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CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 04 mars 2017
Sa note : 16/20

LINE UP

-Seppi
(guitare)

-Norman Mehren
(claviers)

-Matthias "Matte" Vandeven
(basse)

-Steffen Weigand
(batterie)

TRACKLIST

1) Prithvi
2) Enigma42
3) Glow11
4) Ephedra
5) Vayu
6) Akasha
7) Brahama
8) Psilocybe
9) Tamas
10) Hymn72

DISCOGRAPHIE

Soma (2012)
Moksha (2015)
Mela Ananda (live) (2017)

My Sleeping Karma - Mela Ananda (live)



C’est comme jouir d’une aurore au beau milieu de la nuit, contempler avec émerveillement une représentation de Bouddha alors qu’on est matérialiste convaincu, savourer un tableau de Jérôme Bosch en souriant candidement ou plonger dans l’espace sidéral les pieds rivés au sol… un rien hallucinant. C’est 1970 et l’aura du krautrock allemand en toile de fond, c’est 2017 My Sleeping Karma, post-rock teinté des épaisseurs caractéristiques du stoner, et c’est 7102 aujourd’hui, car lorsque je me plonge dans cette musique hantée, je me plais à perdre mes repères physiques et temporels…

Ananda signifie « félicité » en sanskrit, et pour la petite histoire, c’est là le nom d’un cousin et l’un des principaux disciples de Bouddha, décrit comme étant d’un haut niveau intellectuel et spirituel, mais dérogeant parfois aux règles. Mela, quant à lui, signifie « fête », « rassemblement ». Comprenez donc que vous est présenté ce jour Mela Ananda, un album paré de couleurs festives, puisqu’il s’agit d’un live regroupant en son sein des titres parmi les plus appréciés de My Sleeping Karma. Et comprenez encore que la musique ici offerte cherche à vous plonger dans la fascination et la contemplation, dérogeant quelque peu aux codex en vigueur d’une composition reçue live et pressée pour recréer chez soi l’instant, puisque l’état dans lequel vous serez immergés lors de son écoute, ne vous conduira pas à imaginer la scène tangible, sa foule, son visuel, mais sera bien plus proche d’un flottement éthéré et bienheureux (et bien que la galette laisse amplement entrevoir l’émulation suscitée au sein du public ayant reçu la prestation en offrande). L’album live était attendu de longue date, mais à l’image des compositions studio, il transporte. Ce que nous y trouvons cependant de différent, c’est bien l’intensité, plus appuyée, ainsi que le plaisir du panachage judicieusement mené de la discographie du combo, car l’ensemble des opus y est représenté, à l’exception, notable, de Satya. Au niveau de la production, le son est irréprochable, rond et chaud, et l’on ne peut que savourer pleinement toute les vertus de la teinte stoner qui vient toujours justement enrichir le propos de My Sleeping Karma, jetant sur sa musique ce qui lui faut de profondeur pour séduire totalement, non sans rappeler l’atmosphère ouatée qui affleure par exemple sur les albums de Kyuss.

Mela Ananda s’ouvre sans surprise sur "Prithvi", le titre introductif du dernier né, Moshka. J’ai employé plus haut ce terme : « hanté ». Les écoutes successives vous révèleront la propension de ce titre initial, à la mélodie relativement simple mais entêtante, à vous poursuivre avec facilité, presque évidence. Précisons donc à ce titre que la musique de My Sleeping Karma nécessite de s’y plonger longuement et d’y consacrer toute son attention, et qu'elle ne se prête pas à tous les instants. Et si les mélodies conduites par la guitare lead et l’impulsion de la rythmique, aisées d’appréhension, ont vite fait d’obséder l’esprit, le risque est également aisé de tomber dans l’illusion d’un tracé monolithique sur des écoutes répétitives mais de surface. Lorsque au contraire, l’on prend le temps de se focaliser sur les arrangements de claviers tendus en toile de fond, l’on ressent une progression sensorielle, une montée en puissance, et l’on peut alors entrer de plein pieds dans les joies de la contemplation et non plus de la simple distraction sonore. "Enigma 23", renommé ici "Enigma42", ne sera que très éloquent pour étayer mon propos. Si l’introduction posait doucement le décor, le clavier se fait d’ores et déjà plus ardent ici, d’avantage de fébrilité ressortant de ce second titre.
À titre personnel, et ayant un petit penchant pour l’album Soma, je me permets de souligner tout particulièrement dans les instants de grande intensité de cette offrande, la superbe interprétation d’"Ephedra". Car le titre, non content d’être, dans sa version studio, le « mantra » que je considère comme étant l’un des plus représentatifs de toute la capacité de My Sleeping Karma à faire jaillir l’émotion au creux de nous-mêmes, gagne ici encore en intensité par un son plus limpide et une conviction dans son exécution bien plus éclatante que naguère. L’on ne négligera pas la transition sur "Vayu" et ses notes initiales à la mélancolie soutenue, propres à nouer les gorges, nous conduisant sans coup férir à une embardée aux accents sidéraux, ou encore le plaisir souverain que l’on retire à plonger dans le coton épais qui enveloppe "Psilocybe". De manière plus générale, l’on ne peut que porter louanges au groupe pour son talent à nous emporter sur ses nappes riches et mélodieuses, à nous offrir au fil de la progression de ce set de planer ainsi, car le mot, bien que trivial, est adéquat : l’on se perd dans la trame hypnotique, ballotés agréablement entre instants de douceur et montées en puissance, mélancolie et rêverie. L’on s’y plait. "Hymn" enfin, achève la prestation, sur une note plus gaillarde, plus précipitée que les titres précédents, presque trop pour le coup - l’arrêt en étant de fait un peu abrupt - mais bienheureuse tout de même, comme seule une invite appuyée à de futures retrouvailles et de francs remerciements à un public conquis sait l’être.


Ayant par le passé eu l’occasion d’appréhender la musique de My Sleeping Karma live, je retrouve bel et bien au cœur de Mela Ananda ce que j’ai pu expérimenter naguère face à la scène : toute la richesse des albums studio, portée avec plus d’intensité et de conviction face à un public dont l’émoi se trahit au fil de la bande sonore, pour notre plus grande joie. Mela Ananda est une franche réussite dans sa catégorie. À savourer longuement, et à vivre « on stage » dès que l’occasion s’offrira à vous.


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