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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 19 mars 2016
Sa note : 15/20

LINE UP

-Daniel "Dani Filth" Lloyd Davey
(chant)

-Paul Allender
(guitare)

-Gianpiero "Gian Pyres" Piras
(guitare)

-Robin Mark "Graves" Eaglestone
(basse)

-Martin Powell
(claviers)

-Adrian Paul Erlandsson
(batterie)

Guests :

-Sarah Jane "Jezebel Deva" Ferridge
(chant)

-Mika Lindberg
(chant)

-Douglas "Doug" William Bradley
(narration sur 4, 8, 11)

-Toni King
(voix sur 5)

-Andy Nice
(violoncelle)

TRACKLIST

1) At the Gates of Midian
2) Cthulhu Dawn
3) Saffron’s Curse
4) Death Magick for Adepts
5) Lord Abortion
6) Amor e Morte
7) Creatures That Kissed in Cold Mirrors
8) Her Ghost in the Fog
9) Satanic Mantra
10) Tearing the Veil from Grace
11) Tortured Soul Asylum

DISCOGRAPHIE


Cradle Of Filth - Midian



En 2000 lorsque sort cet album (pour Halloween évidemment), Cradle of Filth est au faîte de sa gloire. Dusk… And Her Embrace et Cruelty and the Beast ont été des hits dans les charts black metal et même au-delà. Il suffisait de voir le nombre d’ados arborant des t-shirts ou pulls à l’effigie du groupe pour le constater. Pourtant Cradle avait réussi à avoir sa crise en se perdant dans quelques méandres : un EP (From the Cradle to Enslave) qui a laissé les fans circonspects et une apparition dans un film d’horreur qui n’aura marqué personne. Et surtout le départ du batteur historique : Nicholas Barker. Midian sort donc dans la suspicion, avec le devoir de rassurer tout le monde.

Première chose aisée à corriger, rattraper le tir sur le son. Les deux précédents efforts ont réussi l’exploit invraisemblable pour un groupe de cette stature d’enchaîner les productions déplorables, marquées notamment par la fameuse batterie playskool. Les guitares anémiques n’y changeaient rien même si elles passaient bien mieux étant donnée la nature black metal de la musique considérée. Table rase. Cradle, ou Dani Filth, a compris en 2000 qu’il lui faudrait un vrai producteur, de vrais studios et un vrai gros son pour satisfaire son audience et donner le vernis indispensable à sa musique grandiloquente et gothique. Qui plus est, il y a fort à parier que les ados seront épris de tant de considération pour leurs oreilles. Choix est fait d’avoir un gros son. Gros son oui. La batterie écrase enfin tout sur son passage. Adrian Erlandsson peut étaler tous ses talents, à la grosse caisse notamment qui tape dur. Petit problème, son style est clairement différent de celui de Barker. Là où Barker enchaînait les blasts et les descentes de toms, Erlandsson a une approche bien plus thrash comme son passé dans At the Gates le laisse présupposer. Le sieur goûte peu à l’extrême mais plus à la variété des tempos et au groove diffus. C’est louable et bien fait, seulement est-ce totalement pertinent sur un album de ce qui se veut encore du black metal ? A priori non, et c’est un reproche qui sera adressé à Erlandsson durant son intérim.
Les guitares sont logées à la même enseigne. Enfin consistantes, elles sont plus chargées en graves. Forcément elles sonnent plus thrash/death que véritablement black désormais. Pas de problème, cela leur sied étant donnée la proéminence de riffs plus heavy désormais. Cradle n’oublie heureusement pas le genre qui lui a donné son succès et balance les mélodies black metal : seulement, à l’image de la batterie calmée, les attaques purement extrêmes se révèlent plus rares. Heureusement, le talent de composition de Dani Filth transpire avec bienveillance dans les titres qui se succèdent. Riffs, mélodies, que seraient-ils dans Cradle sans les claviers ? Symphoniques, grandiloquents, gothiques, poétiques, ils apportent la touche qui énerve tous les puristes. Pourtant, sans eux, la musique des Anglais serait plus pâle, manquerait de relief et abandonnerait ses atours peut-être les plus attirants. Oui ils envoient, oui ils prennent de haut, il suffit d’entendre l’exceptionnelle intro à la "Carmina Burana" intitulée "At the Gates of Midian" pour ressentir leur caractère indispensable. Succession de moments accrocheurs et forts, les huit premiers titres de l’album donnent plus que la dose de ce black très mélodique, heavy et gothique qui a su si bien charmer les tympans européens.
Les passages impressionnants pleuvent. "Cthulhu Dawn" et son riff syncopé, l’écrasante "Lord Abortion" ou la magnifique "Amor e Morte", sans oublier le tube de l’album : "Her Ghost in the Fog". L’ensemble tient bien la route et emmène l’auditeur sur les chemins de la félicité musicale. Le groupe semble au top tandis que Dani se démène au micro pour étaler toutes ses capacités musicales. Cris stridents, déclamations gothiques, gros chant death, il varie les plaisirs et… il énerve aussi. Certains le trouveront ringard ou irritant à juste titre. C’est le bonhomme, il est comme ça. Il faut cependant reconnaître qu’il contribue grandement à la richesse d’un album qui ne donne pas sa part au chien pour la quantité de riffs et d’idées. Seulement on voit poindre le gros défaut de ce disque, la durée, la volonté de trop en mettre. "Death Magick for Adepts" déjà contient des longueurs. La durée des chansons, régulièrement supérieure à six minutes, donne déjà le ton, mais le pire sera atteint sur les trois derniers titres. "Satanic Mantra" est insupportable (merci !) dans ses déclamations répétées et les deux chansons finales sont bien trop longues, au-delà des sept minutes comme s’il avait fallu ça pour atteindre l’heure de jeu (ce qui est loupé de peu qui plus est). Cradle aurait gagné à alléger son propos pour laisser seulement le bon souvenir des mélodies vaguement black metal, mais si jolies et entraînantes.


Excellent album. Ça peut coûter à un amateur de black metal d’écrire une telle phrase, pourtant il faut savoir admettre l’évidence. Tout y est : riffs en nombre et impeccables, mélodies prenantes, claviers grandiloquents. Il y a même des choses en trop, des longueurs. Mais aussi des manques - où sont nos blasts chéris ? Bref, Cradle a le bon goût de louper le coche malgré tout avec ce Midian qui s’adresse avant tout aux personnes cherchant à affirmer leur violence musicale sans vouloir trop se faire mal aux tympans. Mais au moins, il le fait bien la majeure partie du temps.


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