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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 17 février 2016
Sa note : 11/20

LINE UP

-Manuel Guerrieri
(chant)

-Margherita Leardini
(chant)

-Enrico Zavatta
(guitare+claviers+piano)

-Federico Dapporto
(basse)

TRACKLIST

1) The Compression of Time
2) Fracture
3) Shattered
4) On the Tears of Path
5) Who Are You? (A Shape of Nothingness)
6) Who Am I? (Overcame by Blackwater Rain)
7) Ruins of the Memories of Fear
8) Phalanx of Madness
9) Oblivion Pt. 1 - The Underworld
10)
Oblivion Pt. 2 - The Trial of Maat
11) Oblivion Pt. 3 - The Harp
12) The Fall of the Balance
13) Near the Nightmare
14) From Chaos to Chaos

DISCOGRAPHIE


Chronos Zero - Hollowlands - The Tears Path: Chapter One
(2016) - metal symphonique metal prog Djent avec chanteuse - Label : Scarlet Records



-  Papa, tu me lis une histoire ?
-  Bien sûr mon chéri. Il était une fois un espace de Banach…
-  Complet ?
-  Bien sûr mon amour, les espaces de Banach sont toujours complets. Tu devrais le savoir ! Dans cet espace, vivait un isomorphisme qui rêvait d’être Gâteaux-différentiable. C’était bien évidemment impossible, mais la méchante topologie induite par la norme euclidienne de l’espace lui assurait le contraire...
-  Elle commence rudement bien ton histoire papa, tu sais.


Ah quel bel exemple d’amour filial entre un mathématicien et son enfant… Je suis presque sûr qu’après avoir écouté ce conte passionnant, l’enfant s’endormira au doux son d’Hollowlands, second album du projet d’Enrico Zavatta.  Il est sûr que la complexité du bousin n’effrayera pas le petit génie en herbe... En revanche, pour les personnes dotées d’un intellect plus proche de la moyenne, il est possible que l’écoute de l’œuvre s’avère un tantinet plus ardue… Expliquons-nous : Chronos Zero a pour objectif non pas de faire tenir quatre éléphants dans une deux-chevaux,  mais bien trois genres musicaux dans un seul album (de soixante-dix minutes, soit dit en passant) : le metal prog de facture classique, le djent, et le metal à chanteuse tendance symphonique. Et quand je dis prog, je dis prog, pour de vrai. Entendez par là que les mélodies sont un poil plus difficile à retenir que le "We Will Rock You" de Queen. Et ceux qui pensent qu’un titre comme "On the Tears of Path", sorte de ballade où seule la princesse Margherita s’exprime, leur permettra de respirer un moment, se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’au coude.
Parce que notre princesse, là, c’est pas n’importe quelle princesse. Vu les lignes de chant qu’elle balance, on sent bien qu’elle n’est pas du genre à attendre son prince au coin du feu en tricotant une paire de chaussettes. Non, cette princesse-là a fait Normale Sup, et elle a rencontré son prince charmant, Manuel, au bel organe heavy classique, lors d’un séminaire répondant au joli titre de « Des conséquences du théorème de Borel-Lebesgue sur les propriétés topologiques des semi-correspondances supérieures ». Du coup, ses lignes de chant sont complexes (imbitables ?) et n’ont qu’un lointain rapport avec les cousins simplets de Nightwish… Bon, cette entrée en matière pourrait faire croire au courageux lecteur arrivé jusqu’ici qu'Hollowlands est un album immonde et absolument indigeste, résultat d’une tentative ratée de réaliser la quadrature du cercle, et ce n’est quand même pas le cas. L’album commence même plutôt bien. Les six premiers titres proposent un alliage très correct de ces mixtures réputées immiscibles les unes dans les autres.
Techniquement irréprochables (qui en aurait douté ?), soutenus par un trio prince/princesse/monstre convaincant, les morceaux sont certes denses et pas toujours ultra exaltants, mais les lignes de chants du prince et plus globalement les passage de facture métallique classique constituent un fil directeur qui permet à l’auditeur de ne pas s’égarer dans ce foisonnement de riffs, ruptures de rythmes, contrepieds, solos de claviers, etc., etc. On en vient même à être admiratif de cette exubérance. Malheureusement, le fil d’Ariane se casse au beau milieu de "Ruins of the Memories of Fear". L’équilibre fragile auquel étaient arrivées les forces en présence se rompt quand le compositeur, trop gourmand, introduit une bonne dose de claviers « symphoniques ». Les notes symphos, jouées une à une, sont censées donner une dimension grandiose à l’ensemble, elles ne font hélas que hacher le tout et congestionner une œuvre dont la fluidité était l’élément clé. A ce titre, les deux premières parties d’ "Oblivion" sont particulièrement pénibles et paraissent construites à l’aide d’une fonction random. Si la troisième partie de cette trilogie et les titres suivants font preuve d’un regain de cohérence, la magie n’opère plus et l’on est presque heureux de mettre fin à l’absorption de ce plat trop roboratif.

Assez convaincant pendant une petite moitié d’album, Chronos Zero se perd ensuite à vouloir mettre trop d’ingrédients dans la marmite. L’idée est intéressante, et ce sont des albums défendant des idées novatrices comme celui-là qui font avancer le schmilblick. Malheureusement, ce coup d’essai ne s’avère pas gagnant, faute à un excès de gourmandise de la part de son créateur. Dommage.
 



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