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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 24 novembre 2016
Sa note : 16/20

LINE UP

-Graf Von Baphomet
(chant)

-Drifter
(guitare)

-Glixxx
(guitare)

-André
(basse)

-Nepho
(batterie)

TRACKLIST

Side A :
1) Intro
2) Parasite
3) Lethargic Dialogue
4) Have A Nice Trip
5) Overdose Was The Best Way To Die

Side B :
6) Intro
7) Pseudo
8) Drop By Drop
9) Hate Parade
10) Antihuman [Drug=Друг]

DISCOGRAPHIE


Psychonaut 4 - Have A Nice Trip
(2012) - post rock black metal dépressif au possible - Label : Depressive Illusions Records



Le fait que Psychonaut 4 ne soit pas référencé sur Les Eternels est un énorme et absurde sacrilège. Il se trouve que Lotus et moi souhaitons réparer ce blasphème depuis un certain temps. Et après de multiples et longs échanges et marchandages concernant celui qui serait élu afin de chroniquer la bête - il se trouve que j’en suis sorti vainqueur - c’est un honneur pour moi que de vous présenter enfin cette formation. Et la tâche s’annonce épineuse, voire mortelle.

Expliquons tout d’abord le terme de « psychonaute », car il sera fortement important pour la suite des chroniques à venir à propos de ce groupe. Dérivé du grec ancien, il peut être traduit au plus proche par « navigateur de l’âme ou de l’esprit ». Pourquoi un « 4 » est venu s’ajouter ici ? Car il désigne le nombre de « plateaux », c’est-à-dire d’étapes, que  comprend la prise de la drogue Dextrométhorphane, plus communément appelée DXM. Assimilez bien ceci, car à partir d’aujourd’hui, le groupe va devenir votre drogue, et vous le psychonaute. En plus du nom de l’album, pour le moins explicite, vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que Psychonaute 4  évolue dans un style assez extrême, qui commence à prendre une place de plus en plus conséquente sur la scène black : le black metal dépressif. Son origine est quant à elle beaucoup plus insolite, puisque le quintet nous vient de Tbilissi, capitale de l’ancien pays soviétique, et terre de naissance du dictateur Staline : la Géorgie. La formation a d’ailleurs voulu s’appuyer sur son histoire pour qualifier sa musique de « Post-Soviet Suicidal Black Metal ». Et elle aurait tort de se priver de ce qualificatif.
De naissance très récente, au regard du style paternel qu’est le black, Psychonaut 4 a pourtant eu l’opportunité de se faire connaître assez rapidement. En 2011, un an après sa création, il sort une démo trois titres, intitulée 40%, très bien reçue par les critiques et la communauté black. Et c’est sûrement en voyant un tel engouement, qu’il décida de sortir en 2012, après un split avec Unjoy et Eurythmie, son premier opus que voici ici présent : Have A Nice Trip. Mais avant de continuer plus avant dans cette chronique, il est nécessaire de préciser (ou de rappeler) que ce genre de metal n’est pas destiné, ni n'est accessible à tous, et qu’il faut un certain contexte pour l’aborder et pouvoir l’apprécier. Si vous êtes dans une période heureuse de votre vie, il serait peut-être plus opportun et judicieux de passer votre tour et d’y revenir plus tard. Pour ceux qui sont dans une (très) mauvaise passe, cela risquerait de vous y enfoncer encore plus, à vos risques et périls. Pour les autres, que ce soient les plus curieux ou les plus habitués, fans de Silencer, Bethlehem, ou autres Lifelover et Ofdrykkja, vous devriez normalement survivre et adorer.
Vous trouvez la découpe de cet album particulière ? Rien de plus normal, car les cinq-cents copies sorties au moment de la parution se trouvaient être sous un format cassette. Voilà pourquoi, il présente une face A et une face B, les deux démarrant par une introduction. La première ne fait pas dans l’originalité niveau black dépressif, mais son effet est immédiat puisque, hormis les samples d’une atmosphère très venteuse, on a le droit à des notes de piano lascives, parfaites pour se plonger dans le monde froid et sombre des Géorgiens en douceur. Mais cette douceur va vite s’estomper pour laisser place à la douleur. "Parasite" nous plonge sans détour dans le monde de folie dans lequel vit Psychonaut 4. Beaucoup de changements de rythme et de styles sont présents. On se voit naviguer entre des influences post-rock, punk, black et même quelques rythmes hardcore. Tout ça sous la houlette de l’agonisant Graf Von Baphomet. Une voix déconcertante, déstabilisante, mais prenante, à laquelle on s’accroche et on s’habitue vite. L’utilisation excessive de la réverbération la rend encore plus poignante et perçante. C’est aussi dans cette chanson que Psychonaut 4 nous livre la recette pour une utilisation « bénéfique » du DXM. En revanche, il faut avoir de très bonnes notions en russe, ukrainien et géorgien.
Cette perle noire passée, on se voit gueuler et dégueuler à la figure les paroles pessimistes au possible de "Lethargic Dialogue", avant d’arriver sur la chanson éponyme. Un peu moins de dix minutes pendant lesquelles nous sommes transpercés d’une sensation de fausses notes ou de faux accords permanents, tentant de nous renvoyer le plus possible à l’impression d’un vrai trip. Et cela n’est pas sans effet. Le recto d’une demi-heure se termine par la très équivoque "Overdose Was The Best Way To Die" dans laquelle on peut apprécier, à certains moments, des voix à la fois claires et malsaines. Quelques secondes de répit nous sont laissées avec le début du verso, et une nouvelle introduction parfaitement mélancolique et typique du son de la formation. Des arpèges suivis par la ligne de basse d’André, collant à merveille avec l’ambiance de l’album. Et cela repart de plus belle avec "Pseudo", et ses notes de clavier présentes pendant la première moitié de la chanson, de manière volontairement répétitive, pour un effet dévastateur sur votre moral. Le tempo se veut plutôt soutenu, mais tend à diminuer au fil de la chanson et des cris/pleurs de Graf.
C’est à ce moment que Psychonaut 4 choisit de nous asséner la deuxième perle noire de cet opus : "Drop By Drop". Quelques samples d’orage, des arpèges, et l’apparition d’une voix magistralement rauque, extrêmement saturée, comme si l’on avait fait son enregistrement dans une cellule au fin fond de catacombes ténébreuses. Ce titre n’est rien d’autre qu’une longue complainte dans laquelle le chanteur raconte son expérience vécue avec la drogue, en la personnifiant et en extériorisant toute sa haine. Son monologue se termine avec une accélération rythmique brutale, nous emmenant dans une spirale infernale dont la pression ne redescend qu’au bout de sept minutes. "Hate Parade" au nom équivoque, se veut beaucoup plus ancré dans le style black metal authentique, plus proche d’un Marduk ou d’un Gorgoroth et leurs ambiances diaboliques faites de tremolos, que d’un Lifelover. C’est avec un "Antihuman [Drug=Друг]" inattendu – en raison de ses relents melodeath tout droit tirés d’un Amon Amarth (à son époque de gloire), ainsi que le râle de Von Baphomet associé à de la musique populaire locale – que se clôt ce premier opus plus que réussi, des ex-Soviétiques.


Psychonaut 4 place déjà la barre très haute avec ce premier disque de près d’une heure. Une perle de noirceur que vous pouvez rajouter à votre collection, certainement aux côtés d’un Death – Pierce Me. Empreint d’une grosse dose de mal-être personnel, mais aussi de la société dans laquelle vivent ces artistes géorgiens, Have A Nice Trip dépeint une réalité noire à laquelle l’être humain, en général, est confronté, quand il est poussé dans ses retranchements. Un album touchant, mais pas à la portée de toutes les âmes.



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