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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 16 octobre 2017
Sa note : 11/20

LINE UP

-Paul Bruce Dickinson
(chant)

-David Michael "Dave" Murray
(guitare)

-Adrian Frederick "H" Smith
(guitare)

-Janick Robert Gers
(guitare)

-Stephen Percy "Steve" Harris
(basse+claviers)

-Michael Henry "Nicko" McBrain
(batterie)

A participé à l'enregistrement :

-Jeffrey "Jeff" Bova
(programmation)

TRACKLIST

1) Wildest Dreams
2) Rainmaker
3) No More Lies
4) Montségur
5) Dance of Death
6) Gates of Tomorrow
7) New Frontier
8) Paschendale
9) Face in the Sand
10) Age of Innocence
11) Journeyman

DISCOGRAPHIE


Iron Maiden - Dance of Death
(2003) - heavy metal - Label : EMI



« Chers actionnaires, chers collègues, je comprends votre trouble. L'article dont nous avons été destinataires a suscité de légitimes interrogations et il est de mon devoir de...
Trouble » ? Vous parlez d'un euphémisme !
-Ça fait deux fois de suite !
-S'il vous plaît, messieurs, gardez votre sang-froid. Je ne veux jurer de rien mais il se pourrait que vous ayez à réviser votre jugement d'ici quelques instants.
-Par quel miracle, Monsieur le Président-Directeur Général ?
-Eh bien, afin d'upgrader notre niveau d'information et prendre la décision qui nous semblera la plus à même de garantir nos intérêts, j'ai sollicité la participation du responsable de la franchise « Vierge de Fer illimitée ».
-Je présume que cela correspond au point « séance d'évaluation avec le chef d'équipe pour un positionnement optimal du produit » mentionné sur la convocation ?
-En effet.
-Ça va être une boucherie.
-Pas sûr. Ce type a résisté aux punks, au grunge, au nu metal et à Janick Gers.
-Intéressant. Mais surmonter ses propres faiblesses demande d'autres aptitudes...
-Ne sous-estime pas le Gengis Khan du metal.


-Ah, j'entends quelqu'un faire tagada-tagada contre la porte, ce doit être notre employé – enfin, notre invité.
-Deux minutes avant midi, c'est abusé.
-Bonjour Steve. Je vous souhaite la bienvenue à cette commission. Prenez place.
-On pouvait pas faire une visio ? À cause des embouteillages j'ai dû prendre le métro d'Acacia Avenue jusqu'à la station Rue Morgue en compagnie de la plèbe - je n'éprouvais pas vraiment la solitude du coureur de fond, si tu vois ce que je veux dire.
-Une visio-conférence ? Si tu crois qu'une boîte qui sort des albums de heavy metal en 2003 est capable d'envisager un truc aussi sophistiqué...

-Bonjour M. le Président. Bonjour à tous. Je vous prie de bien vouloir excuser mon léger retard, notre avion en provenance de Transylvanie a rencontré quelques difficultés au décollage – le brouillard, ainsi que des enfants lunaires égarés sur le tarmac, semble-t-il. De plus Bruce, mon adjoint, a tenu absolument à le piloter lui-même.
-Les économies de personnel sont toujours appréciées par la compagnie, Steve. Nous vous écoutons.
-Ah bon ? Vous voulez que je vous joue quelque chose ?
-Grands dieux non ! Nous aimerions plutôt que vous nous présentiez les lignes de force de votre dernière production afin d'alimenter l'argumentaire que nos négociateurs seront chargés de déployer dans le but d'obtenir un référencement avantageux auprès de nos partenaires distributeurs.
-Ouf, vous me rassurez, je croyais qu'on allait causer musique, je n'étais pas préparé.
-Ha ha ha, vous savez bien que ce n'est pas notre rayon, Steve !
-Certainement, Monsieur le Président-Directeur Général. Sinon je ne serais pas là aujourd'hui. Messieurs, je vais être direct : vous vous rappelez de notre dernière livraison ?
-Hélas oui.
-Et bien je vous propose la même, mais en mieux.
-L'enfer peut attendre...
-Reste calme, je n'ai pas vu de matériel de diffusion électro-acoustique. Nous devrions échapper à la démo.
-Voilà qui est de nature à nous rassurer sur les perspectives de ventes, Steve. Malheureusement, en raison d'un ordre du jour essentiellement consacré aux stratégies de frau...
-Ahem... Monsieur le Président ?
-Euh, oui, bon. Comment dit-on maintenant ? « Évitement » ?
-En fait, nous avions opté pour un terme gratifiant, afin que les éditorialistes que nous rémunérons soient en mesure de valoriser notre action auprès des contribuables-consommateurs.
-Ah oui ça me revient ! Donc, Steve, étant donné que nous allons disserter pendant des heures sur le meilleur moyen d'enfumer le nouveau monde, et tous les autres, à grands coups d'optimisation fiscale – jolie trouvaille sémantique, n'est-il pas ? – nous n'aurons pas la possibilité d'écouter votre dernière création qui dure...
-Soixante-huit minutes.

-Ah oui, quand même. Ça ne s'arrange pas, dites donc.
-Que voulez-vous dire ?
-Et bien depuis vos débuts enthousiasmants, le minutage de vos réalisations s'allonge alors que le nombre de pistes demeure stable. Pourriez-vous nous expliquer les raisons de cette tendance, que des auditeurs critiques pourraient assimiler à du délayage ?
-Je...
-Si quelqu'un lui parle de périssologie, c'est l'AVC assuré.
-Pardonnez-moi, je traduis : pourquoi tant de longueurs, Steve ?
-Tout d'abord, je tiens à préciser que l'expression « auditeurs critiques » est inappropriée concernant Iron Maiden™ – vous me permettrez de préférer l'enseigne à la raison sociale : Iron Maiden™, on l'aime ou on n'écoute pas.
-Ça se tient, moi je n'écoute pas.
-Ensuite, devant la désaffection du public envers le format heavy metal traditionnel – couplet, refrain, solo et basta – j'ai décidé voici quelques années d'étoffer notre gamme héroïco-celtico-tsoin-tsoin. Cette stratégie s'inscrit dans une démarche historique offrant toutes les garanties en terme de visibilité puisque les membres fondateurs et moi-même l'avions mis en place dès le lancement de la marque.
-Certes, Mr. Harris. Pourtant, ne s'agirait-il pas plutôt des conséquences d'une gestion du personnel disons... innovante ?
-Vous êtes clairvoyant, Monsieur. Effectivement, lorsque Mr. Smith, un ancien associé, a souhaité réintégrer nos rangs, j'ai pris l'option de m'inscrire dans un process de team building en conservant son remplaçant. La présence de trois titulaires au poste de guitariste a inévitablement contribué à augmenter le délai d'exposition des items créatifs.
-Nous aurions cru qu'après l'expérience disons... mitigée que cette configuration avait engendrée sur l'occurrence précédente, vous en tireriez les conclusions qui s'imposent.
-Vous voulez dire : lourder Janick Gers ? J'en ai déjà assez bavé comme ça pendant mon divorce, je n'allais pas me lancer dans une nouvelle procédure, fût-elle pour faute grave. Quelqu'un parmi vous a-t-il eu à se plaindre de son taux de rendement durant cette période ?
-Bien sûr que non, Steve. Néanmoins, passée l'euphorie des retrouvailles avec vos deux éminents collaborateurs, le risque d'une prise de conscience de la baisse qualitative de la marchandise par les acquéreurs potentiels ne saurait être négligé.
-Vous rigolez ? Nos fans achèteraient n'importe quoi avec le logo Iron Maiden™ collé dessus, même des poupées russes ou des sous-bocks si quelqu'un était assez dingue pour commercialiser des trucs de ce genre. Oh wait...
-Vous disiez « le même mais en mieux ». En quoi consiste exactement ce « mieux » ?
-En premier lieu, j'ai briefé mon chanteur - ou débriefé, pour être plus précis. J'ai pris conscience que les « oh-oh-oh » systématiques en lieu et place des refrains n'apportaient aucune plus-value et hormis sur "Face in the Sand", le tir a été sensiblement corrigé.
-En revanche, quelques maladresses subsistent. Les « no more lies » ad nauseam sur le titre éponyme se révèlent crispants au possible – ça m'a rappelé la dernière fois qu'un ministre a prononcé l'expression « taxation des bénéfices ».
-Je comprends votre sentiment, Monsieur le doyen et vous remercie d'avoir pris la peine d'écouter le fruit de notre labeur. Cependant chez Iron Maiden™, nous avons pris le parti de scander nos slogans pour en faciliter la mémorisation. Bon, sur ce coup, Bruce en a peut-être un peu trop fait…

-Pouvez-vous nous détailler les autres axes d'amélioration que vous avez initiés ?
-J'ai consolidé les fondamentaux qui ont fait la réputation d'Iron Maiden™. Ainsi, les tempos sont majoritairement élevés...
-Heureusement, sinon le LP aurait duré trois heures.
-... Et le recueil s'ouvre sur un morceau relativement bref et punchy, favorisant l'accroche du client.
-Très bien. Et sinon ?
-Tout pareil que celui d'avant, comme j'ai eu l'honneur de vous l'indiquer dans mon propos liminaire.
-Ça veut dire que vous nous avez pondu plein de petits clones de "Fear of The Dark" ?
-Eh bien… Oui.
-J'ai écouté et je confirme : l'amorce apaisée qui précède l'explosion au bout de deux ou trois minutes, le thème épique, les solos interchangeables qui se succèdent, le retour au calme en guise de conclusion... Il ne s'agit pas d'une révélation, mais vous restez trop souvent prisonnier du même schéma, Mr. Harris. Le thème de "Dance of Death" constitue d'ailleurs un calque quasi parfait de celui de... "Fear of the Dark".
-Du déjà-vu !
-Messieurs, sachez que je partage votre goût de l'exigence, garant de notre survie dans cet étrange monde et qu'il nous faut réagir au plus vite afin de contrer la concurrence.
Rapide ou mort », oui, nous connaissons la chanson.
-Je croyais que ce qui était bon mourait jeune, on nous aurait menti ?
-Toutefois il existe aussi un facteur dont vous devez avoir conscience : l'inspiration. Chez certains, elle s'épuise aussi vite qu'un litron de muscadet dans le gosier de Phil Anselmo. Chez d'autres, son espérance de vie est équivalente à celle d'une savonnette dans le barda d'un punk français. Je me targue d'appartenir à la seconde catégorie, mais pour tenir la distance, il faut savoir doser ses efforts.
-Et nous infliger une séance au purgatoire ?
-C'est pourquoi j'ai accordé un soin particulier à l'ambiance digne d'un blockbuster médiéval sur les plages les plus étirées...
-Qui se ressemblent toutes...
-...Et fait appel à mon savoir-faire forgé au fil des ans afin d'élaborer des compositions qui porteront la trademark Iron Maiden™ et resserrer ainsi les liens de fidélité qui nous unissent à nos abonnés, euh, nos supporters.
-Jolie périphrase pour « fillers ».
-Tant que le résultat ne ressemble pas à une saison de West Ham United...
-S'il vous plaît monsieur : ne jouez pas avec ma folie.
-Je plaisante, Steve, pas la peine de me provoquer en duel pour ça, pas vrai ?
-Et bien je suppose que nous pouvons conclure là-dessus. Steve, un dernier mot pour votre défense ?
-Goûter à Dance of Death, c'est plonger définitivement dans le Maiden 1.05, issu de la rencontre entre la tradition metal de noble lignée et les techniques d'écriture actualisées - quand la maîtrise des pionniers se met au service de l'Histoire, des passions exacerbées et de la grandiloquence.
-On dirait un pitch publicitaire dans un catalogue d'Holy Records.
-Et souvenez-vous : un disque, ce n'est pas seulement une major fuck un client. Ce n'est pas.

-Oui oui Steve, on le note pour plus tard. Nous ne vous retenons pas plus longtemps, il me semble que vous êtes attendu à la réunion avec la designers' team pour opérer le choix crucial du packaging.
-Justement, Messieurs, avant de partir, je tenais à vous dévoiler la pochette de Dance of Death, que j'ai sélectionnée en commun accord avec moi-même. Je n'ai encore rien dit à mes salariés, ni au concepteur qui a su capter - comme vous allez le constater immédiatement - toute la quintessence de notre œuvre. Le temps que je l'accroche au paper board et... Voilà !
-Holy shit, Steve, mais vous crawlez dans une mer de folie ma parole ! Que... Comment voulez-vous qu'on arrive à écouler ce, cette.... Ça ?!
-Nous sommes les enfants des damnés, camarade. Avons-nous tant pêché pour subir une telle vision ?
-Au moins sept fois. Sept mortelles fois.
-Les hommes font tant de mal...

-Vous êtes focalisés sur les chiffres, Messieurs. Or moi, je ne suis pas un numéro : je suis un homme libre ! Et je courrai encore vers les collines, un monde différent ou une étoile aveugle alors que vous aurez revendu vos obligations depuis belle lurette. Même si vous ne pouvez croire vos yeux, c'est une vraie chose.
-Pas de doute : il est fort, le bestiau.
-Que son nom soit sanctifié. Parce que transformer ce pudding en succès commercial sans perdre sa crédibilité, ça relève d'un exploit digne des plus grands.
-Comme Alexandre ?
-Par la couperose de Nicko McBrain, t'es vraiment au taquet, toi.
»


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