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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 05 juin 2017
Sa note : 18/20

LINE UP

-Björn Ove Ingemar "Speed" Strid
(chant)

-David Andersson
(guitare)

-Sebastian Forslund
(guitare+congas+percussions)

-Richard Larsson
(claviers+percussions)

-Charles "Sharlee D'Angelo" Petter Andreason
(basse)

-Jonas Källsbäck
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement:

-Johanna Beijbom
(chœurs sur "Star of Rio" et "Josephine")

-Giorgia Carteri
(narration)

-Kamila Kucharska
(narration)

-Lena Mischuk
(narration)

-Kenya Horst
(narration)

-Anna Berntman
(narration)

-Martin Lindqvist
(saxophone sur "Just Another Night")

-Hanna Carlsson
(violoncelle)

TRACKLIST

1) Midnight Flyer
2) Star of Rio
3) Gemini
4) Sad State of Affairs
5) Jennie
6) Domino
7) Josephine
8) Space Whisperer
9) Something Mysterious
10) Saturn in Velvet
11) Bonus: Just Another Night (Mick Jagger cover)
12) Bonus (Japan only) : Fly Tonight (Never Rewind)

DISCOGRAPHIE


The Night Flight Orchestra - Amber Galactic
(2017) - hard rock hard FM - Label : Nuclear Blast



Et la belle aventure continue. Après deux premiers albums ébouriffants, le vaisseau amiral du hard rock vintage The Night Flight Orchestra décide de remettre les gaz pour un nouveau périple après avoir fait le plein de kérosène, ou plutôt de propergol au vu de la très classe pochette sur laquelle se tient fièrement ce qui se ressemble à un fantasme d'hôtesse de l'air intergalactique. Le visuel soigné trahit le supplément de moyens mis à la disposition des Suédois, mais la musique a-t-elle également bénéficié de ce changement d'échelle ?

Sans parler de méfiance, la communication lourde fondée sur du story-telling à portée humoristique, divertissant mais un peu artificiel, ainsi qu'un délai de parution raccourci – moins de deux ans, contre trois entre Internal Affairs et Skyline Whispers – ont suscité des interrogations. Pour ne pas dire des doutes: et si, pressés par une maison de disque désireuse de recueillir au plus vite les fruits de sa signature avec l'une des plus grosses sensations du moment, les Scandinaves avaient bâclé leurs créations ? Évacuons tout de suite le sujet: oui, il est fort probable que "Saturn in Velvet", le morceau au long cours de cette édition, n'ait pas bénéficié du temps nécessaire pour se hisser à la hauteur de "Transatlantic Blues" et "The Heather Reports", ses monumentaux prédécesseurs. Débutée sur des bases similaires à ce dernier avec son accélération évoquant elle aussi "Music (was my first Love)" de John Miles et "Live and let die" de Paul McCartney, la piste s'achève sur une suite d'accords répétés sur plus de deux minutes façon "Wonderland" de Frost*, loin du feu d'artifice espéré par le fan exigeant. Néanmoins, "Saturn in Velvet" est un excellent titre. Comme tous ceux figurant sur Amber Galactic. Voilà, on aura fait ce qu'on a pu pour ménager un semblant de suspense, mais à part faire la fine bouche sur le recyclage réitéré du riff de "California Morning" (Internal Affairs) sur "Sad State of Affairs", il n'y a guère matière à bouder le plaisir énorme à goûter jusqu'à plus soif les exquises trouvailles du sextet nordique. Mais comment ces types se débrouillent-ils pour atteindre des sommets à chaque enregistrement ? Énigme insoluble au regard de leurs agendas respectifs.
Qu'on en juge : depuis la parution de Skyline Whispers en 2015, le batteur Jonas Källsbäck s'est activé en studio avec Mean Streak et a rejoint les rangs du all-stars band d'AOR Gathering of Kings dont font également partie le claviériste Richard Larsson et le chanteur Björn "Speed" Strid qui, en plus de ses collaborations tous azimuts, a eu le temps de sortir un nouveau Soilwork qu'il a abondamment défendu sur scène aux côtés du guitariste David Andersson. De son côté, Sharlee d'Angelo a tranquillement enregistré ses parties de quatre-cordes en compagnie de ses camarades de Witchery, Spiritual Beggars et Arch Enemy, en plus de tourner pour le compte des deux derniers nommés. Toutes ces implications externes ne pouvaient qu'entraîner une baisse de qualité préjudiciable au millésime 2017 de The Night Flight Orchestra, c'était inéluctable. Pourtant, il n'en est rien. La raison ? Un talent d'écriture aussi flagrant que partagé. Car outre les membres fondateurs Strid et Andersson, l'élément le plus récemment intégré, Sebastian Forlsund, participe à la composition - et avec quelle maestria puisqu'il est l'auteur du magnifique "Gemini", joyau parmi les joyaux, dont le refrain galvanisant donne envie d'aller conquérir le cosmos le poing serré et le sourire jusqu'aux oreilles, tel un héros d'anime des années quatre-vingts. Ça tombe bien, puisqu'il s'agit exactement de la période dans laquelle la section d'Helsingborg entend inscrire le troisième volume de sa saga rétro-futuro-féministe, plus précisément « entre 1977 et 1983 » selon les indications du vocaliste. Et c'est exactement ça. Certes (certains diront « heureusement »), les velléités de ce dernier de sonner comme Lou Gramm ne se traduisent pas vraiment dans les faits - son registre s'apparentant toujours à celui du Coverdale bluesy des débuts, bien que Strid force sur certains passages - initiative pas forcément très probante mais qui ne remet pas en cause une performance que l'on qualifiera une fois encore de haut vol [nda: ça, c'est fait].
Cependant, l'influence – revendiquée - des Foreigner, Journey et autre Jefferson Starship se fait sentir plus que jamais, basculant tout entier l'Orchestre nocturne sur les sommiers soyeux du hard fm des années walkman. Des sonorités seventies mises à l'honneur sur le premier LP - et encore présentes sur son successeur - ne subsistent que d'infimes traces, tel le double solo à la Deep Purple sur "Domino" qui contrebalance tant bien que mal l'ambiance la plus eighties de toute la livraison avec cette boucle de synthé digne d'un tube new wave à la Ultravox ou The Human League. L'orgue hammond est par conséquent rangé au placard, mais la diversité des claviers demeure un atout maître de TNFO, conférant une identité propre à chaque chanson. Car ce qui distingue le collectif de la Mer Baltique du tout venant nostalgique de l'« adult oriented rock », c'est cette faculté à varier les climats, les inspirations et les tempos autrement que par l'insertion d'une ou deux ballades sirupeuses. La lenteur n'est pas absente d'Amber Galactic - "Jennie", "Domino" et "Something Mysterious" en attestent - mais ne se révèle pas pour autant synonyme de mollesse car dynamisée par une intensité permanente qui interdit la fadeur et la monotonie, la vigueur chaleureuse du couple basse-batterie n'étant pas étrangère à ce réjouissant constat. Et lorsque le vaisseau s'emballe, le cœur chaviré de l'auditeur en fait autant, emporté par la fougue et la beauté de mélodies semblant surgir de mondes inouïs. Comment contenir son enthousiasme à l'écoute de l'irrésistible "Gemini" déjà cité, mais également de "Midnight Flyer" et ses accords héroïques qui ouvrent le recueil ? Comment rester de marbre face à une "Josephine" autrement plus incandescente et tout aussi émouvante que son aînée chantée par Chris Rea ? Comment ne pas se laisser envahir par la frénésie spatiale de "Space Whisperer" et par les chœurs fiévreux de "Star of Rio", rappelant la soul vigoureuse d'une Tina Turner à son zénith ? Quant aux indécis qui hésiteraient à succomber après avoir lu certains noms, auxquels il convient d'ajouter ceux de Toto, Survivor et The Alan Parsons Project, ils devraient être définitivement convaincus par la reprise de "Just Another Night" de Mick Jagger, hit plaintif sentant les draps froissés et les réveils solitaires que la formation de l'Öresund transforme en ode au romantisme ardent, ponctuée par une irréprochable intervention au saxophone, absente de de la version originale. C'est ce qui s'appelle « claquer une perf' ».


Couplets énergiques, refrains magiques, mélopées fantastiques: la recette proposée par le meilleur groupe revival ayant jamais vu le jour est reconduite pour la troisième fois d'affilée, ça en devient hallucinant. Amber Galactic, c'est le plus bel argument pour encourager les traumatisés du top 50 à redonner une chance aux années quatre-vingts, c'est la plus succulente madeleine offerte à ceux qui les avaient adorées, c'est le complément idéal de l'affolante bande-son de Boogie Nights, c'est la preuve éclatante qu'il reste encore de belles chansons à écrire, et pas des mièvres. Donner naissance à un chef d'œuvre est exceptionnel : avec The Night Flight Orchestra, c'est devenu la routine.

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