on comprend que le nouveau line-up a décidé de ne pas tomber dans le piège : l'intro "Exquisite Torments Await" aurait tout pour se casser la gueule avec sa formule musique de film d'horreur + thèmes heavy metal + blast beat + chœurs féminins + hurlements + tout ce qui passe… mais on y trouve quelque chose qui change tout : des IDEES. De BONNES idées. Chaque plan fait mal, tout s'enchaîne avec une grande fluidité, aucune partie n'est utilisée et réutilisée à outrance, bref ça fonctionne. Etonnant non ? Cryptoriana confirme ce que Hammer Of The Witches avait laissé entrevoir : une science de la composition retrouvée.
L'autre chose que confirme Cryptoriana, c'est que Cradle dispose de sa meilleure paire de guitaristes depuis l'âge d'or Cruelty / Midian. Ce n'est pas compliqué : tous les riffs de cet album sont bons. Tout le temps. Qu'il s'agisse des plans thrash/melodeath assassins qui pullulent, des moments de cavalcades maideniennes de "Wester Vespertine" ou "You Will Know the Lion By His Claw", des solos allant du classieux à l'excellent ("Death and the Maiden", miam !), il n'y a pas un domaine dans lequel Ashok et Richard Shaw ne se montrent pas brillants. Le plan en twin lead juste avant les solos de "Heartbreak and Seance" est un des milliards de moments de ce disque qui restent une fois l'écoute terminée, et le passage bourrin juste après lesdits solos confirme un autre fait marquant : Marin Skaroupka est le meilleur batteur de l'histoire de Cradle. Sa manière de fourrer des accélérations et des micro-blasts un peu partout, sans cesse, contribue grandement à faire de cet opus une grosse tarte dans la face.
On parlait de science de la composition plus haut et c'est très notable : en dehors des performances techniques de ce line-up du feu de Dieu, on a affaire à des gens qui savent vraiment écrire des chansons. Déjà le format est totalement maîtrisé, avec des titres qui font tous entre six et huit minutes et auxquels on a envie de ne rien enlever ni ajouter. Surtout il y a toutes ces idées qui fourmillent ici et là : la manière dont la guitare annonce le chant féminin qui va suivre dans "Achingly Beautiful", les enchaînements entre pure ambiance gothique et melodeath assassin de "Wester Vespertine", la manière dont le thème d'entrée de "Heartbreak and Seance" préfigure le refrain qui suivra… chaque chanson est truffée d'effets de rappel entre les plans, de moments qui se répondent, et l'impression de cohérence dégagée est impressionnante. Mieux : les enchaînements sont systématiquement fluides (aucun ne tombe à plat, jamais) et Cradle a de plus l'excellente idée de ne pas juste faire revenir telle ou telle partie mais d'introduire de petites variations ça et là. Résultat : c'est riche, dense, mais jamais indigeste.
En complément de cette réjouissante mixture de metal extrême symphonico-gothique, on trouve un Dani Filth des grands jours qui alterne entre ses registres (chant clair excepté) avec un grand talent. Depuis quand le vocaliste n'avait-il pas atteint l'intensité déployée lors de la dernière minute de l'énorme "You Will Know the Lion By His Claw" ? Il incarne à la perfection la complexité de l'époque victorienne qui sert de toile de fond au disque, à l'image des changements d'ambiance osés et réussis qu'on trouve partout : la gamme orientale qui ouvre "Achingly Beautiful", les arpèges en clair de "Vengeful Spirit", le passage chœurs / basse de "Wester Vespertine"… chaque prise de risque paye et illustre cette époque borderline et marquée par la lutte entre modernité et classicisme. La fin de l'album est ainsi ultra cohérente avec le reste, "Death and the Maiden" ne reprenant pas les déferlantes de violence des titres précédents mais alignant un mid-tempo grandiloquent qui fracasse la nuque, enchaînant moments d'emphase et de nuance avec un talent qu'on n'espérait plus trouver chez Cradle. Ou du moins pas deux fois de suite.


Des défauts ? Oui, il y en a sûrement… mais en fait, là tout de suite, je n'ai pas envie de m'étendre dessus. Je préfère largement souligner le fait que Cradle of Filth vient de sortir deux albums majeurs à la suite, et que c'est jouissif en soi. Cradle confirme les espoirs qu'on n'osait cultiver après Hammer of the Witches, et retrouve avec Cryptoriana sa place dans la cour des grands. Réjouis-toi, ô fan. La traversée du désert semble terminée.


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