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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 08 novembre 2016
Sa note : 14/20

LINE UP

-Elizabeth "Bezaelith" Gladding
(chant+guitare+claviers+basse)

-Iva Toric
(claviers+chœurs)

-Roberto "Otrebor" Martinelli
(batterie)

TRACKLIST

1) The Book of The Dead
2) Circe
3) The Book Of Lies
4) Salem
5) Idisi

DISCOGRAPHIE

Gramarye (2016)

Lotus Thief - Gramarye



Après un Rervm inspiré du De Rerum Natura de Lucrèce, ode antique à l'épicurisme sur laquelle ont sué des générations entières de latinistes plus ou moins motivés, Lotus Thief poursuit sa quête philosophique à l'aide d'un second volume dont l'intitulé fait référence au grammar book, un manuel qui n'a que peu à voir avec le Bescherelle puisque la « grammaire » dont il est question se réfère à l'art de la sorcellerie. Ce basculement dans l'ésotérisme ne constitue pas vraiment une surprise, tant le propos musical se veut à la fois intrigant et propice à la méditation. La démarche est audacieuse mais comme en témoigne la discographie d'Emerson, Lake and Palmer, l'ambition ne garantit pas la réussite d'une œuvre - alors prudence.

Emmenée par ses deux têtes de proue Bezaelith et Otrebor en permission de Botanist, le quasi one-man band de black avant-gardiste fondé par ce dernier, la formation nord-américaine possède quelques atouts - et atours - susceptibles d'accrocher l'auditeur en quête d'originalité. À commencer par le duo d'accortes demoiselles qui se partagent le micro, Iva Toric et la susnommée ou plutôt surnommée Bezaelith - celle-ci tenant également la guitare et se chargeant de l'écriture des morceaux (Lotus Thief, c'est surtout elle, en fait). Le chant donne un élément de réponse sur la qualité de l'enregistrement : tissé selon un canevas heavenly voices légué par les pionniers Cocteau Twins et Dead Can Dance, il pare les compositions d'un voile éthéré suffisamment suggestif pour troubler les sens et inciter à la découverte des reliefs qu'il galbe avantageusement. Néanmoins, une légère frustration finit par s'installer car si la force conjuguée des deux voix éloigne leurs modulations des serres glucosées de la mièvrerie, la constance de leur unisson – l'une doublant l'autre en permanence – les cantonne dans un schéma redondant qui risque de lasser l'amateur de Kate Bush ou d'Anaal Nathrakh.
Il n'en demeure pas moins que les vocalises célestes irradiant Gramarye installent un climat onirique qui perdure jusqu'aux dernières notes, renforcé par des nappes de claviers cosmiques ainsi que par l'alternance de phases intenses et de plages apaisées. Les cinq titres flirtent - les coquins - avec la dizaine de minutes et s'inscrivent dans une lignée floydienne pour les plus lents - "Circe" et "Salem" – ce que confirment les interventions aériennes d'une six-cordiste qu'on imagine solidement influencée par l'Anathema de la fin des années quatre-vingt-dix et le Tiamat de Deeper Kind of Slumber. Plus véloces, évoquant un mélange improbable entre les bourdonnements gothiques de Faith and The Muse et le Blackwater Park d'Opeth, "The Book of The Dead" et "The Book Of Lies" sont caractérisés quant à eux par la cohabitation assez réussie entre une guitare saturée et sa consœur en ligne claire. Toutefois, à l'écoute de cet agrégat sonore s'insinue l'impression tenace que le trio de San Francisco ne donne pas tout à fait sa pleine mesure et que malgré des parties post-black à l'ardeur résolument contemporaine, celui-ci navigue dans les eaux déjà brassées par une armada d'imitateurs pas toujours discrets des prestigieux collectifs susmentionnés. La dernière piste résume le constat général, entre séquences enfiévrées à la Mono – les trémolos cristallins - et citation du Hergest Ridge de Mike Oldfield. Rien d'infamant, cependant, et c'est la volonté de donner vie à cette sélection hétéroclite de parrainages flatteurs qui emporte finalement l'adhésion.


Portée par une production léchée quoique un peu fade, Gramarye s'apparente à une mixture d'influences prestigieuses qui désoriente autant qu'elle séduit. Procurant une agréable sensation de griserie rêveuse, elle chemine avec ferveur entre quasi plagiats et décoctions aventureuses, pas toujours dosées avec justesse mais dont le goût particulier donne envie d'encourager les alchimistes à peaufiner leur recette. Avec davantage de liant et un soupçon d'audace supplémentaire, la tambouille astrale de Lotus Thief pourrait bien se transformer en redoutable philtre d'amour et envoûter bon nombre de mélomanes. Une affaire à suivre.


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