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CHRONIQUE PAR ...

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Lotus
Cette chronique a été mise en ligne le 17 janvier 2016
Sa note : 19/20

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TRACKLIST

1) Yekteniya 1
2) Yekteniya 2
3) Yekteniya 3
4) Yekteniya 4
5) Yekteniya 5
6) Yekteniya 6
7) Yekteniya 7
8) Yekteniya 8

DISCOGRAPHIE

Litourgyia (2015)

Batushka - Litourgyia
(2015) - black metal doom metal Messe byzantine - Label : Witching Hour Productions



Et si chaque église byzantine dissimulait une pièce secrète ? Plus lumineuse, plus immatérielle, plus grande ? D’une lumière telle qu’elle détruirait, au lieu de provoquer l’émoi ? D’une intensité telle que les hommes seraient prêt à s’entretuer pour apercevoir ne serait-ce qu’une infime partie d’un rayon, l’espace d’un instant ? L’espace en lui-même et les répercutions que celui-ci aurait sur l’Homme lambda est décrit à la perfection par Batushka. Inconnus au bataillon…

…Ou presque ! En effet, une part d’histoire se doit d’être présente dans ce cas. L’origine des Polonais est floue… Aucun noms, rien, nada. Tout ce que l’on sait, c’est qu’ils prennent le statut de « Supergroupe », c’est à dire, un rassemblement de membres provenant de plusieurs groupes, et d’après les rumeurs, les groupes seraient bien connus du public. La parenthèse du mystère sur le groupe étant close… Place à la messe. La vraie de vraie. Celle qui se passerait à St-Sophie si l’empereur Justinien cherchait à annihiler les fidèles. Et ça dit quoi ? Enfin, ça donne quoi plutôt ? Du black, certes, mais pas n’importe lequel. Si les tremolos sont présents, les blasts furieux également, nous sommes néanmoins en terrain déstabilisé. Et c’est le mot, les ambiances tiennent définitivement de la transcendance. Les riffs sont d’une qualité différente de la notre, indescriptibles, ils gravent à l’eau forte, peignent le canevas d’or fin et l’enfouissent sous une tonne de poussière. Aucune émotion ne ressort de ce Litourgiya, ni tristesse, ni désespoir, ni bonheur, ni quoi que ce soit… L’immatérialité musicale, la lumière réfléchie sur de grandes coupoles hémisphériques recouvertes de mosaïque de nacre dorée à l’or. Le soleil mange la masse, détruit l’iris et baigne ce qui reste de l’humain dans la lave.
Parce que oui, c’est ça Litourgiya. C’est la sainteté, l’orthodoxe, le tout-puissant. Rien à voir avec la bande à Hunter-Hunt-Hendrix, qu’on se le dise. Ici on parle de chrétienté, de Byzance messieurs, BYZANCE ! Les lumières, l’intelligence et les Christ Pantocrator dans des semi-coupoles qui dévisagent d’un air strict les mécréants que nous sommes. Ce qui en résulte ? Tout d’abord, des riffs teintés en conséquence. Ceux-ci délivrent la lumière jaune, chaude et fondue après que celle-ci soit passée à travers milles couches de poussières en suspension. Les guitares sont graves et sévères dans les moments les plus lents mais, deviennent dévastatrices une fois la tempête présente. Ensuite, le chant. Oscillant entre chant liturgique slave et cri black d’une puissance inouïe. Oui, du chant liturgique, et quel bonheur ! Les voix graves et glorieuses transportent la musique de Batushka à un niveau de luminosité et de toute puissance rarement atteint dans la sphère métallique. L’élément unique est là. Et le chef-d’œuvre en est le résultat. Ces riffs riches sont appuyés d’une batterie toujours juste, incisive et disposant d’une autorité remarquable. Les mids-tempos sont massifs et les parties blastées coupent le souffle par leur vitesse.

Litourgyia c’est aussi, au sens formel de la musique, un grand labyrinthe où les riffs répétitifs s’enchainent sans retenue pour perdre l’auditeur dans l’immatérialité de la lumière, de la puissance et de l’appellation des titres par la même occasion. La technique relève du génie, les riffs se ressemblent, chacun son détail qui le rend unique, qui lui permet de développer un décor et une ambiance différente. Dans cette masse riffesque, les murs sont hauts, frôlent le ciel et le soleil tape fort. On perd ses repères: « Ai-je déjà entendu ce riff ? Eh ça me dit quelque chose ça ? Au tout début non ? » Pour finir avec : « Putain j’suis où là ? » L’auditeur est manipulé, malaxé et étudié par un être supérieur, une personne qui regarde la structure complexe de là-haut, une personne qui connait chacun de nos faits et gestes et chacune de nos réactions. Et quand nous pensons être en terrain connu, quand nous parvenons à nous accrocher à un riff, pensant niaisement que celui-ci persistera… Il éclate, tourne et virevolte, le ciel s’assombrit et le choc s’opère. Que c’est beau, que c’est fort bon sang. A l’image de l’artwork d’ailleurs qui mérite son petit commentaire. Rappelant Advaitic Songs de Om, en moins cheap, plus authentique et disposant d’écritures comme peintes sur les parois d’une cathédrale. Batushka ne laisse rien au hasard. Rien.


Que dire ? La maîtrise. Voilà tout. Un thème, un visuel, un concept et des musiciens hors-pairs. Nous sommes en présence d’un grand album, compagnons. Litourgyia, c’est cet aveugle qui s’agenouille, sur la plus haute dune, sous le regard sévère du soleil, forcé de revoir en boucle, les dix plaies d’Égypte.


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