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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 14 mars 2016
Sa note : 14.5/20

LINE UP

-Sasha
(chant)

-Bogdan
(guitare)

-Mikola
(guitare)

-Taras
(basse)

-Mikola
(batterie)

TRACKLIST

1) At The Break Of The Day
2) Evil Is Coming
3) Eastern Winds
4) Sin
5) Icon
6) Farewell
7) Your God Is Silent
8) Be A Man
9) Blind

DISCOGRAPHIE


Azgard - At The Break Of The Day
(2015) - death metal Deathcore progressif - Label : Suns Of The Scorpion Records



Si vous en avez marre d’entendre parler de l’Ukraine aux informations, venez lire cette chronique, on abordera ce pays d’une autre façon, en termes un peu plus élogieux et « mélodieux ». Oui, les guillemets sont nécessaires tout de même car le deathcore pratiqué par les ressortissants de Ternopil ne ferait pas totalement tâche dans le contexte sonore et géopolitique actuel.

Malgré cette première offrande sortie le 28 mai 2015, n’allez pas croire que la formation sort du berceau. Elle s’est constituée en 2009 et sort un premier EP deux ans plus tard, intitulé bizarrement Bogdanchyk's Porridge. Passés relativement inaperçus, cela va sans dire, ils reviennent cette fois-ci avec une auto-production plus aboutie sous forme d’album. Après seulement neuf mois d’enregistrement, ils signent sur le label Suns Of The Scorpion (Becoming Akh) le mois suivant pour la distribution de leur galette. Celle-ci est certes assez courte, puisque garnie seulement de neuf chansons pour un peu plus de trente minutes. Néanmoins, elle vaut un petit détour, dans des terres hostiles à tout apaisement. Ne serait-ce que pour découvrir la scène ukrainienne qui est en plein développement actuellement. On citera notamment le groupe de prog/djent Arphael, celui de metalcore/deathcore Make Me Famous, mais si l’on veut se rapprocher du style pratiqué par Azgard, c’est plutôt du côté de The Light, Davy Jones ou Days Of Our Life qu’il faut se tourner. Et oui, la guerre n’a pas réussi à tout détruire pour le moment, et l’underground sait rester actif en toute circonstance.
Azgard officie précisément dans un registre appartenant au deathcore progressif, avec quelques influences djenty (très peu) et technique (un peu plus). Oui, encore un énième groupe de deathcore, je le concède, mais qui a le mérite de ne pas se fondre totalement dans la masse. Il est bien écrit « totalement » car nous retrouvons sans surprise les fondamentaux du genre tels que des blast beats de temps à autre, un son massif et puissant, l’utilisation de growls, de pig squeals et plus rarement de grunts. La distinction du deathcore de chez Azgard se situe au niveau des harmoniques à la croisée entre ceux de Threat Signal et Vildhjarta ("Evil Is Coming", "Eastern Winds"), le tapping emprunté à Psycroptic et Gojira (At The Break Of The Day", "Be A Man") ou même la présence d’un clavier à la Make Them Suffer ("Sin"). Au-delà de ces influences notoires c’est le groupe de deathcore All Shall Perish qui resurgit, de par son côté mélodique ("Icon"). Mais l’apogée de ce disque reste sans contestation possible cet "Eastern Winds" et ses riffs percutants et addictifs. L’exemple le plus marquant en est le passage à 1’12 et ses notes aériennes accompagnant le lourd breakdown.
Concernant le nom du groupe, celui-ci n'a rien à voir avec la mythologie scandinave et un potentiel lien lyrique avec Amon Amarth. Il remonte plutôt aux origines du collectif qui l'a gardé, en souvenir du bon (vieux ?) temps mais aussi parce que cela sonnait « fort et puissant, tout comme [leur] musique ». En effet, les sujets abordés - en ukrainien - traitent clairement de la réalité actuelle, et n'ont rien de superficiels. Dans At The Break Of The Day, on est confronté aux problèmes sociaux d'aujourd'hui et les tragédies telles que Azgard les voit, c'est-à-dire les problèmes de drogues et d'alcool à l'échelle nationale ("Be A Man"), la violence familiale ("Icon"), mais évidemment et surtout, les conflits armés dans l'est de l'Ukraine ("At The Break Of The Day", "Evil Is Coming", "Your God Is Silent"). Même si cela n'est pas ouvertement dit. Malheureusement, il est évident que l'on peut transposer ce thème à l'échelle planétaire. La formation a non seulement le mérite de trouver les ressources mentales pour réaliser cet enregistrement, mais en outre, l'a mis à disposition des internautes sur son Bandcamp en prix libre. Bravo à eux pour cette preuve d'humilité.


Le sentiment qui prévaut à la fin d’At The Break Of The Day est celui d’un manque de rythme tout au long de l’album. Malgré le fait que les chansons ne se ressemblent pas forcément, on a du mal à en tirer réellement quelque chose, si ce n’est "Eastern Winds" qui tire amplement son épingle du jeu. Toutefois la qualité de production est remarquable, de surcroît quand on connait le contexte dans lequel évolue ces jeunes ukrainiens. L’album se retrouve donc piégé entre le label « remarquable » et « banal ». En attendant de franchir le cap, suivez leur recommandation : « écoutez votre maman, mangez de la verdure et surtout, le plus important, ne mélangez pas bière et vodka ! ».


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