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CHRONIQUE PAR ...

77
Sven
Cette chronique a été mise en ligne le 15 octobre 2015
Sa note : 17/20

LINE UP

-Dani Filth
(chant)

-Lindsay Schoolcraft
(chant+claviers)

-Richard Shaw
(guitare)

-Marek "Ashok" Smerda
(guitare)

-Daniel Firth
(basse)

-Martin "Marthus" Skaroupa
(batterie)

TRACKLIST

1) Walpurgis Eve
2) Yours Immortally
3) Enshrined In Crematoria
4) Deflowering The Maidenhead, Displeasuring The Goddess
5) Blackest Magick In Practice
6) The Monstrous Sabbat (Summoning The Coven)
7) Hammer Of The Witches
8) Right Wing Of The Garden Triptych
9) The Vampyre At My Side
10) Onward Christian Soldiers
11) Blooding The Hounds Of Hell

DISCOGRAPHIE


Cradle Of Filth - Hammer Of The Witches



Il est des groupes dont on en vient à redouter le prochain disque. Parce qu’ils nous ont déçus malgré de nombreuses années au firmament. Ou parce qu’ils font du sur-place laborieux et dangereux. Ou parce qu’ils ratent leur métamorphose. Ou simplement parce qu’ils n’y arrivent pas et n’y arriveront probablement plus. C’est malheureusement le cas des anglais de Cradle Of Filth à l’heure où débarque ce nouvel album après près de vingt-cinq ans et une longue carrière dont on sent approcher la fin.

Ou du moins, c’est ce qu’on pouvait craindre. Mais ça c’était avant. Avant la (bonne ?) nouvelle du départ du guitariste Paul Allender, pourtant acolyte de ce bon vieux Dani Filth depuis les débuts, et absent uniquement entre 1994 et 1998 (pour beaucoup, l’âge d’or de la formation). Avant son remplacement par deux inconnus. Avant le renouvellement quasi-intégral du groupe, en fait. Puisqu’à l’exception du leader et de son batteur, Cradle Of Filth se présente en 2015 avec un line-up inédit. Les dénommés Ashok et Richard Shaw en guise de guitaristes, la canadienne Lindsay Schoolcraft au poste de vocaliste, s’occupant également des claviers en live, et le bassiste Daniel Firth, musicien de session sur l’album précédent. Des inconnus donc, mais la volonté annoncée et revendiquée d’impliquer tout le monde dans le processus créatif. Une nouveauté supplémentaire, là où les précédents étaient l’œuvre quasi-exclusive de Dani Filth et de Paul Allender, qui ne s’en sont jamais cachés d’ailleurs.
Et c’est là que ça devient intéressant. Car le fan de Cradle en avait marre des morceaux à rallonge, des gimmicks usés jusqu’à la corde, des expérimentations foireuses, et commençait à trouver franchement le temps long, bien refroidi par les derniers disques décevants. Et il se remet à espérer devant ces annonces qui changent un peu du traditionnel « ce sera notre album le plus heavy, mixant les racines du groupe et un feeling plus moderne, blablabla » dont nous abreuvent toutes les formations du monde à l’approche d’une nouvelle sortie. Alors, bien sûr, Cradle Of Filth n’y échappe pas en nous promettant un mélange entre « la grandiloquence des triomphes des années 90 » (sic) et les « textures rugueuses et noueuses des chefs d’œuvre Godspeed On The Devil’s Thunder et Darkly Darkly Venus Aversa » (sic bis lol). Mais qu’en est-il exactement ?
Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est presque vrai ! Après la sempiternelle introduction symphonique qui nous met dans l’ambiance sombre et mystérieuse d’une messe noire, on est percuté de plein fouet par "Yours Immortally". Départ survitaminé, riffs puissants, hurlement rageur et parfaitement maîtrisé, on se met à espérer. Ne serait-ce pas leur titre le plus accrocheur depuis longtemps ? Twin leads comme à la belle époque, claviers gracieux et inspirés, petites ritournelles venant accompagner les guitares, rythmique implacable, chœurs féminins venant répondre à un Dani en excellente forme qui semble avoir retrouvé la voix et le coffre de ses premiers méfaits, les soli achevant de nous mettre à terre. Et le plus dingue dans tout ça, c’est qu’on ne s’est pas ennuyé un instant. Et ça enchaîne, avec des morceaux d’une homogénéité et d’une qualité rarement entendues après Nymphetamine.
L’énergie est le maître mot. Finis les mid-tempos mollassons à rallonge, avec des mélodies répétées jusqu’à l’écœurement. Il semble que Martin Skaroupka ait décidé de se mettre en avant. Le bougre cartonne ses fûts tout du long, sans baisser de régime. Et ça se ressent sur tout le reste. Le tchèque se charge également des orchestrations, qui n’ont pas été aussi judicieuses et bien utilisées depuis fort longtemps. Et même quand le tempo se calme un peu, la lassitude ne montre pas pour autant le bout de son nez, tant les compositions sont intéressantes. Et tant elles sont bonnes, même, n’ayons pas peur des mots. Des pièces comme "Deflowering The Maidenhead, Displeasuring The Goddess", "Blackest Magick in Practice", ou encore "Right Wing of the Garden Triptych" comptent parmi ce que les enfants maudits du black symphonique ont offert de mieux depuis… Tant que ça ? Et oui !
Et en y réfléchissant bien, on trouve même de quoi abonder dans le sens des annonces racoleuses de la section marketing ! Et oui, "Blackest Magick In Practice" nous ramène quasiment à Midian, avec ses mélodies grandiloquentes, ses chuchotements, ses claviers et ses chœurs. Les notes du pont central de "Right Wing…" semblent sorties de Cruelty And The Beast, quand son architecture ramène aux titres plus alambiqués des derniers albums, sans jamais être aussi lourdingue. Et les riffs de "Onward Christian Soldier" sembleront étrangement familiers aux fans, sans tomber dans l’auto-parodie. Les sonorités et l’ambiance générale font effectivement penser au trio magique Dusk... And Her Embrace - Cruelty And The Beast - Midian. Le tout avec une hargne que l’on pensait disparue pour toujours dans les méandres de la complexité inutile. Une production puissante qui laisse entendre tous les instruments, sans être étourdissante. Et l’auditeur de se surprendre à relancer l’écoute dès les dernières notes de l’instrumental final, ravi de ce qu’il vient d’entendre, et impatient d’y retourner.


Mais c’est qu’ils l’ont fait, les bougres ! Forts d’un line-up renouvelé aux deux tiers et d’une fougue dont on ne les aurait plus jamais cru capables, là où tous pensaient Dani Filth et ses sbires morts et enterrés, le Berceau de l’Immondice livre un album extrêmement solide et terriblement accrocheur. Qui n’est rien d’autre que leur meilleur depuis plus de dix ans. Une excellente surprise pour les fans inquiets. Et un nouveau départ ? On ne peut que l'espérer.


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