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CHRONIQUE PAR ...

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S1phonique
Cette chronique a été mise en ligne le 29 avril 2016
Sa note : 13/20

LINE UP

-Rachel Aspe
(chant)

-Staif
(guitare)

-Damien
(basse)

-R.U.L.
(batterie)

TRACKLIST

1) Nefas
2) Nihil Sine Causa
3) Amaterasu
4) Seditio
5) Nixi Dii
6) Vae Victis
7) HAR1
8) Sekhet Aaru
9) Kumari Kandam
10) Alnitak
11) Alnilam
12) Mintaka

DISCOGRAPHIE

Autopsie (2000)
Samantha (2002)
Sôma (2004)
III (2012)
Ex Umbra In Solem (EP) (2014)
Ankaa (2016)

Eths - Ankaa
(2016) - indus metalcore - Label : Season Of Mist



Eths ? C'est fini non? Staif, il est tout seul maintenant ! Pas sympa hein, de commencer une chronique de cette façon. Mais en même, temps du Eths dévastateur suivant le What's the fuck fondateur à ce jour il ne reste finalement que le guitariste fondateur. Et pourtant, malgré un turn-over incroyable, le bonhomme parvient à soutenir son projet et propose ici un Ankaa de choix pour combler les fringales des oreilles gourmandes de ce type de bruit.

Que retient la plèbe? Que depuis le départ de Candice le groupe est définitivement terminé et qu'il ne se relèverait pas... Difficile, non ? Allez, on l'a pratiquement tous pensé et chacun se disait même qu'il valait mieux nostalgiquement réécouter les géniaux initiaux EP, deux premiers LP et un peu III plutôt que de se demander s'il serait possible pour un chanteur de reprendre non seulement le registre de la belle auto déchue, mais d'avoir aussi les épaules pour jouer le frontman sachant dynamiter chaque concerts. Hélas ! Les quelques dates du back-up Virginie Goncalves n'apporteront que peu d'espoir aux âmes bien-pensantes. Pourtant... La minote Rachel est officiellement embauchée et parvient même (après la curiosité made in buzz) à trouver sa place, montre et démontre qu'elle peut s'approprier le registre Eths dès les premières dates. Un ultime départ (celui de Greg) et le groupe ne fait plus parler de lui. Partir pour mieux revenir? Laissez parler les gens? Se retrouver ou se trouver et gagner ainsi en expérience pour un prochain retour ? Quelques concerts avec un public au rendez-vous et la sortie honorable, mais probablement dispensable d’Ex Umbra In Solem sont autant de jalons préparant la sortie du quatrième album. Une promotion rondement ficelée, notamment grâce à plusieurs concerts « release » date et c’est ainsi que les quatre lettres du groupe fleurissent à nouveau le web et les sites dédiés. « Et voi làaaaaa... C'esssst nous… on est de re tour.. (avec un grand "oid" bien levé) »
Ne perdons pas de temps : Ankaa est un bon album et globalement une réussite. (On parlera un peu plus tard des défauts après tout). Oui, Eths fait toujours du Eths et propose un metal hardcore avec des pointes d’indus. Non, n'espérons pas retrouver les violences des premières sorties. Comme tout groupe, et surtout comme tout (bon) compositeur, le son évolue avec l’age, l’expérience et la maturité accroissant sensiblement le résultat. Un travail incroyable est apporté aux ambiances qui deviennent parties intégrantes des titres et ne servent plus d'arrangements. Un piano en gammes mineures, un son ou riff redondant pour une angoisse majeure, des parties totalement électro, d'aériennes mélodies orientales (Sarah Layssac vient susurrer quelques mesures): voici de quoi est aujourd'hui capable Staif dans ses écritures. Et ça marche! C'est agréable et réussi. Le résultat est conséquent : un album d'une heure avec quelques réelles longueurs, mais d'une compacité et d'un équilibre justes. Si le groupe défonce d'entrée son auditeur (comme un rappel à l'ordre du critique débile), les douze titres invitent au « good trip » assurant et installant au fur et à mesure un malaise à la fois malicieux et délicieux. On en oublierait presque de parler des chants. Bien évidemment ça growl (trop) sec : certains passages sont même peut être trop « trachée raclée » en début d'album pour être agréables. Mais la puissance est au rendez-vous et se sublime dans les alternances chants clairs. Et ces chants clairs, quelle découverte ! C'est qu'elle nous avait caché cette facette très intéressante de ses capacités la petite mère Rachel.
Quelques écoutes seront bien nécessaire pour s'approprier le concept et l'univers ici proposé. Le début de l'album reste très énergique et d'une agressivité « natur'Eths ». Mais au fur et à mesure, la violence vicieuse prend forme au détour d'un thème récurrent, d'une ambiance immiscée derrière une mélodie, en accompagnement d'une partie de chants clairs ou au sortir d'une rythmique électro. Les paroles, largement compréhensibles, n'apportent pas non plus le réconfort espéré et ajoutent le gris et la noirceur naturellement humaine à l'ensemble. Trois temps s'esquissent. Le premier englobe les cinq premiers titres pour enchaîner sur une voluptueuse et plus calme partie dessinée de "Vae Victis" jusqu'à "Kumari Kandam", pour s'achever sur le triptyque de fin épiloguant l'album et permettant sur une douzaine de minutes de garder une bonne impression. Soyons bien curieux de ce qui va maintenant se passer. De ce qu’on peut voir des dates 2016 du groupe : l'impression d’un public renouvelé en partie, maîtrisant parfaitement les anciens titres toujours si explosifs et ayant déjà largement assimilé les premiers titres promos. Pensons sans erreur que le retour est réussi : du line-up à la nouveauté. Rachel est dans la place et osons la comparaison : Candide/Angela et Rachel/Alissa, ou un groupe avec une chanteuse pensée jusqu'alors irremplaçable réussi brillamment la passe d'arme et la sortie d’un nouvel album.


Agacé par l'EP mais totalement séduit après la demi-heure du Hellfest , j'étais très curieux et très impatient d'écouter cet album, qu'on avouera de tous les dangers. Ma sympathie pour le groupe et pour son fondateur reste entière. Ankaa n'est certainement pas le meilleur opus de la discographie du groupe, mais lui permet d'envisager au moins une future existence et une intéressante suite artistique. Considérons celui-ci comme la marque d'un potentiel énorme. En auditeur et chroniqueur séduit, j'invite les historiques auditeurs du groupe à donner sa chance au dernier venu. Le nouveau public devrait rapidement se constituer.


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