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CHRONIQUE PAR ...

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Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 01 avril 2017
Sa note : 16/20

LINE UP

-Julien Henri 
(Chant)

-Thibaut Aguir
(Guitare)

-Adrien Lederer
(Guitare)  

-Guillaume Taliercio
(Basse)

-Cédric "Drixxé" Laban
(batterie)

TRACKLIST

1) Still (Paris Most Nothing)
2) Let Go
3) Like Us

4) You Belong To Me (The Police cover)
5) One Night In Any City (The Horrorist cover)

DISCOGRAPHIE

Rise To Infamy (2015)
Still (EP) (2016)

Cowards - Still (EP)
(2016) - hardcore black metal sludge saloperie urbaine - Label : Deadlight Entertainment Throatruiner



Comptant parmi les têtes de pont de l’écurie terroriste-sonore Throatruiner Records (Calvaiire, Plebeian Grandstand, Fange, Birds In Row, Comity, Vermin Womb, etc : que de la petite rigolade), le combo blackened hardcore/sludge/saloperie parisien Cowards fut déjà l’auteur d’un premier LP remarqué en 2015 (Rise To Infamy), lequel faisait suite à deux enregistrements tout aussi qualitatifs (Hoarder et Shooting Blanks And Pills). Mais celui dont on vous parle aujourd’hui, avec un retard bien scandaleux d’ailleurs, c’est leur dernier EP en date : Still, sorti fin 2016.

Il est à noter que Still comporte trois morceaux inédits et deux reprises méconnaissables tant elles ont été manipulées, tordues et avilies par le quintet. En termes de nouveauté, on est donc face à trois pistes qui laissent à entendre un Cowards égal à lui-même, bien qu‘en voie de Kickback-isation peut-être un peu plus avancée que sur les précédents opus, où il était impossible de rattacher les Parisiens à telle scène plutôt qu’à telle autre. En l’occurrence, sur Still, il semble que les plans hardcore prennent légèrement le pas sur le reste, même si ce sentiment reste diffus. Tout cela relève sans doute de l’inconscient en effet, mais la marque laissée par Kickback sur la scène hardcore française (voire mondiale, cf des mecs comme Taylor Young – Twitching Tongues, Disgrace – qui s’en réclament) est si profonde qu’il est difficile d’imaginer qu’un combo urbain et violent tel que Cowards n’ait pas intégré une part de cet héritage dans son propos. On l’entend assez clairement dans les breaks fiévreux et fracassants de ''Still (Paris Most Nothing)'' et de ''Let Go'', dans la façon dont la section rythmique occupe l’espace, de même que dans le chant haineux, dont le timbre tirant douloureusement sur les aigus rappelle celui de Stephen Bessac. À l’inverse, l’influence BM semble (très) vaguement mise en retrait, tout en demeurant l’une des pièces du jeu de massacre (cf l’intro de ''Let Go''). De ce fait, en lieu et place d’un blackened sludge mâtiné de hardcore noir comme la suie, on est assailli par des compos plus construites, plus dynamiques, et (un peu) moins chaotiques que par le passé. Plus hardcore quoi.

On ne va donc pas tourner deux plombes au tour du gros pot à merde : ces trois nouveaux morceaux sont des monstres, sans doute ce qui se fait de mieux au sein de la scène hardcore/black/saligaud hexagonale en ce moment. De là à faire de Cowards les héritiers d’un Kickback période Et Le Diable Rit Avec Nous, il y a un pas qu’on ne franchira pas, car leur proposition est différente à la base, et le reste. Mais il me semble qu’une branlée comme ''Like Us'' prend peu à peu les mêmes chemins de traverse dévastés que ceux empruntés il y a six ans par les maîtres, juste avant leur sabordage. On passera plus rapidement sur les reprises, qui ne m’ont pas roidi outre mesure même si elles démontrent un sérieux travail d’interprétation et d’appropriation : ce groupe bosse, et pas qu’un peu, c’est une évidence. ''You Belong To Me'' est un remake noisy, dégueulé et méconnaissable de ''Every Breath You Take'' de The Police. ''One Night In Any City'', reprise de The Horrorist (''One Night In New-York City''), est musicalement plus intéressante avec ses spoken-words inquiétants et ses touches indus marquées. Il n’en reste pas moins que le choix de ce morceau pourra interpeller au regard de lyrics interlopes, dont le récit s’achève dans des eaux assez boueuses. Chacun(e) l’interprètera à l’aune de son système de valeurs. À titre personnel j’ai été un brin navré de ce choix, davantage que choqué (si on y réfléchit deux secondes, à une époque où les médias de pays « civilisés » diffusent des images d’attentats en direct ou la photo d’un gosse de deux ans noyé sur une plage, qu’est ce qui peut bien choquer dans une putain de reprise).


Au global, et surtout s'agissant des trois inédits, cet EP démontre en tout cas que Cowards est désormais clairement enraciné dans le haut du panier de la scène extrême française. Et même si moi j’y entends plus de Kickback que par le passé, le groupe reste à n’en pas douter une belle bande de salopards inclassables et sans pitié. Un dernier mot sur la production de Francis Caste, qui a encore abattu un taff monumental sur cet EP tant le son est limpide et fracassant sur tous les plans, section rythmique en tête. Vivement la suite.



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