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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 20 février 2008
Sa note : 18/20

LINE UP

-Yann Ligner
(chant)

-Guillaume Bernard
(guitare)

-Mika Moreau
(guitare)

-Hughes Andriot
(basse)

-Laurent Thomas
(batterie)

-Matthieu Metzger
(saxophone+samples)

TRACKLIST

1)Candlelight
2)All Seeing Eye
3)Promises
4)Hidden Ways
5)Freezing
6)Empire of Shame
7)Choked
8)Last Breath
9)Not the End
10)Life Expectancy
11)Commonplace
12)Nightime

DISCOGRAPHIE


Klone - All Seeing Eye



De temps en temps on tombe sur un album qu'on ne connaît pas, d'un groupe dont on n'a jamais entendu parler, on met le cd dans le lecteur et... on reste bouche bée. Et après une demi-douzaine d'écoutes on part aux infos sur le Net, et là on découvre qu'en plus il s'agit d'un groupe français, et du coup c'est l'extase. Il y a un an votre serviteur avait vécu cette situation avec le fantastique Amoeba de Hacride, et aujourd'hui c'est All Seeing Eye de Klone qui joue le rôle béni de la poutrerie hexagonale inattendue. Yeah.

Hacride faisant à la base partie de l'association Klonosphère regroupant également Trepalium, GTI, Anthurus d'Archer et Mistaken Element la comparaison n'est pas totalement absurde... et prend tout son sens à l'écoute de l'organe de Yann Lignier. Ce dernier est en effet capable de pousser des hurlements sidérants de saturation qu'il tient fort longtemps, exactement comme Samuel Bourreau de Hacride. La différence, c'est que ledit Yann est peut également moduler son chant avec génie et que sa voix claire est d'une beauté peu commune. Alors que ses hurlements peuvent évoquer Phil Anselmo son chant mélodique se place pour sa part dans la lignée d'un Eddie Vedder ou d'un Corey Taylor, ce qui colle des frissons à l'écoute. Ce spectre vocal lui permet de brouiller les pistes, à l'image de son groupe qui multiplie les approches pour un résultat envoûtant car Klone excelle autant dans l'agression que dans le groove ou la beauté contemplative.

Il ne s'agit pas de postcore, il ne s'agit pas de death ambiant, il s'agit de Klone. D'une musique qui peut ça et là rappeler d'autres contrées (Tool vient en tête parfois) mais qui au final ne pourrait être jouée par aucun autre groupe. On y trouve de la pop pure à base d'arpèges et de claviers suaves qui pourrait être un single de groupe US si la finesse et la recherche sonore n'étaient pas omniprésentes ("Freezing"). On y trouve des éléments de jazz / swing mariés à du thrashcore avec un saxophone déglingué ("All Seeing Eye") sans que cela ne choque le moins du monde... il faut dire que l'apport de Matthieu Metzger est en ce sens capital : il habille ça et là les riffs de textures subtiles, ajoutant un instrument improbable (le xylophone de "Not The End" !) par ci, une nappe de clavier par là, et créant de fait un son unique. Il faut entendre l'outro fascinante et minimaliste de "Hidden Ways" pour comprendre...

Les fans de post-rock se régaleront donc tant Klone sait créer des ambiances qui capturent l'auditeur qui se retrouve dans la position du papillon face à l'ampoule incandescente : complètement hypnotisé. Et pourtant tout ça est loin d'être une promenade sur la plage : "Choked" balance du blast-beat, du riff vicieux et un chant démoniaque à tire-l'arigot ! Le riff d'ouverture de "Nightime" confine au death technique, et certaines développements de ce mastodonte de neuf minutes font presque peur tant la voix de Yann Lignier est schizophrène et peut renforcer les ambiances les plus glauques. Ce titre de clôture est d'ailleurs un véritable chef-d'œuvre : torturé au possible, enchaînant les plans sans jamais perdre sa cohérence, il permet de passer par toutes les émotions possibles. On reste époustouflé par la manière dont le groupe passe du noir au lumineux, de la torture à la caresse...


À ce stade, ça s'appelle de la virtuosité émotionnelle. All Seeing Eye est un album qui vous saisit et vous emmène au loin, qui vous secoue... et qui laisse une fois fini l'impression d'avoir vécu une expérience humaine. Énorme baffe de ce début d'année, cet album de Klone est un de ces disques qui rassurent sur la capacité qu'a la musique à se renouveler encore et toujours. C'est beau...


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