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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 21 avril 2016
Sa note : 17.5/20

LINE UP

-Rémi Gallego
(tout)

-Jean Perry
(batterie)

TRACKLIST

1) Boot
2) Floating Point

3) Pointers
4) Brute Force
5) Userspace
6) Shellcode
7) Hex
8) Deadlock (feat. Igorrr)
9) Rootkit

10) Trojans (Hard Mode)

DISCOGRAPHIE


The Algorithm - Brute Force
(2016) - electro metal / heavy computer music - Label : FiXT



Une nouvelle sortie de The Algorithm est toujours un évènement. Car les groupes hors du commun de la scène française sont bien trop peu nombreux pour qu’on puisse occulter leur travail. Un ordinateur qui démarre, un « bip », puis un ventilateur qui se met en route. Pas de doute, Rémi Gallego vient de lancer sa nouvelle machine infernale. Laissez-vous emmener dans les entrailles de votre bécane.

Car oui, ce Brute Force est clairement un voyage initiatique au cœur de la machine grâce à laquelle vous lisez sûrement cet article, et à propos de laquelle Rémi Gallego aime composer. Avant même de rentrer dans le vif du sujet, les plus geek ou les plus calés en informatique d’entre vous auront pu remarquer que chaque titre de cet opus est un terme employé dans le domaine de l’informatique. Et par là, chacun de ces titres se veut donc être une expédition sous un nouvel angle de ce produit merveilleux des années 2000.
Petit tutoriel :
Un boot est le processus de démarrage d’un ordinateur, le chargement du programme initial.
Un floating point est une virgule flottante, une méthode permettant l’écriture des nombres réels.
Un pointer est soit un curseur, soit une variable contenant une adresse mémoire.
Une attaque par force brute d’un ordinateur a pour but de le trouver mot de passe en utiliser une à une toutes les solutions possibles.
Un userspace est l’espace utilisateur dans lequel il existe des restrictions sur les instructions exécutées.
Un shellcode est un code malveillant qui détourne un programme de son exécution normale.
Hex est l’un des formats de fichier texte les plus anciens.
Un deadlock est un processus d’interblocage qui intervient lorsque deux processus s’attendent mutuellement.
Un rootkit est un ensemble de techniques mises en œuvre dans le but d’obtenir l’accès de manière furtive à un autre ordinateur.
Enfin, un trojan est un type de logiciel malveillant contenant un parasite et qui a pour but de le faire entrer dans un autre ordinateur.
Après cette mise au point plus que nécessaire pour rentrer dans le monde très particulier de The Algorithm, vous conviendrez qu’il sera beaucoup plus facile pour vous d’adhérer à ce mouvement. En effet, votre imagination vous emmènera plus facilement là où le compositeur souhaite vous amener, et vous serez même surpris de voir quelle intensité vous mettrez dans la matérialisation visuelle, voire onirique de cette musique.
Mais justement, parlons-en de cette musique. Dès l’excellente introduction qu’est "Boot", on sent que l’on repart sur les bases de Polymorphic Code. Non, votre ordinateur ne bug pas, cela fait partie intégrante de la musique – malgré le fait que Rémi ait l’habitude de composer sur un Mac et non sur PC. L’initiation est en marche. Et elle continue avec deux chansons qui ont fait l’objet d’un clip. Si la première pouvait prétendre à une place dans Octopus4, la deuxième nous entraîne corps et âme à travers les circuits d’un ordinateur, en passant par des tapotements de touches de clavier et de clics de souris, forts bien accommodés. Arrive alors le déroutant titre éponyme, étonnante mixture des styles qu’à l’habitude de produire le compositeur. Vers la fin, vous passerez même au travers des mailles d’un post-black metal à la Deafheaven, qui est définitivement plus à la mode qu’on ne le pense. Tant qu’on est dans ce qui tranche avec le reste de l’album, autant y rester et assister à la plus longue des pistes : "Userspace". Minimaliste au plus haut point (pour du Algorithm), le rythme ralentit brusquement et nous offre une atmosphère très calme, totalement ambiante et spaciale. Clairement, c’est la chanson susceptible d’être accessible et de plaire au plus grand nombre de personnes. Voyez-y une référence au titre si vous le voulez. A des millénaires de là, surviendra violemment "Shellcode" et ses sons de lasers à l’évocation sombre et noire, contrebalancés en permanence par des notes de piano, évocation d’une crainte et d’une angoisse latente avant l’attaque frontale. Seul petit hic dans l’album, cette track "Hex" dont on ne retiendra pas grand-chose si ce ne sont quelques sonorités galactiques anciennes. Antithèse totale de "Userspace", "Deadlock" et le featuring avec son acolyte Igorrr, vous surprendra par sa folie totale, sa brutalité, sa violence, sa lourdeur, sa rapidité. Bref, son côté totalement metal, et de loin la moins électro de l’album, pour sûr. Le début de cette chanson-troll vous fera croire qu’un pop-up s’est ouvert dans votre navigateur. Mais ce n’est certainement qu’un message que veut faire passer l’artiste à propos de la manière de « fabriquer » de la musique de nos jours. Enfin, vous arriverez à destination grâce à l’une des meilleures chansons de l’album, l’apothéose de ce Brute Force, incarnée par "Rootkit", qui est un melting-pot de tout ce que sait faire Rémi Gallego. Un habile et subtil mélange entre un Polymorphic Code et un Octopus4.
La chanson remasterisée de "Tr0jans", contenant nombre de références à l’album lui-même, plaira certainement à la plupart des auditeurs, mais pour ceux qui connaissent l’originale sur le bout des touches de clavier, elle ne l’égalera jamais, et c’est logique. The Algorithm vient de nous livrer quarante-cinq minutes insensées dont on ressort lessivé, ne sachant plus quoi penser de la musique en général et de SA musique en particulier. L’artiste arrive toujours à innover malgré une structure rythmique générale inchangée au fil des années. Bordel, il a quand même réussi à foutre des soli de guitare, menés par ses soins, dans "Floating Point" et "Pointers" ! L’étiquette djent qu’il a portée pendant une période semble s’effacer au fur et à mesure pour créer son propre son. Seules les structures totalement « aléatoires » et complexes peuvent encore en être rattachées. De nombreux geek-fans y verront des références à des jeux qui ont bercé leur jeunesse, ou qui accompagnent encore leur vie présente d’ailleurs, comme Sonic, Alex Kidd, Mass Effect, Starcraft, Star Fox Adventures, ou multitude de jeux FPS (réalité virtuelle pour les plus paumés). De même pour les influences electro toujours aussi présentes avec des artistes tels que C2C, Glitch Mob, Vitalic ou encore Pendulum. L’album se veut autant « electro » que « metal » et saura satisfaire autant les fans d’un genre que de l’autre. On a parfois même du mal à distinguer si les guitares sont naturelles ou modifiées. Le changement de label matérialise aussi cette volonté de se détacher d’un monde djent qui commence à rentrer petit à petit dans les rangs du metal. Quant à la production, elle est une fois de plus parfaite, et la présence d’un réel batteur désormais, n’est pas étrangère à cette qualité d’exception.


Basick Recods > Alt-F4. FiXT > Entrée. La formule est simple, l’algorithme l’est moins, et pourtant, Rémi Gallego sait toujours comment s’y prendre pour jouer avec nos oreilles et notre cerveau et l’emmener dans un monde cosmique lointain, tout en nous raccrochant à un monde que chacun de nous utilise au quotidien, celui de l’informatique. Brute Force est une merveille de plus dans sa discographie qui, une fois encore, est accessible à tout le monde. Le bluescreen, ce n’est pas pour tout de suite.


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