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CHRONIQUE PAR ...

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Lotus
Cette chronique a été mise en ligne le 06 décembre 2015
Sa note : 17/20

LINE UP

-Thomas
(chant)

-J.J.S. 
(guitare)

-A.M.
(guitare)

-A.B.
(basse)

-R.R.
(batterie)

TRACKLIST

1) L'Exil
2) A Sheep Among The Wolves
3) Embrace The Flames
4) They Came...
5) ...To Take Us
6) Thou Shall Lie Down
7) The Incandescent March


DISCOGRAPHIE





C’en est assez, les Dieux nous rejettent. Notre comportement n’est plus admissible, malgré les multiples avertissements du premier album, l’humain continue son office. L’exil forcé est en marche et illustré tout au long du second Évangile des français de Regarde Les Hommes Tomber. Et croyez-moi, les entités divines sont fâchées… Très fâchées.

C’est dans un climat dramatique que la marche s’ouvre sur fond de trémolos rampants et de notes emplies d’une grande tristesse. Les visages s’endurcissent et la misère s’empare de chacun, tandis que le village se presse… L’agitation est maximale, mais le silence l’est également, tout se passe comme si c’était prévu. Le ciel rougit, s’alourdit et se densifie, la tour centrale se perd au sein des nuages opaques, entourée d’éclairs d’un jaune malade qui transpercent et déchiquettent ce qui sert à présent de plafond pour nous tous. Ce qui se prépare n’est pas prêt d’être oublié. En effet, RLHT ont fait fort et ne nous ont pas pris pour des idiots. Leur art s’est affiné, les paysages réalistes du premier essai tournent à l’hyperréalisme qui rendraient jaloux Chuck Close. Une véritable implication personnelle a dû être nécessaire pour expectorer une telle œuvre. La haine transmisse, la tristesse et les regrets semblent si réels… La recette n’a pourtant pas changée. Les français affectionnent toujours un post-hardcore à tendance black souillé de sludge, ce qui a pour résultat de nous proposer des ambiances de qualité, précises et finement ciselées.
Les riffs brûlent… Et ce mot n’a jamais été aussi bien utilisé. Ils semblent forgés au cœur de la plus profonde brèche, hurlant des mélodies ésotériques et explicites (pour ne pas dire simples). Ces riffs, si je puis toujours les appeler ainsi, sont toujours entrecoupés de ces passages saccadés (que je ne nommerais pas breakdowns, même s'ils le sont théoriquement, ça serait une insulte pour le groupe) synonymes d’un paroxysme de violence, d’une tempête vive ou d’un moment de pure destruction. On ne peut s’empêcher de qualifier certaines de ces mélodies de contemplatives d’ailleurs, ces moments lents et plaintifs, où la seule vision qui vent à l’esprit est celle de cet enfant qui tient la main de sa mère en panique, admirant le ciel, la peine dans l’œil et le cœur lourd. Ces mélodies (ô puissantes répétions), sont définitivement trouvées avec une justesse qui nous laisse bouche bée, écoutez donc "They came…" et sa suite "… To Take Us" si vous voulez un exemple plus que concret. Le cœur est directement atteint et l’on peut aisément dire que l’on sait ce que peut faire ressentir un tel périple.
Si le début chargé de puissance de "Thou Shall Lie Down" nous le prouve parfaitement, je tiens tout de même à préciser que RLHT a conservé son identité si précieuse et sa capacité à nous gorger d’une haine divine, venue de par delà les cieux, qui ne peut s’expliquer que par le ressenti personnel. Et c’est tant mieux, on retrouve ici un groupe mûri qui nous offre un album sans réels moments faibles. La tension est constante et ne fais qu’augmenter sans jamais redescendre. Concernant la production, car il serait injuste de ne pas en parler, elle est idéale, tout simplement. Les guitares ressortent parfaitement, sans faire d’ombre à cette batterie au groove intéressant qui sonne d’ailleurs très naturel, ce qui fait extrêmement plaisir à l’heure actuelle ; le chant quant à lui perce cette couche sonore avec une précision qui ne fait qu’amplifier sa puissance. Chant d’ailleurs de qualité remarquable, expressif à souhait, écoutez donc la plainte horrible de la deuxième piste: « MY FATHER ! MY LORD ! » Bon sang les frissons ! Le chanteur hurle au ciel littéralement. C’est sur une piste magistrale, résumé de cet exil, que se ferme ce drame. D’une intensité rare, je vous laisse voir par vous-même, j’en reste encore sans voix.


C’est une réussite, complète. Le cahier des charges est respecté de A à Z, on y trouve ce qu’on veut, ce qu’on aime et ce qu’on pensait indéfinissable. Regarde Les Hommes Tomber viennent de nous prouver une fois de plus leur talent et leur capacité à tout détruire en finesse. Un cadre spatio-temporel formé de poussière et de feu, des mélodies efficaces et précises, un vocaliste ardent et une ambiance digne d’une représentation cinématographique grand public de l’Apocalypse. Que demande le peuple ? L’Exile.


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