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CHRONIQUE PAR ...

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Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 08 juin 2017
Sa note : 16/20

LINE UP

-Thomas Zanghellini
(chant+basse+samples)

-François Prigent
(choeurs+guitare+lap steel+ sitare)

-Yann Daniel
(choeurs+guitaresSaxophone)

-Nicolas Brillant
(choeurs+batterie)

TRACKLIST

1) I
2) II
3) III
4) IV
5) V
6) VI
7) VII

8) VIII

DISCOGRAPHIE


Comity - A Long, Eternal Fall
(2017) - postcore inclassable mathcore - Label : Throatruiner



Au pays des sonorités sales labellisées « Produit de France », le nom de Comity est incontournable. Sans être un immense spécialiste du groupe que je n’ai découvert qu’en 2006 avec As Everything Is A Tragedy, j’ai appris à les aimer avec You Left Us Here, puis avec The Journey Is Over Now, deux taules à la densité effarante. De fait, peu de groupes en France déploient l’intensité des parisiens, à part des combos comme Plebeian Grandstand ou Deathspell Omega (de sérieuses références donc), et aucun ne semble l’avoir fait avec une telle longévité, ni au travers d’autant de galères de line-up / changement de labels. Bref, Comity revenait aux affaires ces jours-ci, et après six ans d’absence, on était en droit d’attendre monts et merveilles de A Long, Eternal Fall, tant le groupe avait pris pour habitude placer la barre excessivement haut. Logique, quand on est la réponse française à Converge, Starkweather, Breach ou encore Botch et Cave In.

Et comme il fallait s’y attendre avec Comity, la nouvelle livraison est dense. Très dense. Dès ''I'', méchant opener instrumental marquée par un gimmick de guitare rappelant quelque peu le style de Kurt Ballou (ndlr: c’est un compliment), on comprend que Comity n’a pas réellement mis d’eau dans son vin. Ceci dit, si l’extrême intensité est évidemment au rendez-vous sur cet album, elle pourrait, d’emblée et aux premières écoutes parfois distraites, sembler un peu moins marquée, toutes proportions gardées, que par le passé. Rappelons à ce titre l’intense noirceur du monolithique You Left Us Here, ou celle de The Journey Is Over Now, à mettre au regard des courants lumineux qui traversent, ici ou là, ce nouveau LP. La mélodie a certes toujours existé chez Comity, mais on la sentirait presque parfois plus franche ici, moins perdue dans la masse que naguère, plus assumée peut-être. Sur ''II'', elle survient, naturelle, et revient à la charge, en réponse aux monuments de baston déployés par ailleurs, à l’image de ce pont fracassant l’auditeur à mi-morceau. ''III'' ne dit pas autre chose, démarrant sur les chapeaux de roue avant de construire une ambiance tendue, peuplée d’un double chant incantatoire et dont les rebonds ne sont pas sans rappeler un Neurosis bien avili. La section rythmique, pour sa part, tabasse l’auditeur avec une intensité abrutissante.
''IV'' est plus lisible, quelque part entre screamo, postcore et mathcore mélodique: les guitares s’y font plus franches, et si la section rythmique demeure épileptique et le chant toujours aussi rude, l’ensemble fonctionne à merveille. Grâce à l’évidente maîtrise des musiciens certes, mais aussi, et c’est suffisamment rare et précieux pour être signalé, grâce à une production vraiment organique, au rendu quasiment live. Celle-ci fait d’ailleurs un peu peur sur ''I'', où elle sonne presque trop touffue et bordélique de prime abord, mais une fois que l’oreille s’y est fait, c’est indéniablement une réussite. Pour le reste, et pour nuancer la première affirmation de ce papier qui consistait à dire que ce nouveau Comity était peut-être plus accessible et mélodique que ses prédécesseurs, ajoutons bien volontiers que cela n’est vrai que par moments. De fait, A Long, Eternal Fall reste très majoritairement un exercice d’acrobaties particulièrement forcenées et meurtrières. Et parmi nos figures préférées, on apprécie ''V'' et sa teneur hardcore/postcore progressive bien barrée (il n’y avait bien que Comity pour faire du hardcore prog sans même s’en rendre compte!), et surtout la monumentale ''VII'', pièce maitresse de ce nouvel album à n’en pas douter, faisant pour le coup passer l’auditeur par tous les états: post-hardcore mélodique mais ultratechnique, mathcore violent déstructuré à l’excès, accalmie mélancolique d’une grande finesse, lourdeur quasi post-metal par instants… impressionnant, et étonnamment cohérent. Enfin, pas si étonnant in fine, quand on a été habitués à l’inhabituel par les précédentes sorties de ces véritables voltigeurs des musiques extrêmes.

Aucune concession. Aucune facilité. Une volonté, peut-être consciente, ou peut-être pas, de continuer à jeter des ponts entre tous les styles les plus rudes de la grande famille musicale estampillée « hardcore » . Voici ce qui ressort à mon sens, et plus que jamais, de ce dernier album de Comity. Pour l’auditeur, apprécier ce type d’exercice à la densité peu commune demande une attention sans cesse renouvelée, et on pourrait aisément vouer aux gémonies la périlleuse entreprise des vétérans parisiens tant celle-ci n’est pas, depuis ses débuts, taillée pour plaire à qui que ce soit. Mais on pourrait tout aussi bien la louer pour l’excellence qu’elle démontre, et l’exigence dont elle fait preuve. Quoi qu’il en soit, voici un groupe clairement à part, un des derniers à n’en avoir cure. Là où Knut, Breach et Botch ont déposé les armes, là où Cave In a complètement tourné casaque, là où Converge a largement aéré son propos, et alors qu’on ne sait pas trop où en est Starkweather ces temps-ci, Comity taille sa route. Merci à eux.


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