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CHRONIQUE PAR ...

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Fromage Enrage
Cette chronique a été mise en ligne le 15 janvier 2017
Sa note : 12/20

LINE UP

-Scott Kelly
(chant+guitare)

-Steve Von Till
(chant+guitare)

-David Anthony "Dave" Edwardson
(basse)

-Jason Roeder
(batterie)

-Noah Ulysses Landis
(claviers+programmation)

TRACKLIST

1) Bending Light
2) A Shadow Memory
3) Fire is the End Lesson
4) Broken Ground
5) Reach

DISCOGRAPHIE


Neurosis - Fires Within Fires
(2016) - doom metal sludge metal - Label : Neurot Recordings



Le jargon des chroniqueurs musicaux. Fascinant univers lexical dont nous avions déjà parlé lors d'un précédent papier (Hymns for the Broken d'Evergrey, si cela vous intéresse). Au menu aujourd'hui : l'expression "pilotage automatique", locution maintes fois employée dans tous les webzines de France et de Navarre. En général, on l'utilise pour parler d'un album sans inspiration, sans prise de risques, comme si le disque s'était écrit tout seul, sans intervention du groupe. Et le dernier bébé de Neurosis constitue sans doute l'exemple le plus pur de pilotage automatique que j'ai entendu depuis bien, bien longtemps.

Une première remarque d'ordre structurelle pour commencer : Fires Within Fires est court, très court ! À peine plus de quarante minutes. C'est la première fois depuis 1990 (!) que Neurosis sort un disque aussi court. Ami lecteur, je t'entends d'ici râler : « Roooh mais fromji, c'est pas vrai ça! À chaque chronique, il faut que tu nous sortes ton petit laïus sur la durée de l'album, tu es fils d'horloger suisse ou quoi ? ». Et tu n'aurais pas tout à fait tort (sauf pour la partie sur l'horloger, en fait). Mais ici, cette durée revue à la baisse est lourde de sens. Elle est le signe alarmant d'une inspiration vivotante chez nos compères d'Oakland, qui nous ont toujours habitués à des pavés discographiques épiques et denses, dépassant tous l'heure (en faisant exception de leurs deux premiers opus). Eh bien oui : comme nous le disions en introduction, Fires Within Fires est une réalisation qui hume à plein nez la paresse, la facilité, les tics d'écriture. Un véritable aveu d'impuissance de la part d'un des plus grands noms du genre. Tout au long de ce onzième lp, le collectif flirte avec l'auto-plagiat sans jamais vraiment franchir la ligne rouge.
Oh, ne vous en faites pas, il n'y a aucune tromperie sur la marchandise, c'est du Neurosis moderne pur jus auquel on a droit. De l'extrait sec, du sludge du terroir, du qui dépote bien comme il faut. Mais pas la moindre place n'est laissée à la surprise, l'audace, aux expérimentations soniques. Un comble quand on sait à quel point Neurosis a pu faire évoluer son identité sonore au fil des œuvress, en passant d'un sludge / post-hardcore apocalyptique à quelque chose de plus évanescent et maladif. C'est donc du Neurosis ultra classique qui nous est présenté ici. Toujours les mêmes riffs corrosifs qui rampent et convulsent tout au long des morceaux, soutenus de rythmes tribaux éreintants ; toujours les mêmes vocaux écorchés de Scott Kelly et de Steve Von Till qui s’époumonent tant qu'ils peuvent ; toujours ces mêmes accalmies menaçantes et fiévreuses. Pour peu, on s'attendrait presque à entendre de la cornemuse (un instrument prisé du groupe), mais même pas. Certes, l'on pourrait arguer que la formule du groupe ne bougeait plus tant que ça depuis A Sun that Never Sets. Mais Kelly et Von Till étaient parvenus à donner à chacun de leurs albums des années 2000 une identité, une teinte particulière. Rien de tout cela ici.
Prenons le troisième morceau, "Fire is the End Lesson". Pour qui a déjà exploré la discographie des Américains, tout y est rigoureusement prévisible. Ce break, lourd et suintant, qui survient après la première salve de vocaux sent le réchauffé. À tel point que l'on se demande sur quel autre publication du groupe on a bien pu l'entendre. Même chose pour les dernières minutes du disque. "Reach" installe une ambiance calme et hypnotisante, puis redémarre avec brutalité pour s'achever sur une dernière ligne droite furibarde. L'intention est louable, Neurosis ayant toujours cherché à secouer émotionnellement son auditeur. Mais le fan chevronné aura senti venir la manœuvre à des lieues, et soupirera devant ce flagrant délit de sur-place. Mais alors, malgré tout ce trash talk, pourquoi douze sur vingt ? Eh bien parce qu'un recueil de Neurosis, même diminué, demeure une œuvre à laquelle on se doit de consacrer du temps et de l'attention. Et passée la désagréable sensation de retrouver une formation qui a cessé de progresser, le travail de mémorisation se fait et les compositions arrivent à offrir de bons moments.


Finalement, il est heureux que Fires Within Fires ne dure que quarante minutes. Personne n'a envie d'entendre une heure complète d'un Neurosis en telle perte de vitesse. Paradoxalement, cet onzième album pourrait tout de même constituer une bonne porte d'entrée pour ceux qui voudraient s'initier en douceur au son du quntet d'Oakland : on y retrouve tout ce qui fait l'essence de Neurosis, réduit au strict minimum. Pour les amateurs les plus acharnés en revanche, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent, et il y a fort à parier que Fires Within Fires ne demeurera qu'une anecdote au milieu d'une longue et belle discographie...


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