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CHRONIQUE PAR ...

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Dupinguez
Cette chronique a été mise en ligne le 23 septembre 2015
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Bruce Dickinson
(chant)

-Dave Murray
(guitare)

-Adrian Smith
(guitare)

-Janick Gers
(guitare)

-Steve Harris
(basse)

-Nicko McBrain
(batterie)

TRACKLIST

Disque 1: 
1) If Eternity Should Fail
2)
Speed of Light
3) The Great Unknown
4) The Red and the Black
5)
When the River Runs Deep
6) The Book of Souls


Disque 2 :
1) Death or Glory
2)
Shadows of the Valley
3)
Tears of a Clown
4)
The Man of Sorrows
5) Empire of the Clouds


DISCOGRAPHIE


Iron Maiden - The Book of Souls
(2015) - heavy metal - Label : Parlophone



Peut-on tout pardonner à un groupe ? Est-ce que l’amour qu’on lui porte, comme pour un être de chair et de sang, nous aveugle à ses défauts, ses imperfections, au point que ceux-ci deviennent des qualités, que tout devienne beau ? Iron Maiden est de ces entités qui questionnent notre rapport à la musique. On sait déjà que l’objectivité en la matière est dans une certaine mesure impossible, mais toute forme d’impartialité, dès lors que l’on aime trop passionnément, est-elle encore accessible?

Car l’attente fut longue et mouvementée. Cinq ans, deux tournées et surtout un cancer… C’est long, ça remue et tout à coup, c’est le spectre de la mort qui se profile à l’horizon. On se dit que ce n’est pas possible, pas à eux, pas à lui. On donnerait n’importe quoi pour en profiter encore une fois, peut-être la dernière, quel qu’en soit le prix. Cette opportunité, la voilà : The Book of Souls. On aurait donc intérêt à ne pas la manquer, n’est-ce pas? Ainsi, quand démarre "If Eternity Should Fail", en charge d’ouvrir ce double album, la partie est presque déjà gagnée. Reste à porter le coup de grâce. Et pour ce faire, quoi de plus efficace que de prendre l’auditeur par surprise? Des nappes de synthé inquiétantes, un Bruce Dickinson envoûtant, revenu de l’au-delà pour nous transporter au sein d’une tribu Maya aux rituels inconnus. Eddie nous regarde droit dans les yeux. La libération arrive enfin : mélodie en twin-leads, cavalcades rythmiques traditionnelles… C’est le coup de grâce. Nous voilà très haut, tout là-haut, avec notre groupe préféré, pour une chevauchée qui promet d’être longue et belle.
Promesse qui sera tenue tout le long du premier disque. Maiden est inspiré, se fait plaisir et tente des choses. Jouer un titre destiné à un album solo de Dickinson par exemple. Riche idée car "If Eternity Should Fail" - toujours lui - se pose d’entrée de jeu comme un des meilleurs titres de l’album. On y retrouve un côté immédiat, évident, une énergie que l’on pensait perdue. Même constat pour "Speed of Light", break d’intro, riff accrocheur, et c’est parti. Pas de fioritures ni d’enrobage inutile, c’est du classique, mais du classique bien fait : des guitares inspirées, un lead bien senti d’Adrian Smith pour accompagner un chant qui rappelle l’époque Fear of the Dark, des solos réussis… C’est certes dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures, mais quand on a les bons pots, autant s’en servir. Certes, ce bon vieux Bruce est parfois à la limite lorsqu’il pousse dans les aigus, mais on pardonne…. parce que, c’est comme ça. Dans l’ordre, on retrouve ensuite "The Great Unknown", mid-tempo heavy avec son accélération centrale de bon aloi, "The Red and the Black", l’obligatoire titre fleuve signé Harris et son festival de guitares, "When the River Runs Deep" et ses changements de rythme rafraîchissants, pour conclure sur un "The Book of Souls" pachydermique.
Chacun de ces titres mériterait un paragraphe, mais ne nous gâchons pas le plaisir de l’écoute, car un constat s’impose de toute façon : tout ceci est diablement excitant. Au moment d’attaquer la deuxième partie, on se dit alors qu’il ne peut plus rien nous arriver, que Maiden a signé là son meilleur album depuis Seventh Son, que c’est de toute façon le meilleur groupe de la galaxie, « Up the Irons », tout ça. Sommes-nous aveuglés à ce point-là ? Heureusement non, car c’est précisément à ce moment-là qu’une baisse de régime va nous remettre le pieds sur terre. La Vierge de Fer se fait tout à coup moins tranchante, moins pertinente, juste ce qu’il faut pour que tout à coup les défauts qui avaient disparus deviennent à nouveau gênants. Une petite traversée du désert qui va durer quatre titres, pas nécessairement mauvais, mais tout simplement pas assez bons par rapport à ce qui vient de se passer. Heureusement, histoire de se quitter bons amis, ce double album se termine comme il a commencé : sur une pépite signée Dickinson ; l’épopée "Empire of the Clouds" demandera certes d’être apprivoisée, mais malgré quelques maladresses, rarement dix-huit minutes n’auront défilé si rapidement, tant l’histoire racontée parait défiler devant nos yeux au travers des notes.


Ce passage à vide du second disque aura donc eu le mérite de prouver que tout le reste est bel et bien du grand Iron Maiden et pas seulement le fruit d’un aveuglement du fan amoureux qui aurait été conquit de toute façon, peu importe le contenu. Ceux qui sont hermétiques au groupe le resteront, ceux qui ont quitté le navire en cours de route n’y remonteront probablement pas. Les autres, dont la relation avec le groupe est allée jusque-là, se réjouiront d’avoir entendu un nouvel album de cette trempe encore une fois. En espérant que ce ne soit pas la dernière fois...



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