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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 19 avril 2016
Sa note : 15/20

LINE UP

-Merethe Heggset
(chant+basse)

-Martin Sivertsen
(guitare)

-Ole Kristian Malmedal
(claviers+guitare sur "The Warming Moon")

-Andreas Hagen
(batterie)

A participé à l'enregistrement :

-Magnus Kofoed
(programmation)

TRACKLIST

1) Aeolian Dunes
2) Ages Move the Earth
3) Son of Earth and Sky
4) The Warming Moon
5) The Flood of Waters

DISCOGRAPHIE


High Priest of Saturn - Son of Earth and Sky



Les sportifs de haut niveau s'accordent souvent à dire que la réussite se joue sur des détails, hormis quand un(e) extra-terrestre du genre Novak Djokovic ou Lindsey Vonn écrase sa discipline tel l'usager du métro parisien piétinant la sandale de sa voisine – l'air de rien et sans s'excuser. Mais en sport comme en musique, les génies sont rares et ce sont plutôt à d'honnêtes intervenants que l'on a le plus souvent affaire. Certains d'entre eux, lors d'une occurrence surnaturelle, parviennent à hisser leur niveau de jeu au point d'approcher celui des cadors : High Priest of Saturn appartient à cette catégorie des artisans transcendés.

Soyons francs : les Norvégiens n'avaient guère marqué les esprits avec leur premier album auto-intitulé. Quatre titres, quarante minutes, un riff : le résumé est certes lapidaire mais témoigne de l'impression d'ennui suscité par cette réalisation morne au tempo invariablement lent, dépourvue d'imagination et déstabilisée par une guitare sur-mixée qui témoigne d'un manque flagrant de cohésion dans l'orchestre de chambre nordique, chaque instrumentiste donnant l'impression de dérouler sa partition sans trop se préoccuper de son voisin - ou de sa voisine. C'est en effet une dénommée Merethe qui tient la basse et roucoule nonchalamment derrière le micro - une petite cuillère d'originalité dans un océan de platitude - et encore, « originalité » est un bien grand mot puisque contrairement au milieu hyper machiste du black metal, les femmes, bien que minoritaire, sont de plus en plus nombreuses à officier dans les groupes stoner : Laura Pleasants de Kylesa, bien sûr, mais aussi Sophie Day chez Alunah et dans un style heavy doom plus proche de High Priest of Saturn, Lori S. d'Acid King, Jex Thoth ou encore Jennie-Ann Smith chez Avatarium. Même si certaines de ces formations ne font pas l'unanimité, du moins en leur faveur, elles affichent toutes leur propre personnalité – le son de Kylesa est unique – ce qui n'est hélas pas le cas du collectif de Trondheim sur son bancal et ultra-conventionnel premier enregistrement longue durée. Autant dire que le second était attendu avec à peu près la même impatience qu'un nouveau tas de feuilles sèches signé Guillaume Musso.
Et là, paf, miracle. Ou plutôt non : détails. Il faut croire que Merethe et son petit copain qui tient la batterie ont pris conscience des carences de leur premier lp et procédé aux ajustements nécessaires. Dorénavant, guitare et claviers dialoguent puis choralisent en bonne intelligence, échangeant à tour de rôle accords lourds et  amples envolées. Entre riffs massifs et arpèges délicats, vibraphone enchanteur et hammond vrombissant, les morceaux progressent dans une atmosphère onirique très proche de The Dark Side of the Moon de Pink Floyd. Et si Miss Heggset, dont la tessiture doit à peine couvrir une demi-octave, n'est pas la vocaliste la plus virtuose du circuit, ses interventions parcimonieuses et généreusement réverbérées renforcent l'indéfectible sensation de dépaysement ouaté qui transporte l'auditeur tout au long des quarante minutes de l'œuvre. Certes, la révolution n'est pas complète, si l'on ose dire à propos d'un groupe dont le nom fait référence à la sixième planète du système solaire : les compositions peu pressées présentent des similitudes d'écriture et de sonorité qui leur confèrent une redoutable cohésion, au point qu'il n'est pas toujours aisé de distinguer les morceaux entre eux. Ainsi, l'album s'apparente davantage à une succession de variations qu'à un nuancier aux teintes foisonnantes. Cependant, cette homogénéité favorise le cheminement des songes et ne sera rompue qu'une seule fois, lors d'une brusque accélération sur la seconde moitié de "The Warming Moon" qui, l'espace de deux minutes, fait basculer le tranquille univers dans l'ambiance ardente des vieux Deep Purple. La séquence, convaincante, suscite au final une légère frustration, car une ou deux autres du même acabit auraient sans nul doute avantageusement dynamisé certaines pistes un peu longuettes.


Outsider sans envergure, High Priest of Saturn passe, grâce à un deuxième essai réussi, au statut de sérieux prétendant dans la compétition que l'on devine acharnée entre les gangs stoner/doom désireux de sortir de la masse. Sur Son of Earth and Sky, la section scandinave a procédé à quelques réglages et trouvé le bon équilibre entre guitare et claviers désormais complémentaires, pré-requis à l'exploration indolente d'un astre au « tellurisme aérien ». Succession de climats lourds et d'intermèdes cristallins, le recueil sous forte influence psychédélique reste dans l'orbite confortable des modèles seventies, Pink Floyd en tête. Toutefois, en lâchant les chevaux sur un bref mais vigoureux passage, les Grands Prêtres de Saturne prouvent qu'ils ont la capacité d'enrichir leur palette et, peut-être, d'intégrer un jour le cercle des noms prestigieux de leur style de prédilection.


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