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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 31 janvier 2016
Sa note : 14/20

LINE UP

-Magnus Pelander
(chant+guitare+claviers+vibraphone)

-Tobias Anger
(basse)

-Rage Widerberg
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Josefin Bäck
(chœurs)

-The Quarry Brothers
(chœurs)

-Christoffer Wadenstein
(flûte+thérémine)

-Ellen Hemström
(violoncelle)

-Michael Linder
(orgue)

TRACKLIST

1) Malstroem
2) Theory Of Consequence
3) The Outcast
4) Nucleus
5) An Exorcism Of Doubts
6) The Obsessed
7) To Trancend Bitterness
8) Helpless
9) Breakdown

DISCOGRAPHIE

The Alchemist (2007)
Legend (2012)
Nucleus (2016)

Witchcraft - Nucleus



Bientôt quinze ans que Witchcraft fait tourner son metal psychédélique tendance doom, en modifiant subtilement le dosage d'une production à l'autre. La chronique pourrait s'arrêter là : instaurer un semblant de suspense sur une éventuelle réorientation artistique du collectif scandinave relèverait d'une manœuvre grossière en vue de capter artificiellement l'attention du lecteur, ce qui serait contraire à l'éthique la plus élémentaire – on n'est pas sur une chaîne télé d'informations en continu ou sur le site en ligne de la revue monopolistique du sport français. Pourtant, il serait dommage de passer sous silence la nouvelle œuvre d'un groupe qui espace de plus en plus ses sorties et dont les choix offre matière à réflexion.

Des changements, de fait, il s'en est produit. Oh rien de révolutionnaire ou de fondamental, non : le grand ordonnateur Magnus Pelander a simplement terminé le ménage en congédiant le dernier rescapé des enregistrements initiaux, à savoir le bassiste Ola Henriksson. Du précédent LP, Legend, il ne reste plus que Pelander lui-même, ce dernier ayant engagé une nouvelle section rythmique et se retrouve seul à la guitare. Et ça, c'est une première chez Witchcraft qui avait toujours opéré avec au moins deux gratteux en son sein. Il ne serait pas illogique alors d'imaginer un allègement de la masse sonore ainsi qu'une basse qui se dégourdirait les câbles en contre-chant. Point. La basse va gentiment rester à sa place, là-bas au fond, dans le coin mal éclairé où elle ne risque pas de gêner. Quant à la guitare, elle n'a jamais sonné aussi lourdement, grésillant juste à point sans se vautrer dans le gras, âpre comme la poudre. Pour le reste, hormis deux grosses pièces - "Nucleus" et "Breakdown" - d'un quart d'heure chacune au lieu de l'unique livraison habituelle, il n'y a pas grand chose de nouveau à signaler si ce n'est que cette fois, Witchcraft met davantage en avant sa facette doom metal, en digne héritier de Pentagram et du Black Sabbath version cérémonies occultes. Très bien. Question simple : qui pour apprécier ce nouvel avatar de metal rétro suédois ?
En effet, face à une volonté aussi manifeste de s'en tenir aux codes d'un style ultra-balisé, deux approches, deux publics se distinguent. Toi qui n'aimes rien tant que t'enivrer aux senteurs mêlées de poussière âcre et d'humus des chapelles abandonnées, toi qui tombes en transe à l'écoute des sermons hallucinés d'un prédicateur déviant à la voix d'or, toi qui te pâmes sur les rythmes épais d'inconfortables rituels, toi, le doomster invétéré qui goûtes le plaisir ineffable du plongeon corps et âme dans l'ambiance shamanique de lentes litanies, et bien toi, tu vas adorer Nucleus. Tu seras client. Crystal clear. Comment pourrais-tu résister à ces arpèges douloureux et beaux suggérant l'Outre-Monde, ces flûtes païennes tour à tour légères comme des nymphes et accablantes comme le Jugement Dernier, ces orgues, ces claviers et ce violoncelle qui colorent des paysages enfiévrés aux délicates nuances de gris ? À ce chant possédé qui t'invite à scruter les abysses de ton royaume personnel ? Et ces riffs, implacables, zébrant le ciel électrique qu'ils embrasent d'un feu froid, sculpteurs magistraux de montagnes rompues, comment ne pas y succomber ? Tes nouveaux psaumes auront pour nom "Malstroem", "The Outcast", "Nucleus". Et ils te mèneront à la transe.
Alors que toi, toi qui jouis des contrastes et de la vitesse, toujours sur le qui-vive, en recherche perpétuelle de surprises et d'affolements, toi qui guettes les ruptures et t'emballes à la moindre accélération, oh toi tu ne vas pas beaucoup aimer le cinquième album de Witchcraft. Car Nucleus est pesant et répétitif. Tu as beau raffoler de heavy metal, ces gars-là ont trop chargé la barque en plomb pour toi. La torpeur te gagnera et ce n'est pas la deuxième partie du recueil qui t'en extirpera, entre construction absconse ("An Exorcism Of Doubts") et baisse de tension qui relèguent les morceaux au rang d'honnêtes exercices de style ("The Obsessed", "To Trancend Bitterness"). Et ne compte pas sur la dernière piste pour ranimer ton tensiomètre : quinze minutes lancinantes qui tournent autour de deux riffs, le chanteur plaintif qui surjoue le prêcheur possédé dont on imagine les yeux qui se révulsent et les mains parcourues de spasmes programmés, tu ne pourras pas le supporter, c'est contraire à ton ADN. Les messes peuvent se révéler un moment de communion intense mais à condition d'avoir la foi, sinon elles deviennent vite ennuyeuses.


Vous ne comprenez pas l'intérêt de subir de son plein gré la même séquence pendant plusieurs minutes et les tempos engourdis vous accablent ? Même si la qualité des premières pistes de Nucleus est susceptible de vous faire changer d'avis, la suite moins inspirée ne fera que conforter vos a priori. Dotée d'un son parfait, d'arrangements subtils et de plusieurs compositions délicieusement hantées, la nouvelle réalisation de Witchcraft ravira en revanche l'amateur de doom metal aux atmosphères chargées, propices à l'immersion dans ces contrées périlleuses que l'on explore en soi-même.

Un commentaire ? Un avis ? C'est ici : http://leseternels.forumofficiel.fr/t795-witchcraft-nucleus-15-janvier-2016#


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