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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 30 mars 2017
Sa note : 15/20

LINE UP

-Rishabh Seen
(sitar)

-Josh Seguin
(guitare)

-Shashwat Kapoor
(basse)

-Jareed Sandhy
(batterie)

TRACKLIST

1) Welcome The Change
2) Sound Of Scars
3) Calypso
4) The Fall Of Sirius
5) In Silence We Will Remain

DISCOGRAPHIE


Mute The Saint - Mute The Saint (EP)
(2016) - musique classique metal prog Djent sitar metal - Label : Auto-production



Attention, équation très simple. Sitar + metal progressif ? Comment ça, on ne peut pas additionner des choses qui ne sont pas des nombres ? Bande de cartésiens ! La réponse était évidente pourtant: Mute The Saint. Et ça fleure bon l’Orient.

Et vous ne vous y tromperez pas dès les premières notes de l’EP. Mute The Saint pratique effectivement ce que l’on pourrait appeler du « metal progressif classique indien ». Mais comment peut-on arriver à affubler un groupe d'un tel nom de style ? Deux raisons à cela. La première, et pas des moindres, c’est que la majorité des membres de Mute The Saint sont d’origine indienne. Trois sur quatre, précisément. Le dernier, Josh Seguin, étant américain, de Californie plus exactement. La deuxième raison, c’est que l’on y trouve un instrument prépondérant dans la musique indienne, objet de prédilection de feu Ravi Shankar: le sitar. À ne pas confondre avec LA cithare, instrument présent dans le folklore de l’Europe centrale. Ici, le sitar est joué par le fondateur du collectif, Rishabh Seen, qui s’est auparavant fait les dents et a démontré son talent à de multiples reprises sur la toile, en interprétant des titres de Meshuggah et Animals As Leaders, rien que ça. La chose, pas placée au centre de l’artwork par hasard, qui attire tous les regards et concentre toute l’attention, se compose ici d’un manche (très) long, contenant seize cordes, divisée en trois catégories (les cordes sympathiques, les cordes de jeu, et les cordes de bourdon). La particularité supplémentaire réside dans le fait qu’il se joue assis, comme le veut la tradition. Associés au guitariste - et ses neuf cordes - précédemment cité, un batteur et un bassiste viennent compléter une formation on ne peut plus classique, si ce n’est l'absence du chant. Le nom du groupe n'a en effet pas été choisi par hasard... Dernier petit détail, malgré la proximité géographique des trois-quarts des membres : ils ne s’étaient jamais rencontrés avant leur premier live. Encore une de ces formations estampillées « internet-band », à l’image de Slice The Cake.
Mais vous le savez, cela n’enlève rien à la qualité d’un groupe, au contraire, comme plusieurs exemples actuels tendent à le prouver. Cet EP est donc une première esquisse d’un genre original et exotique, pour ne pas dire unique, ce qui ne fait pas de mal à la scène actuelle, qui ne dira pas non à un bon vent de fraîcheur. Trente toutes petites minutes, réparties en cinq pistes nous sont donc proposées en guise d’amuse-bouche. Appartenant à la troisième génération d’une famille de musiciens classiques, Rishabh Seen a donc voulu faire le pont entre cette musique traditionnelle et ancestrale, et le metal, dans son genre progressif le plus moderne, le djent. Deux styles pas si éloignés l’un de l’autre car les deux jouent sur la maîtrise de la polyrythmie. Cette demi-heure musicale nous entraîne dans un monde de groove, de technique, de mélodies et de parfait accord entre le sitar et le reste des instruments, ces derniers se calquant souvent sur le premier. Et quand ce n’est pas le cas, on assiste à un dialogue entre eux, comme à partir de 5’32 dans "Calypso". La suivante "The Fall Of Sirius" est la plus marquée par le djent, même si chaque chanson en porte le sceau. Si cela ne rabaisse pas la prouesse de l’album, deux titres sont légèrement en deçà : "Sound Of Scars" qui, en plus d’être quelque peu long et répétitif, se veut un peu trop violent et brouillon par moments, et "In Silence We Will Remain" qui ne retient pas particulièrement l’attention en dehors de son magnifique solo. Le découpage pourrait également être retravaillé car, au fil des écoutes, certaines longueurs apparaissent, il aurait sûrement été plus sage d'écourter certaines chansons (près de sept minutes pour "Calypso" par exemple) quitte à ajouter de nouvelles pistes. Mais ne butez par sur ces légers détails négatifs, et laissez-vous envoûter par la majesté de ce sitar qui vous transportera à plus de sept mille kilomètres d’ici.


Si vous cherchiez désespérément une formation insolite parmi la vague de copies actuelle, arrêtez-vous un instant en chemin pour profiter de ce mélange on ne peut plus original. Mute The Saint a réussi le tour de force de combiner deux entités que l’on peut croire aux antipodes l’une de l’autre, mais qui ne sont finalement pas si divergentes que ça, sous plusieurs aspects. Décidément, le pays de Misha Mansoor et Skyharbor n’est pas prêt de mourir dans le monde du progressif. Pour notre plus grand bien.



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