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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 15 septembre 2016
Sa note : 12/20

LINE UP

-Yiórgos "The Magus" Zakharópoulos
(chant+basse)

-Vasilis "El" Zobolas
(guitare)

-Yiánnis "J." Vótsis
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Nikolaos "Acherontas V. Priest" Panagopoulos (Acherontas)
(chant sur "Dawn of Megiddo" (Celtic Frost cover))

-Athanasios "Sakis" Tolis (Rotting Christ)
(chant sur "Blasphemer" (Sodom cover))

-Níkos "Nick" J. Tragákis (Exarsis)
(chant sur "Evil Invaders" (Razor cover))

TRACKLIST

1) A Prayer
2) Blood Moon Rising
3) Sons of the Desert
4) The Invisible Empire
5) Sulfur & Bane
6) The Diabolist
7) In the Shadows of Sodom
8) The Black Ram
9) Den of the Serpent
10) The Marble Witch
11) Blasphemer (Sodom cover)
12) Dawn of Megiddo (Celtic Frost cover)
13) Black Magic (Slayer cover)
14) Evil Invaders (Razor cover)
15) In League with Satan (Venom cover)
16) Sacrifice (Bathory cover)

DISCOGRAPHIE

Sulfur & Bane (2016)

Principality of Hell - Sulfur & Bane
(2016) - black metal thrash metal Vieille école - Label : Osmose



Et deux décennies plus tard, Osmose remet ça. « Ça », c'est la réunion de musiciens issus de différents groupes black metal autour d'un cador du genre pour s'adonner à du heavy/thrash old school. Il y a vingt ans, le all-stars band s'appelait Bewitched et comptait dans ses rangs Blackheim, le co-leader de Katatonia; aujourd'hui c'est Magus Wampyr Daoloth, le maître à penser de Necromantia, qui, avec Principality of Hell, tente de convaincre l'auditeur que la formule « oldies but goodies » n'est pas juste un slogan servant à justifier la nostalgie stérile de clones sans personnalité. L'espace d'un album, le plus ancien des deux projets fut une réussite : son avatar contemporain connaîtra-t-il une destinée aussi flatteuse ?

Il convient de préciser d'emblée que si les dirigeants d'Osmose Productions avaient signé Bewitched - les Suédois - dès le premier lp, ils ont dû attendre le second effort longue durée de Principality of Hell pour récupérer la formation hellène, cette dernière ayant sorti en 2014 l'inaugural Fire & Brimstone chez World Terror Committee, le label allemand spécialisé dans le black metal. Il est fort probable qu'en signant les Grecs, l'entité française - elle-même très axée sur le style musical cher à Immortal, sa tête de proue plusieurs saisons durant - espère renouer avec le succès rencontré par les Nordiques à l'échelle underground. La filiation semble évidente de prime abord, l'intro aux relents sataniques de Sulfur & Bane faisant écho à la manière dont se concluait l'ébouriffant Pentagram Prayer paru en 1997. Un écho atténué, néanmoins, qui ne porte pas la même intensité. Non que les membres de Principality of Hell fassent preuve d'amateurisme ou la jouent en dilettantes - leur application à instaurer, ou plutôt restaurer, le son typique du thrash hirsute des eighties est patente : ça grésille, ça mouline, ça racle, ça dégueule de réverbe, ça tape fort sur tous les temps, bref, ça fait le taf avec tellement de zèle qu'on jurerait entendre des inédits mal-aimables de Celtic Frost et Bathory datant de 1985. Alternant tempos lourds et virées pied au plancher, le trio se cale clairement en totale imitation de ces deux gangs mythiques : quand c'est long et pesant, c'est plutôt du Hellhammer/ Celtic Frost version doom et lorsque le batteur n'arrive plus à suivre, c'est du Bathory originel, à l'époque où Quorthon, encore très influencé par Venom, se « contentait » d'appuyer sur l'accélérateur en torturant son gosier morbide. D'ailleurs, parmi les six (!) reprises proposées sur les versions augmentées du recueil figurent "In League with Satan", "Dawn of Megiddo" et "Sacrifice" créés par les entités historiques pré-citées.
S'ajoute une énième cover du "Black Magic" de Slayer qui valide la démarche constituant à restituer le climat satano-occultiste véhiculé par les collectifs de metal extrême du début des années quatre-vingts, lorsque la délimitation entre thrash, black et speed était encore floue. Ainsi les solos en voie de déstructuration qui laissent cependant un peu de place à la mélodie font songer tantôt à ceux de la paire King/ Hanneman sur Show no Mercy, tantôt à ceux des premiers Mercyful Fate, tandis que le chant caverneux évoque, en toute logique, un mélange dosé selon le contexte entre celui de Tom G. Warrior (Celtic Frost), Quorthon et Ventor (sur l'album initial de Kreator), voire celui du grogneur de Bulldozer, la primitive section italienne qui sévissait à la même période. Mais si l'esprit de ces précurseurs poisse les morceaux de sa sulfureuse influence, il n'a pas insufflé aux disciples athéniens l'inspiration nécessaire pour les soustraire au piège de la redite et du pastiche : pas de riff marquant, de rupture jouissive ni de séquence haletante, rien qui ne retienne durablement l'attention dans cette œuvre au final assez uniforme. Cra-cra à souhait, la production ne verse pourtant pas dans la bouillasse alors que l'interprétation musclée se révèle en tout point conforme aux exigences du genre – avec un peu de technique en plus. Mais les trois velus cloutés ont beau se démener, il ne ressort pas grand chose d'excitant de leur manuel du Castor Junior pour thrasheurs nostalgiques. La demi-douzaine de reprises déjà mentionnées résume bien l'affaire : fidèles aux originaux à la triple-croche près, elles constituent les meilleures séquences de l'enregistrement, sans apporter toutefois la moindre plus-value.


Égarés volontaires dans une faille spatio-temporelle où règnent l'âpreté du cuir et les éructations démoniaques, les revivalistes de Principality of Hell livrent à nouveau un décalque pur et simple des réalisations pionnières du thrash européen. Mais contrairement aux Scandinaves de Bewitched, les Grecs s'en tiennent à une besogneuse activité de moines-copistes qui, aussi aboutie soit-elle d'un point de vue stylistique, ne se signale guère par son inventivité. Prisonniers du carcan qu'ils se sont eux-mêmes imposés, les auteurs de Sulfur & Bane ne donnent pas à ce dernier la possibilité d'être autre chose qu'un objet de curiosité pour über-fans de Bathory et Celtic Frost, ce qui est parfaitement respectable mais un peu dommage compte tenu du nombre conséquent de formations postulant sur le même créneau.


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