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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 28 novembre 2016
Sa note : 16/20

LINE UP

-Paula "Brick" Smith
(chant)

-Duncan "Dunk" Goodenough
(chant)

-Andy (blonde) Bennett
(guitare)

-Dave Evans
(guitare)

-Andy J. (brown) Bennett
(basse)

-Paul Stansfield
(batterie)

Ont participé à l'album :

-Pete Nolan
(guitare sur "Akeldama (Demo II '92)" et "Hybernoid (Demo II '92)")
 
-Andy Sister
(claviers sur "After the Last Day (Unreleased 1997 Third LP demo)")

TRACKLIST

Disque 1
1) Revery
2) Reality Wave
3) World of Ruin
4) Ash in the Sky
5) Permafrost
6) Life Fade
7) Akeldama
8) Skin
9) Mind-Liberty
10)
After the Last Day pt.1 (Unreleased '97)
11) After the Last Day pt.2 (Unreleased '97)
12) After the Last Day pt.3 (Unreleased '97)
13) After the Last Day pt.4 (Unreleased '97)
14) After the Last Day pt.5 (Unreleased '97)
15) After the Last Day pt.6 (Unreleased '97)

Disque 2
1) Akeldama (Demo II '92)
2) Hybernoid (Demo II '92)
3) World of Ruin (EP III '94)
4) Sear (EP III '94)
5) Dust in the Wind (EP I '93)
6) Mind-Liberty (EP I '93)
7) Technology-Regression (EP II '93)
8) Akeldama (Harmonica) (EP II '93)
9) Dread the Time ('95)
10) Todays Tomorrows Yesterday ('95)
11) When Two Lives ('95)

DISCOGRAPHIE


Hybernoid - The Last Day Begins? - Reissue
(2016) - death metal gothique atmosphérique - Label : Xtreem Music



Europe, début des années 1990. Alors que le grunge et le neo metal achèvent les survivants du thrash metal à spandex dans une cafardeuse apocalypse de cheveux gras et de chemises à carreaux xxl, de jeunes Docteur Mabuse revitalisent le metal extrême en se livrant à une série d'expériences plus ou moins abouties. Black metal gothique (Cradle of Filth), doom death metal à synthés (Phlebotomized), death doom black à synthés et saxophone (Pan.Thy.Monium), black dépressif à trombone (Beyond Dawn) : tout est permis, même l'improbable « sado metal cyber punk » des (faux) satanistes pro-nucléaires d'Impaled Nazarene. Plus confidentiel mais pas moins aventureux, un collectif britannique nommé Hybernoid apporte sa pierre à l'édifice : la réédition de son seul véritable album donne l'occasion de retracer sa trajectoire fugace et singulière.

Hybernoid. Mot hybride suggérant la déshumanisation, l'isolement et l'innovation, autant de concepts véhiculés sur Ophthaphobia, la démo de 1992 illustrée par un visage effaré aux yeux immenses, sorte de revisitation monochrome du Cri d'Edvard Munch. Les trois titres de cet effort inaugural ne sont pas inclus dans cette compilation, probablement parce que très influencés par un doom rapidement abandonné et cependant insolite avec son chant féminin et ses accélérations qui les maintiennent à distance respectable du pesant Forest Of Equilibrium sorti par Cathedral un an auparavant. S'ensuivent de courtes réalisations sur lesquelles les musiciens des environs de Burnley font évoluer leur formule, leur death metal rétif à la mélodie s'enrichissant de substances corrosives, froides et volatiles qui en modifient la texture. Une étonnante et fulgurante mutation dont témoigne "Akeldama", que l'on retrouve d'abord sur la demo Well of Grief (1992) façon death suédois vrombissant et sans grand relief, si ce n'est son refrain qui sera la seule séquence reconnaissable sur sa variante améliorée en face B du single "Technology/ Regression" (1993) : une timide guitare au son clair s'y invite alors que les couplets se font plus heavy, tendance accentuée sur The Last Day Begins?, le lp paru en 1994. Il ne faut toutefois pas s'y tromper : si progression il y a, elle demeure ancrée dans une démarche éloignée de tout formatage, maintenant la section de Bacup dans les caves de l'underground. Édité initialement sur le modeste label néerlandais Displeased, d'habitude concentré sur la furieuse scène locale (Altar, Nembrionic Hammerdeath, Consolation et bientôt Orphanage), l'enregistrement est doté d'un son quelque peu compressé, inconvénient en grande partie rattrapé sur l'excellente version proposée par Xtreem, le label madrilène managé par Dave Rotten d'Avulsed. Ainsi les guitares saturées gagnent en puissance sans pour autant rogner sur les composantes plus limpides. Du beau travail. Car Hybernoid ose les contrastes, principalement entre une six-corde abrasive à souhait et sa consœur cristalline, sorte de schéma « la belle et la bête » appliqué pour une fois aux instruments plutôt qu'aux voix. En effet, si Paula "Brick" Smith sème le trouble par ses murmures glacés qu'elle distille sur la quasi-intégralité des pistes, elle seconde également le surnommé Dunk aux vocaux râpeux, les siens étant à peine moins rauques que ceux de son compère. Ce qui est rarissime, et peut-être même inédit en cette période où les chanteuses, encore moins nombreuses qu'aujourd'hui dans le milieu, sont réduites le plus souvent à quelques apparitions éthérées, à l'instar de Marike Groot sur le néanmoins superbe Always... de The Gathering. Mais le changement est en marche et Hybernoid l'incarne à sa manière, privilégiant les décalages harmoniques aux solos – les amateurs exclusifs de shred n'ont rien à espérer ici – et soignant l'ambiance au détriment, parfois, d'une écriture un peu paresseuse sur les refrains. Une légère frustration se fait ressentir à l'écoute des premiers morceaux auxquels il manque ce petit quelque chose d'accrocheur pour en retenir davantage qu'une évocation inconfortable des quelques minutes précédant la fin du monde.
Heureusement la tension monte d'un cran à mi-parcours grâce à l'accélération sur le refrain de "Permafrost" et à celui, percutant, d'"Akeldama" qui bénéficie d'un judicieux pont heavy metal ponctué par un scream certes peu spectaculaire mais expectoré avec une tragique conviction, en phase avec les textes pessimistes et rageurs sur le sombre avenir de notre planète. La conclusion est dantesque : après l'inquiétante transition constituée par "Skin", "Mind-Liberty" progresse telle une météorite s'enflammant dans l'atmosphère, la nervosité s'emparant de la guitare claire tandis que le duo de grogneurs se lance dans un intense jeu de questions-réponses. Puis, comme enlisé dans des boues radioactives, le rythme fléchit, l'orchestre se réduit, les cymbales se font cinglantes avant de se taire à leur tour, laissant la place à une litanie d'angoisse pure de près d'une minute au cours de laquelle Paula Smith scande d'une voix blanche les deux mêmes mots, "my mind", distordus par la peur et le sentiment d'abandon. Ce saisissant épilogue appelle une suite que l'on espère de la même veine : ce vœu sera en partie exaucé l'année suivante sur Todays Tomorrows Yesterday constitué d'anciennes compositions et d'une poignée d'inédits. Ces derniers s'inscrivent en droite ligne de The Last Day Begins?, mettant encore plus en valeur la guitare suspendue à la Cocteau Twins et une basse proéminente qui fait songer à The Cure - le final de "Dread the Time" n'aurait pas dépareillé sur Seventeen Seconds. Quant à la sinueuse chanson-titre, ses neuf minutes hypnotiques et aériennes lorgnent clairement vers le rock gothique des cow-boys de Fields Of Nephilim. La suite ? Un deuxième « vrai » album qui n'aura jamais vu le jour – les six ébauches exhumées, garnies de claviers nettement plus présents, taillées à la boîte à rythme mais dépourvues de chant, donnant finalement peu d'indices sur la voie que comptaient emprunter les Anglais du Nord-Ouest, malgré une orientation que l'on devine plus rock et moins malsaine. L'aventure prend fin dans la confusion, avec la mise sur pied d'un side-project electro mené par le guitariste Andy Bennett et le claviériste Andy Slater recruté pour l'occasion : intitulé Advanced Technology, l'objet, qui n'a guère fait parler de lui, sort en 1998 sous le nom d'Hybernoid bien que n'ayant rien à voir avec le répertoire du sextet – c'est pourquoi aucun extrait ne figure sur cette « anthologie partielle » de 2016. De guerre lasse, les membres du groupe finissent par jeter l'éponge, vaincus par le manque de reconnaissance et de motivation.


Creuser son propre sillon, ne pas s'en tenir aux vieilles recettes tout en élaborant une œuvre cohérente : voilà ce qu'est parvenu à réaliser Hybernoid le temps de sa brève carrière, et plus particulièrement sur The Last Days begins?, dont le point d'interrogation final instille le doute sur la pérennité du fragile projet que la formation du Lancashire a tenté de faire vivre, entre metal tellurique et voyage en apesanteur. Nimbé d'un climat unique tissé de sourde violence et de beautés en sursis, le recueil demeure confiné à ce jour dans un relatif anonymat, ce que symbolise malgré elle sa pochette composée de quatre statues de style moaï sculptées par le guitariste Dave Evans, dont la colorisation « moderniste » sur la mouture originelle a laissé place à des photographies sans trucage, laissant deviner leur érosion et une lutte mal engagée contre la végétation qui semble vouloir les submerger. Pourtant, plus de deux décennies après leur conception, elles se dressent encore, gardiennes imperturbables de surprenants vestiges.


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