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CHRONIQUE PAR ...

98
Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 30 avril 2016
Sa note : 15/20

LINE UP

Cult of Luna

-Johannes Persson
(chant+guitare)

-Fredrik Kihlberg
(chant+guitare)

-Kristian Karlsson
(claviers+samples)

-Andreas Johansson
(basse)

-Magnus Lindberg
(percussions)

-Thomas Hedlund
(batterie)

The Old Wind

-Thomas Liljedahl
(chant+guitare)

-Niklas Quintana
(guitare)

-Robin Staps
(guitare)

-Mattias Hägerstrand
(basse)

-Karl Daniel Linden
(batterie)

TRACKLIST

1) Last Will and Testament (Cult Of Luna – Amebix Cover)
2) Wooden Scythe (The Old Wind)
3) Daughter of Cleanse (The Old Wind)

DISCOGRAPHIE


Cult Of Luna + The Old Wind - Råångest (EP)
(2016) - metal prog sludge - post-hardcore - Label : Pelagic Records



« Que l’angoisse de mon cœur jamais ne se retire.
Que jamais je n’aie la paix.
Que jamais je ne me réconcilie avec la vie,
non plus qu’avec la mort.
Que ma route soit sans fin, vers un but inconnu.
» (Pär Lagerkvist. Suède, 1953)

Nous évoquons la Suède à cette heure, par le truchement, non point de ce prix nobel de Littérature, mais de Cult of Luna et de The Old Wind. Les deux groupes ont en effet su mettre à profit leur rencontre datée de 2014 (tournée de Beyond The Red Shift) et donner un fruit à leur estime réciproque : Råångest.


Arpèges oppressants et claviers fantasmagoriques, voix insidieuse qui se glisse derrière nous... on se sent durant ces premières secondes immédiatement happés, prêts à nous enliser dans cette sorte de marasme étrange et familier aux amateurs d'un Vertikal, note sur laquelle nous avait d'ailleurs abandonné Cult of Luna. Quelques secondes pour raccrocher à la patte personnelle du groupe ? Bel essai, surtout lorsque le titre en question s'avère être un cover : "Last Will and Testament", Amebix, le groupe de crust punk, devenu sur le tard source d'inspiration pour Johannes Persson, au point d'y plaquer une image même de paternité musicale (ahh, mais la famille, c'est ce que l'on se choisit et ce qu'on en fait !). Le titre, daté de 1987 (Monolith), malgré son âge, ne va cependant pas apparaître décalé, ni artificiellement rafraîchi pour l'occasion. Car Cult of Luna va bel et bien se mettre en devoir de se l'approprier et d'y apporter sa personnalité propre. Son introduction gagne en saveur, les premiers accords sont plus cristallins et annonciateurs, le clavier est onirique, la voix quant à elle écrasante et profonde. Tout du long, les dissonances punk s'effacent pour laisser place à d'avantage de lourdeur, d'incision, de saturations. La rage exprimée par le chant, se fait elle aussi plus marquée, plus dure et froide. Le titre gagne en modernité, un brin en durée (mais nous ne le ressentons pas), mais perd son maître au passage, tombant bel et bien dans la main de Cult of Luna. Il atteint finalement son paroxysme sur une tonalité quasi sidérale qui parachève la transformation de l'onde sonore. On saluera donc l'effort de Cult of Luna, l'essai transformé, au sens propre. Mais l'on regrettera aussi que ce soit là le seul titre présenté par le groupe et qu'aucune œuvre nouvelle ne vienne attiser nos esprits affamés. Voyez y une mise en bouche, avant de plonger au coeur de Mariner, leur dernier né.
« Råångest » signifie anxiété brute. Et on le comprend oh combien (si ce n'était déjà le cas passé la première salve), lorsque fond sur nous sans sommation aucune le second groupe, The Old Wind, qui signe ici deux titres inédits, "Wooden Scythe", et "Daughter of Cleanse", là encore, dans l'attente d'une toute prochaine sortie. L'évidence de la jonction des deux groupes sur le terrain neutre de ce split apparaît alors avec flagrance et on ne peut que souligner une fois encore que Pelagic a eu le nez creux en apposant son étiquette sur le projet : la transition est en effet extrêmement fluide et s'opère à merveille. Nous sommes en présence d'un post-hardcore lourd et épais, taillé dans la même veine que celui déversé par Cult of Luna. Point de synthés ici cependant, mais trois guitares alternant les riffs sauvages et les nappes délicieusement hypnotiques, appuyées par un scream taillé dans la rage pure se superposant sans faille sur la composition. Le rythme, quant à lui, reste lent et puissant. Et c'est alors bien l'anxiété qui s'accroît en nous. La trame sonore peut s'insinuer et se frayer un chemin dans nos petites veines, la torpeur se saisir de nos esprits et la musique s'éteindre brutalement, nous abandonnant là, spasmophiles éperdus et violentés par cette chute brutale du rideau. Car la fin de l'EP est tout aussi saisissante que son commencement. Nous avons été embarqués de force et tout aussi violemment, nous voici à nouveau abandonnés au silence, un silence qui d'une certaine façon, parachève le sentiment douloureux et écrasant qui avait fait son nid en nous durant cette écoute, décidément trop courte.


Dans ce silence, je suis vide, je m'enfonce dans un maelström qui dévore ma substance. Ce puits où je suis tombée et dont on referme l'ouverture. J'angoisse.....


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