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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 06 septembre 2016
Sa note : 17/20

LINE UP

-Myrkur
(chant+guitare+piano)

Guests/Session

-Håvard Jørgensen
(guitare)

-Teloch
(guitare+basse)

-Ole-Henrik Moe
(íslensk fiðla+hardingfele+violon )

-Tone Reichelt
(cor)

-Martin Taxt
(tuba)

-Øyvind Myrvoll
(batterie)


TRACKLIST

1) Skøgen Skulle Dø
2) Hævnen
3)
Onde Børn
4) Vølvens Spådom
5) Jeg Er Guden, I Er Tjenerne
6) Nordlys
7) Mordet
8) Byssan Lull
9)
Dybt I Skoven
10) Skaði
11) Norn


DISCOGRAPHIE

M (2015)
Mausoleum (2016)
Mareridt (2017)

Myrkur - M
(2015) - black metal gothique - Label : Relapse Records



Voici peut-être le cas le plus désespéré de double personnalité que j’aie eu à traiter. Quand je l’ai trouvée, elle gisait inconsciente à la lisière de la forêt. Elle sort peu de sa chambre, ne s’autorise que quelques promenades dans le parc, charme les infirmiers par sa douce voix avant de les effrayer par des vociférations impropres d’une personne de son sexe et de sa corpulence.

Une sorcière ? Oh, ça ne serait pas le premier cas. On en a même connu des encore plus terrifiantes (Alzbeth par exemple), mais rarement des plus virulentes. M (le maudit) est son histoire, ou en tout cas le premier volet de son histoire. Et plus qu’histoire, on devrait parler de recueil de poèmes et d'imprécations un tantinet décousu. Sur M, tout est jeté pèle-mêle. Tu veux écouter ? A toi de défaire l'écheveau ! Les chapitres y sont écrits d'une lettre parfois grossière,  sans ordre, et l'on passe d’accès de rage proprement ahurissants à une poésie sobre et belle sans ordre logique. Sur M, on trouve également des choses incongrues : que diantre vient faire le début à la Bauhaus de "Dybt I Skoven"  au beau milieu de ce conte nocturne et païen ? Absolument rien. M n’est donc en aucun cas une œuvre parfaite, mais l’apprentie-sorcière y a mis tout son cœur noir et rouge au service d'un metal gothique aux relents blacks, oscillant entre titres propres du metal à chanteuse ("Onde Børn",  "Dybt i Skoven"  ) – la comparaison avec Unshine et surtour The 3rd and The Mortal est tentante , épisodes sporadiques de black metal bien peu raffiné à la Nachtmystium, influences US oblige  ("Haevnen",  "Mordet" ou "Skaði").
Amalie nous jette à la face cette mixture aux senteurs contrastées avec moins de méthode que ne l’aurait fait Virgin Black , et bien sûr beaucoup plus de rage que The 3rd and the Mortal – le fantôme de Kari rôde sur l'oeuvre… –  et force est de constater que ce mélange est fortement envoûtant. La principale raison de la puissance de l'enchantement est le fait que les trois styles touchés par Myrkur – et tous trois  brillamment  évoqués dans la longue et splendide introduction qu’est "Skøgen Skulle Dø" sont exécutés avec bonheur et font oublier l’absence de structure de l’album. "Haevnen" et ses cors de la mort grondent avant de mordre, emmenés par une Amalie lâchant le titre à la figure de l’auditeur comme on lâche un chien noir. L’enchaînement "Vølvens Spådom", splendide de pureté, suivi de "Jeg Er Guden, I Er Tjenerne", lancinant et vaporeux, donne des frissons dans toutes les parties du corps. "Mordet" surprend doublement, d’une part par son riff basique issu d’un vieil album de thrash satanique, d’autre part par le redoublement dudit riff au plus fort de la bataille – jolie trouvaille ! Quant à "Byssan Lull", elle arracherait des larmes au bourreau le moins empathique de l’univers. En réalité, tout l’album est digne d’intérêt, et il est d'ailleurs recommandé de l'écouter comme un tout, en observant la silhouette des arbres autour de soi.


M est un bel exemple de joyau brut. Manquant de structure, ce metal gothique aux relents de black metal et de lisière de forêt séduit néanmoins par une ambiance unique baignant des titres variés et parfois surprenants. Le conte est superbe dans toute son imperfection. 


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