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CHRONIQUE PAR ...

98
Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 15 juillet 2017
Sa note : 14/20

LINE UP

-Quasar
(chant)

-Vacuum
(guitare)

-Lightspeed
(basse)

-Void
(batterie)

TRACKLIST

1) Blind Ocean
2) Mirrors
3) Giant Monologue
4) Dawn For Nobody
5) Release
6) Dried Shadows
7) Black Wave
8) In Memories


DISCOGRAPHIE

Alien World (2017)

Below The Sun - Alien World
(2017) - doom metal ambient post metal - drone - ritual - Label : Temple of Torturous



Lorsque la musique vous raccroche aux mots, lorsque les mots se parent d'une tessiture...  Après le désaxement de Burrought, l'onirisme de Lovecraft, l'éloquence de Meyrink – et probablement très prochainement, la science psychédélique de Lewis Carol - des concepts voulus ou des choix personnels d'un guide d'écoute, c'est aujourd'hui dans l'univers de Stanislaw Lem que je vous propose de plonger. La littérature inspire en effet bien des musiques et des impressions, elle met en mots, et quand la musique dépasse le verbe, c'est là chose de fort bon aloi. Saluons en tout état de cause ceux qui cherchent à suivre ce fil galvanisant.

L'ambition de Below the Sun avec son album conceptuel, Alien World, est de nous entraîner sur les chemin de Solaris, un classique de la science fiction. D'emblée je vous dirais que point n'est besoin de connaître le livre de l'auguste auteur  polonais pour découvrir la musique ici délivrée, le plaisir nu d'appréhension se suffit à lui-même – à titre personnel, je reconnais d'ailleurs avoir fait la découverte de l'ouvrage à l'occasion de cette chronique, après de multiples écoutes déjà, simple curiosité - mais la connaissance de la trame de celui-ci apporte plus de saveur à l'écoute, et cette double découverte est fort agréable au demeurant. Je vous en dirais donc quelques mots afin de vous guider, sans pour autant en livrer les clés (préservons le plaisir des surprises!). Sachez simplement que l’œuvre littéraire s'ouvre sur le départ de son narrateur vers une planète dont l'étude fomente toutes les hypothèses possibles, aussi folles que pragmatiques - Solaris - et s'articule sur l’appréhension par celui-ci de sa composante essentielle (pour ne pas dire unique) : un océan aux caractéristiques méconnues sur terre, de nature dite « protoplasmique », doté – potentiellement - de vie. Une vie déduite de manifestations colossales de cet océan : des création gigantesques aux formes improbables, évaluées comme autant de tentatives de communications de non-humain à humain. Mais le voyage va se révéler bien plus complexe que ce qu'il préfigurait et nous allons plonger dans les méandres de la pensée tourmentée de mille réflexions.
Et ainsi, l'album s'introduit de manière identique par ce titre, "Blind Ocean", brossant l'image première d'une immensité encore fermée à la compréhension humaine : une ouverture spatiale, suivie d'une montée dramatique, pour aboutir sur une salve lourde, portée par une voix cherchant dans les bas fonds, chargeant immédiatement l'auditeur d'une sensation d'écrasement. Nous sommes dans un univers post-black, et très rapidement, la mélancolie prend le dessus : chant clair et caverneux s'alternant pour faire jaillir un sentiment d'inquiétude face à une matière tortueuse, cet océan qui se tord en tout sens sous nos yeux, faisant jaillir ses constructions inédites de centaines de mètres de haut dans une explosion de puissance, pour ensuite les laisser s'affaisser doucement et les voir disparaître dans l'embrasement d'un soleil tantôt rouge, tantôt bleu, à la faveur d'une alternance de ton effréné-posé. Questionnement... Nous en sommes là. Notre narrateur a posé le pied sur la station qui doit l’accueillir, mais, je l'ai dit, c'est une quête d'un autre genre que celle à laquelle il s'était préparé qui l'attend. Les premiers titres nous instruisent, car il accroissent la part dramatique de la scène d'ores et déjà esquissée par le morceau introductif. Ici, la voix attaque rudement, là les cordes sont vindicatives, parfois acides, illustrant grandement le dédale dans lequel notre aventurier se retrouve soudainement plongé : l'agression de l'imprévu, le hors cadre. Puis soudain, le ton s’apaise un instant, se développe sur une toile totalement différente, presque douce et s'en suit une montée en puissance, terriblement poignante, nous nous retrouvons confrontés à un émotion forte et le choc se fait : la matière étudiée change de forme, elle n'est plus factuelle, scientifique, mais humaine, et là, enfin, une spirale emporte l'auditeur à la fin d'un morceau. Réflexion...
Le roman qui sert de trame à Alien World, n'est pas en vérité l'histoire banale d'un cosmonaute envoyé dans les étoiles, mais celle d'un être qui se heurte à la vacuité humaine, qui théorise sur notre seuil de connaissance et qui se tourmente quant à la notion de bonheur – sur sa perte, surtout. La musique, ici, cherche à nous emporter à sa manière dans ce récit qu'elle colore sans pour autant se plaquer comme une simple bande sonore cinématographique - son écoute pouvant tout à fait se détacher de l’œuvre - Majoritairement instrumentale, les atmosphères y sont soignées, un bon équilibre est posé entre les instants de contemplation et les attaques plus acérées. Mais, malgré ses qualités techniques, l'on ne peut cependant s'empêcher de lui reprocher un abord quelque peu monolithique, rendant son accès délicat. L'ensemble peine à captiver totalement, l'écoute se force parfois, et il est en vérité regrettable de devoir attendre la sublime piste finale, "In Memories", pour juger de l'excellent potentiel du groupe à emporter l'adhésion et réenclencher l'écoute à nouveau dans l'espoir d'avoir laissé s'échapper des éléments fondamentaux qui ne viennent finalement pas nous éclairer. Un titre, c'est malheureusement trop faible pour fixer l'esprit.

Avec ce second album, Below The Sun illustre ses capacités techniques et fait montre de sa volonté d'honorer un sujet qui, sans doute aucun, l'a fortement inspiré et ému. L'album est gracieux, soigné et l'intention louable. Il manque encore cependant cette goulée d'émotion qui saura happer l'auditeur et l'emporter pleinement dans un tourbillon rêveur et troublant. Peut-être la prochaine fois ? Nous le souhaitons et encourageons ce groupe fort discret en ce sens.


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