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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 19 juillet 2017
Sa note : 18/20

LINE UP

-Shay Lewis
(chant)

-Victor Corral
(guitare)

-Charlie Robbins
(guitare)

-Joshua Riojas
(basse)

-Jonathon Simpson
(claviers)

-Jeron Schapanksy
(batterie)

TRACKLIST

1) Observer
2) The Grand Skeptic
3) These Aren’t Mirages

4) Unself Portrait
5) The Silver Chord
6) Change
7) Playing The River
8) Dirty Hands
9) Fortune Teller
10) Mazes
11) Turn Off The Pictures

DISCOGRAPHIE

The Observer (2017)

Artificial Language - The Observer
(2017) - metal prog pop prog neo classique mélodique - Label : Autoproduction



Rappelez-vous : c'était en 2012, et je chroniquais Reticence : The Musical, du groupe Art By Numbers, superbe album de metal pop/prog neoclassique au chanteur à la voix d'or. Nous voici maintenant en 2017 et je chronique The Observer, du groupe Artificial Language, superbe album de metal pop/prog neoclassique au chanteur à la voix d'or. Déjà-vu ?

Rassurez-vous, il y a une vague logique derrière tout ça, puisque Artificial Language est le successeur de Art By Numbers vu qu'on y retrouve la même paire de guitariste (même si l'un d'eux n'était pas crédité sur le line-up officiel de Art By Numbers, mais pourtant il apparaît sur toutes les vidéos – tout cela n'est pas très clair) et une parenté musicale plus qu'évidente. Et pas que, vu que le chanteur est lui aussi le même, toujours avec sa voix envoutante qui… comment ? Pardon ?  C'est pas le même chanteur ? Vous… vous êtes certains ? Oui, bon. Ok. Ahem. Donc, après vérifications, non, le chanteur n'est pas le même et pourtant : leurs voix sont vraiment très proches. Tout cela est troublant, je m'en vais demander une expertise ADN.
Vous l'aurez compris, les rapports entre Art By Numbers et Artificial Language sont nombreux et un peu nébuleux. Mais ils partagent une autre chose, sans doute la plus importante : ça tue. Et dans un créneau musical assez similaire : un pot pourri de pop aérienne et de metal néoclassique, saupoudré de virtuosité guitaristique (arpèges très présents, solos mélodiques, orchestration entre les deux guitares... bonheur) et de mélodie sucrée, des atmosphères tragiques et un concept album relativement incompréhensible sans explication (mais heureusement, Shay Lewis se fend sur Youtube d'une vidéo où tout est décrypté). Ce mélange, pour relativement improbable qu'il puisse paraître, est bien plus cohérent qu'il ne semble. On lit ici où là des rapprochements musicaux entre le groupe et The Mars Volta, Leprous ou encore Muse : si rien de tout cela n'est totalement usurpé, Artificial Language creuse son propre sillon avec des morceaux courts, calibrés, ultra-catchy et efficaces. Il faudrait plus citer un groupe comme A.C.T. s'il fallait vraiment trouver une référence, dans le côté narratif et parfois un peu théâtral de l'approche.

The Observer, c'est donc une superbe réussite avec un album construit en montagnes russes : après trois morceaux aux sonorité mélancoliques et tragiques, on se pose avec trois autres plus posés, plus doux et aériens, pour revenir dans les tons baroques mineurs avec les trois suivants avant le grand final de huit minutes (notable, quand les autres ne dépassent que rarement les quatre minutes) assez contrasté. Ces espèces de blocs donnent à l'album un sentiment de différents paysages, d'une structure solide même si assez peu subtile. Mais cette oscillation est loin d'être inintéressante et permet à l'auditeur de se situer immédiatement. Le défaut relevé sur Reticence : The Musical (morceaux trop courts et presque expédiés, alors que géniaux) est ici atténué (on dépasse les quarante minutes sur l'album) mais malgré tout, certaines parties sont frustrantes de brièveté : c'est tellement bon qu'on en veut plus (du coup, ben on l'écoute en boucle).
Il faut revenir sur ce qui est LE point fort de Artificial Language, tout comme c'était LE point fort d'Art By Numbers : le chant. Peut-on tomber amoureux d'une voix ? En tous cas, Anthony James (Art By Numbers) et Shay Lewis (Artificial Language) ont des voix très proches, et dans les deux cas, absolument magnifiques. Assurément, comme tout ce qui sort de l'ordinaire ou des canons du genre, on peut s'attendre à des critiques et des râleurs (il y en a déjà) mais non : le choix de trouver un autre chanteur à la voix douce, aiguë, fragile, pop et aérienne est parfaitement sensé et cohérent avec le propos musical. De plus, cette voix, pour singulière dans ce contexte, est parfaitement utilisée : les lignes vocales sont magnifiques, variées, parfois acrobatiques et sont réellement le point de pivot autour duquel tourne toute la musique de Artificial Language. Alternant voix de tête, montées acrobatiques tout en douceur, sans jamais d’agressivité (sans parler de growl), une belle expressivité et une élégance sobre, c'est avec les guitares le point le plus enthousiasmant du groupe.


The Observer, c'est Reticence : The Musical dont les défauts auraient été gommés, les qualités mises en avant et les caractéristiques approfondies. Ce travail est parfaitement récompensé par un album magnifique, doux, rêveur, mélancolique et tragique. Combien réconfortant est de voir que des jeunes musiciens sont capables de produire une musique à la fois actuelle, novatrice et nourrie de la longue tradition mélodique de la pop, de la complexité du progressif, de la virtuosité du neo-classique et de la densité du metal. Messieurs, bravo.


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