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CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 29 février 2016
Sa note : 18/20

LINE UP

-Emmanuel Jessua 
(voix+guitare+piano)
 
-Jonathan Maurois 
(guitare) 

-Gredin 
(basse) 

-Théo Bègue 
(batterie)  


TRACKLIST

1) East Shore: Lanscape in the Mist
2) East Shore: In Our Deaf Lands
3) West Shore: Where We Lost the Ones
4) West Shore: Memories
5) Central Shore: Tio
6) North Shore: The Abstract Line
7) North Shore: Sea Made of Crosses
8) South Shore: Blind Man's Eye

DISCOGRAPHIE


Hypno5e - Shores of the Abstract Line
(2016) - post rock death metal metal prog metalcore metal cinématographique - Label : Pelagic Records



« Déjà quatre ans. » Quatre ans que ma vie a changé depuis la découverte d'Acid Mist Tomorrow. Un album écouté en boucle des mois et des mois durant, en continu, inlassablement. Un album que j'ai tout de suite aimé, une baffe dès la première écoute, une baffe disséquée jusqu'à en extraire toute la substance noire, une baffe qui est devenue si familière, si réconfortante. Une baffe qui a vécu avec moi, qui a grandi avec moi, une baffe qui m'a façonné dans la douleur et la haine.  

Comme tous, j'ai eu peur. Peur que ce Shores of the Abstract Line ne soit pas à la hauteur, qu'après avoir crevé le plafond, la chute soit inévitable. Pourtant il y avait des raisons d'espérer, malgré l'attente, l'inexorable attente sur laquelle nous ne reviendrons pas. Et une fois dans les oreilles, le sentiment de familiarité a vite dissipé les plus vils soupçons. Hypno5e a décidé de ne pas jouer toutes ses cartes d'un coup, tel un habile joueur. Ainsi l'album s'appréhendera grossièrement en deux étapes : une étape de découverte et d'assimilation et une étape d'approfondissement. Pour un fan inconditionnel du précédent opus, la première marche est bizarrement la plus difficile à franchir, car si la présence en terrain connu est rassurante, l'intensité ne semble pas égale et les différences attisent notre ouïe inquisitrice. Oui, il faudra un temps d'adaptation pour accepter les narrations poussées à leur paroxysme, les rythmiques parfois trop martiales, le rythme général plus lent et les enchaînements moins fluides. La deuxième étape se voudra quant à elle bien plus intéressante et elle révélera un groupe en évolution, qui se repose intelligemment sur ses solides acquis et sa personnalité unique pour explorer de nouveaux univers.
Cette évolution va croissante au fil du découpage inégal des titres et des « shores ». Après un court titre introductif au piano, on enchaîne sur deux pavés de plus de dix minutes, appartenant respectivement aux rives Est et Ouest. Se faisant face, la première est dans la pure continuité des progressions d'arpèges d'Acid Mist Tomorrow, tandis que la deuxième vient davantage y piocher ses riffs syncopés obsédants. Mais c'est dans la construction des titres de Shores que l'on pénètre son univers plus complexe. Abandonnant sa logique systématique de crescendo, les Montpelliérains déconstruisent, détricotent leur venin pour changer notre perception. Les points d'orgues de ce nouvel opus sont plutôt à trouver dans les enchaînements, dans l'indescriptible enveloppe de mélancolie qui enrobe chaque note de la partition. De ce constat naît la principale critique qu'on fera à ce nouvel album, à savoir son manque de jusqu'au-boutisme émotionnel, cet état de transcendance passionnelle que des finaux de titres comme "Brume Unique Obscurité" pouvaient nous offrir. Les finaux de "Memories" ou "In Our Deaf Lands" viennent l'effleurer, mais restent toujours dans une retenue vraisemblablement voulue.
Comme un film auquel on aurait coupé toutes ses scènes de tension, Shores of the Abstract Line se contemple de l'extérieur plus volontiers qu'il ne se vit de l'intérieur. S'il est pourtant un signe qui ne trompe pas, c'est qu'à l'écoute de ce nouvel opus, aucune envie ne vient de retourner comparer à une écoute d'Acid Mist. On a certes affaire à une suite en tout point, que ce soit au travers des mêmes gimmicks, de la même ambiance ou plus précisément du même souffle et des mêmes couleurs, mais les paysages dépeints sont flambant neufs. Toute la magie du groupe reste ainsi inchangée et le voyage peut se poursuivre là où Hypno5e nous avait laissé quatre ans plus tôt. Les trois derniers titres de la galette s'avèrent les plus alambiqués et closent l'album avec une froideur glaçante, sans aucune note d'espoir, avec un final grandiose à la hauteur du rang du groupe.


Hypno5e n'est pas une musique joyeuse. Le périple dans lequel leur voyage cinématographique vous plonge est fait de cris, de coups et d'arpèges désenchantés. Ces Français là confirment qu'ils sont devenus aujourd'hui un nouveau représentant emblématique de la musique extrême moderne, sur fond de rythmiques lourdes et brisées. Un groupe impossible à cataloguer, un OVNI qui continue de tracer sa route avec détermination. Leur précédent effort restera sans doute à jamais inégalé dans mon cœur, mais nul de doute que les quelques regrets décrits ici seront effacés d'un travers de bras passé l'exercice du live. Allez les voir, vous comprendrez.


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