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CHRONIQUE PAR ...

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Shamash
Cette chronique a été mise en ligne le 27 août 2016
Sa note : 17/20

LINE UP

-Konstantin Lühring
(chant)

-Max Phelps
(chant)

-Christian Kühn
(guitare)

-Jacob Schmidt
(basse)

-Lille Gruber
(batterie)


TRACKLIST

1) Remotio Mortuorum
2)  Into the Soil
3) Consuming Grief
4)  Generosity of the Deceased
5) Suttee
6) The Bell
7) Dharmata
8) The Mesmerizing Light
9) At One with Wrath
10) The Quest for Non-Existence

11) Return to Samsara

DISCOGRAPHIE


Defeated Sanity - Disposal of the Dead / Dharmata
(2016) - brutal death death technique - Label : Willowtip



Ne soyons pas dupes. Derrière vos artistes favoris se cachent des êtres humains le plus souvent ouverts, malgré l’image qu’ils peuvent parfois renvoyer. Aussi, il n’est pas rare que les musiciens estampillés metal apprécient d’autres genres, fort heureusement. Même les plus virulents d’entre-eux n’échappent pas à la règle. Glen Benton a avoué écouter de nombreuses choses anciennes, comme les Ramones par exemple, et Barney de Napalm Death est un fin connaisseur de musiques progressives. Ces deux exemples qui pourraient être multipliés à l’infini prouvent que ceux qui élaborent des pièces parfois très violentes peuvent trouver plaisir dans d’autre styles musicaux, plus ou moins éloignés de celui dans lequel ils évoluent. Certains vont plus loin en prenant le parti de proposer leurs deux amours sur une même galette.

Les Allemands de Defeated Sanity sont de ceux-là. Ils ont annoncé en début d’année un nouvel album assez particulier. Il s’agit en fait de deux EP montrant deux facettes fort différentes de leur entité. La première partie, des plus classiques, la seconde beaucoup moins. Les six premiers titres proposés sont en effet ceux qui ne choqueront personne. Ils sont dans la veine de ce que les Allemands ont offert depuis leurs débuts, à savoir un death brutal et technique racé. Peu de surprises au rendez-vous. Si vous êtes déjà tombés sous le charme de l’équarrissage en règle proposé par les Teutons depuis leurs débuts, vous ne pourrez qu’apprécier Disposal Of The Dead. Tout ce qui a fait le succès du groupe se retrouve dans ces cinq titres, précédés d’une introduction réussie. Blasts et riffs massifs risquent de donner une fois encore une furieuse envie de martyriser vos cervicales. Notons toutefois quelques légers changements par rapport à l’excellent Passages into Deformity sorti il y a trois ans maintenant. La production est moins étincelante et rappelle les anciennes sorties de la troupe. L’aspect technique est de plus quelque peu en retrait, moins immédiatement perceptible. Le groupe n’a pas cherché ici à faire preuve d’originalité. Bien au contraire, il semblerait qu’il ait pris un malin plaisir à écrire des morceaux lourds et puissants, d’une simplicité étonnante, du moins au premier abord. Car, en creusant, l’on retrouve les passages plus travaillés, les rythmiques enlevées, avec ce son de caisse claire qui claque toujours autant, qui ont permis à Defeated Sanity de se hisser au panthéon des formations de brutal death. Mention spéciale aux vocaux caverneux de Konstantin Lühring qui livre ici sa dernière prestation avec ses camarades, remplacé désormais par Josh Welshman. Bien évidemment si vous n’êtes pas portés sur ce genre musical extrême ou que vous n’avez perçu chez les Germains qu’une copie de Suffocation ou de Disgorge, vous ne serez pas transcendés par cette première partie. Mais qui sait, la suite vous fera peut-être changer d’avis.

Non content d’avoir élaboré des pièces brutales et primaires assez jouissives, le trio s’est offert le luxe de rendre hommage à un style qu’il affectionne, le death technique. Une rapide introduction plante le décor et permet à l’auditeur de se préparer au changement à venir. Forts éloignés de Disposal Of The Dead, les cinq derniers morceaux sont un cri d’amour pour ce style dans lequel habileté et maîtrise instrumentale sont essentiels. L’on songe rapidement à l’œuvre de Chuck Schuldiner durant ces vingt-sept minutes que durent Dharmata. D’autant plus que le chant est assuré ici par un homme au timbre adapté au genre en question en la personne de Max Phelps, celui qui tient le micro avec Death DTA. Difficile de se dire que les trois musiciens qui l’accompagnent sont les mêmes bouchers qui officient sur Disposal Of The Dead. Force est pourtant de constater qu’en plus de brutales envolées, ce trio est capable de proposer de véritables pépites qui fleurent bon les années quatre-vingt-dix, avec mélodies, riffs enlevés et technique irréprochable. Qu’il est agréable d’écouter ces titres au contenu riche ! Les passages à la basse ou les cassures rythmiques à la batterie sont autant d’éléments qui font de Dharmata un solide disque qui devrait plaire les amateurs de technique musicale. N’allez cependant pas imaginer que cette dernière soit stérile. Elle permet d’élaborer de véritables pièces, où l’inspiration est présente. Comment entendre "At One with Wrath" ou encore "The Quest for Non-Existence" sans s’émouvoir du grand talent des Allemands ? Impressionnants, ils ont construit des morceaux qui rappelleront d’excellents souvenirs aux aficionados des derniers Death, et notamment The Sound Of Perseverance.


Defetated Sanity, tel Janus bifrons, offre un disque où deux facettes bien différentes de sa personnalité sont mises à l’honneur. Ici, Pas de mix entre les deux styles pratiqués, mais deux parties bien distinctes, qui permettront d’écouter l’une ou l’autre, selon l’humeur de l’auditeur. Une évidence se fait cependant jour. Que ce soit dans la brutalité la plus primaire ou dans un genre plus élaboré et plus raffiné, le groupe parvient à proposer d’excellentes pièces. Quand la schizophrénie musicale est élevée à un tel niveau, il n’y a rien d’autre à faire qu’écouter et apprécier. En attendant peut-être que le prochain Napalm Death nous surprenne avec une seconde partie progressive qui n’aura rien à envier aux meilleures sorties de Dream Theater et consorts...



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