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CHRONIQUE PAR ...

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Fromage Enrage
Cette chronique a été mise en ligne le 20 juin 2016
Sa note : 13/20

LINE UP

-Fernanda Lira
(chant+basse)

-Prika Amaral
(guitare+chœurs)

-Pitchu Ferraz
(batterie)

TRACKLIST

1) Arrogance
2) Theory of Conspiracy
3) Deception
4) Intolerance Means War
5) Guerra Santa
6) Failed System
7) Hostages
8) Surrounded by Serpents
9) CyberWar
10) Hypocrisy 
11) Devastation
12) Wayfarer

DISCOGRAPHIE

Agony (2016)

Nervosa - Agony
(2016) - thrash metal / black metal - Label : Napalm Records



Qu'on soit professionnel ou simple amateur bénévole comme chez Les Éternels, travailler dans la musique peut vite vous rendre blasé. Disques promo à gogo, possibilités d'interviews,invitations aux festivals... à force d'être chouchouté, tout devient plus fade, plus morne, et plus rien n'a vraiment de valeur oud'importance. Il est important de garder un certain enthousiasme,voire une certaine candeur, face à cette déferlante de musique.Alors, quand on me propose de m'occuper d'un groupe de thrash metal féminin, je souris et je me lance !

Une petite présentation s'impose : Nervosa est un trio, formé en 2010 à Sao Paulo, et Agony est son second album. Thrash metal,Brésil... si les connecteurs logiques de votre cerveau fonctionnent,l'association de ces mots-clés a du vous chatouiller l'esprit etvous avez déjà du vous écrier « Sepultura ! » derrière votre écran. Et pourtant, non, les demoiselles se revendiquent avant tout de Slayer et de Kreator. C'est confirmé dès les toutes premières secondes de l'album : Nervosa ne tape pas dans l'école fun, sympa eténergique du thrash façon Anthrax, mais bien dans le méchant, le lourd, le sale et le teigneux. Et on comprend très vite que les influences revendiquées par les filles ne le sont pas par hasard.

Kreator ? Oh que oui. À commencer les vocaux furibards de Fernanda Lira. Imaginez une Angela Gossow au timbre encore plus éraillé et qui aurait mangé du black metal au petit déjeuner. Une hybridation vocale qui rappelle effectivement les débuts du group ede Mille Petrozza. Mais ce n'est pas tout, Nervosa a aussi emprunté à Kreator ce tempo sans aucun moment de répit et ces thématiques très ancrées dans le réel : terrorisme, corruption, médias quinous mentent, j'en passe. Écoutez l'incroyable uppercut "GuerraSanta", sorte de cousin féminisé de "Riot of Violence"(sur Pleasure to Kill, pour rappel), pour comprendre l'impact de Kreator sur les filles.

Slayer ? Oui, aussi, mais c'est plus discret. Dans la vélocité et le côté très « ivol » du riffing ("Arrogance", "Intolerance Means War"), dans ces quelques soli épileptiques à la limite du bruitiste ("Arrogance", "Failed System", ou bien encore dans la manière que Lira a de balancer ses vocaux sans reprendre son souffle. Pour résumer : une version blackisée de Kreator, du thrash agressif et méchant comme un chat sauvage, peu de décélérations, et de la haine, beaucoup de haine.Les refrains souvent monophrases sonnent comme des slogans :"Hostages", sanglante ; "Surrounded By Serpents",rampante et étouffante. Coup de cœur renouvelé pour "Guerra Santa" et son changement de rythme sur un refrain haineux et envoyé comme un boulet de canon.

Dans l'ensemble, l'album a un côté très scolaire : aucune folie, aucune originalité particulière n'est à noter. À l'exception peut-être de "Wayfarer", qui s'ouvre avec des riffs à la Maiden et la voix claire, presque soul de Fernanda Lira.Oui, oui, des vocaux soul dans un album de thrash / black, vous ne rêvez pas. Exception faite de cette petite fantaisie de fin d'album, Nervosa a du mal à se démarquer de l'ombre de ses glorieuses influences. Mais le cahier des charges est malgré tout rempli et le résultat satisfaisant : Agony tabasse, et tabasse bien. Prenez "CyberWar". En trois minutes, tout est là : intro menaçante, riffs corrosifs envoyés à deux cents à l'heure, refrain à hurler à la gueule de son voisin, fin abrupte, enchaînement avec un "Hypocrisy"du même tonneau. 

Si quarante-sept d'un tabassage aussi radical peuvent paraître un peu trop longues, Agony demeure unsecond album prometteur. Même les plus fervents détracteurs du revival thrash ne devraient pas se sentir trahis, tant la formule de Nervosa demeure efficace et fidèle à ses illustres prédécesseurs.Les ingrédients sont efficaces, la recette est rodée, et le tou test servi avec rage et conviction. Alors à table, amis thrashers,aujourd'hui, c'est mandales à la brésilienne !



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