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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 12 février 2017
Sa note : 12/20

LINE UP

-Fabrizio "Fabban" Giannese
(chant+claviers+programmation)

-Davide Tiso
(guitare)

-RG Narchost
(guitare)

-Danilo "Dan V" Valentini
(guitare+basse)

-Stefano Angiulli
(claviers)

Ont participé à l'album :

-Vittorio "Victor Love" D'Amore
(chant)

-Cain Cressall
(chant)

-Nico "N-Ikonoclast" Favaretto
(chant)

-Sinhue "Sin" Quirin
(guitare)

-Richard "Ricktor Ravensbrück" Lee
(guitare)

-Pier Marzano
(guitare)

-Andrea Mazzucca
(batterie)

TRACKLIST

1) Unpleasantness
2) Precarious
3) Decadence in a Nutshell
4) 10050 Cielo Drive
5) Slipping Through the Cracks
6) You Can't Handle The Truth
7) For a Better Past
8) Tragedies for Sale
9) Going New Places
10) Big H

DISCOGRAPHIE

Generator (2006)
Psychogrotesque (2010)
Dirty (2013)
Shifting.Negative (2017)

Aborym - Shifting.Negative
(2017) - indus - Label : Agonia Records



« Décalage négatif » le bien nommé. Car si l'on se fie aux commentaires qui fleurissent sur la toile, l'accueil est froid de chez froid. Aborym a joué dans la cour du black metal (Psychogrotesque (2010), Generator (2006)...) - avec un black très, très industriel, mais un black metal tout de même - et aujourd'hui, eh bien, il n'en fait plus. Aborym a cédé aux sombres sirènes de la ville, de sa crasse, du mal-être et des rythmes industriels. Il ne reste rien d'autre que de la souille. Les machines l'emportent sur l'humain. Pour résumer : « Apu black metal, mintnan cé boumboum ».

J'avais laissé Aborym - ou plutôt, Aborym m'avait laissé - avec un Dirty (2013), oh, pas dénué de qualités, mais bien trop « malaisant » (de ces mots trop modernes pour être beau) pour que je prenne du plaisir lors de l'écoute. Dirty était sale, « dirty », et abrasif avec ça, et violent et dense et intense et cru et mécanique et souillé des os aux ongles. Dirty était pourtant encore fiévreusement black metal. Industriel également, c'est acquis, mais il conservait une approche centrée sur le black metal. Ce que Shifting.Negative n'est plus du tout. J'insiste car c'est bien ici que se trouve le principal point de tension à propos de ce disque. "Unpleasantness" indique l'orientation dès le départ. Entame sans l'ombre d'une ombre de black metal, sur laquelle plane en revanche une autre ombre : celle de Nine Inch Nails. L'urgence dans la machinerie et la voix nasillarde auront déjà provoqué, en deux minutes de temps, désespoir au sein du peuple des trves. Courage, car à ce stade, neuf autres pistes doivent encore suivre. L'affaire est ainsi faite : voici de la musique industrielle ; de la ville, du dehors et du sale, mais aussi du dedans, de l'âme et de l'humain. Portrait de décadence sur fond de décadence. Prévisible : "Decadence in a Nutshell" vire d'un Nine Inch Nails à un Ministry, plus frontal, plus tranchant, plus bête et bourrin, aussi. À ce stade, tous avons pigé qu'Emperor et Summoning ne seront plus trop de la partie pour la suite. Je comprends ceux qui abandonnent, déçus, trahis. Y compris dans le camp des industrieux car voilà : ce n'est pas toujours de la haute-finesse, ce que joue Aborym...

Shifting.Negative sait autant se montrer habile qu'il sait devenir bas du front et jean-kevin, et c'est bien là son principal défaut. Tenez, par exemple. "You Can't Handle The Truth" : la lourdeur des premiers instants du morceau (qui n'est pas sans évoquer Godflesh, ou Crown me susurre t-on) est une réussite bien vite gâchée par une suite abrutie et par des vocaux basiques, idiots, comme il semble s'en trouver ici ou là sur cet album qui souffle le chaud et le froid comme un couloir de métro de la ligne 2. Il n'est pas si mauvais, ce Shifting.Negative. Sans être véritablement bon pour autant. Il est bancal ce disque de transition. À ce stade, le disque semble éparpillé entre plusieurs approches : frontale et bête, insidieuse et triste, étonnante et étrange. Le son étant tout à fait à la hauteur de la précision chirurgicale que requièrent ces approches, tant dans la violence que dans les détails. Alors, du black à l'indus : une perte d'intensité ? Peut-être un peu, mais au profit d'autre chose, de cette crasse insidieuse et profondément violente que possèdent les rythmes industriels froids et inhumains. Sauf que ce disque est humain, lui, en tant qu'entité indépendante, et c'est bien là son problème. Le bidule, le décalage, négatif le décalage, est humain. Et l'addition finale, pour nos pognes. Avec ses réussites et ses échecs qui ne cessent de s'entrecroiser. Frustrant.

Si le disque prête le flanc aux critiques par ses faiblesses, il n'en demeure pas moins honorable. L'abandon du black metal au profit du tout industriel n'est pas le problème en soi. Le problème est cet incessant jeu de hauts et de bas, qui a tendance à gâcher la saveur de ce qui est bon dans notre addition. Pourtant, ça et là se terrent quelques chouettes idées... Un disque de transition en demi-teinte, nous faudra t-il admettre.



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