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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 13 septembre 2015
Sa note : 14/20

LINE UP

- Phil Elverum
(chant+guitare+tout)

-Geneviève Castrée
(chant)

-Allyson Foster
(chant)

-Ashley Eriksson
(chant)
 
-Paul Benson
(chant)

-Evin Opp
(flute)


TRACKLIST

1) Sauna
2) Turmoil
3) Dragon
4) Emptiness
5) (Something)
6) Boat
7) Planets
8) Pumpkins
9) Spring
10) Books
11) This
12) Youth

DISCOGRAPHIE

Wind's Poem (2009)
Sauna (2015)

Mount Eerie - Sauna
(2015) - folk ambient minimaliste - Label : P.W. Elverum & Sun, Ltd.



Je.

Si
len
ce.

Parle trop.
Pense trop.

Trop.


1. Repas. Soirée. Sortie. Dehors. Ensemble. Comme toujours, les gens discutent - de toutes sortes de choses : le travail (rien à dire), les gens (rien à dire), la météo (rien à dire), le reste (rien à dire). Les gens parlent - moi également, moi plus que d'autres puisque je pense avoir de l'esprit, ce qui n'est pas entièrement faux, mais loin d'impliquer ce que j'imagine - les gens parlent, alors, et rien n'ai à dire. Pourtant, il serait possible de dire, véritablement, quelque chose. De parler vraiment : eux (à dire), moi (à dire), toi (à dire), nous (à dire - beaucoup à dire). Je parle trop alors que rien n'est à dire, et ne prononce jamais les paroles que j'aimerais entendre sur les sujets pour lesquels je devrais parler et dire. Prenez n'importe quels sujets - sauf les bons - et soyez certains d'une chose : je vais raconter n'importe quoi, sans réfléchir.
2. Sauna est un mauvais disque. Particulièrement décevant au regard de ce qu'était Wind's Poem. Mais il est vieux, Wind's Poem. Entre deux, Clear Moon et Ocean Roar. Donc Wind's Poem est vieux, déjà, et Sauna est mauvais - déjà ! Piste ambiante et vide d'une dizaine de minutes en entame. Allons donc. Nager dans le vide. Beaucoup de vapeur dans un sauna. Dans certains saunas. Dans celui-ci, beaucoup de vapeur, beaucoup trop. Le reste - une plongée dans l'insignifiant. De petites pièces, sans queue ni tête. Un bout de mélodie par ici ; un autre par là. Une absence totale de liant entre ces petits bouts de mélodies. Des sons que l'on connait bien chez le groupe, encore et pour toujours au stade de la conception : bidules, voix féminines, ancien, guitare pouic-pouic, plages de rien, zones de vides, chant à-peu-près... Ah ! Quelque chose ! (...) (...) (...) Ah non. Rien. Pardon, et désolé pour le dérangement.
3. Je m’assoie sur mon lit, puisque je ne trouve pas le fauteuil qui me convient. J'ai écumé les magasins : je ne trouve pas le fauteuil qui me convient. Ils ne me conviennent pas : trop carrés, trop ronds - pourtant je dis : je veux un fauteuil qui me convient ! Mais non : trop moches, trop ne-me-conviennent-pas. Je suis assis sur mon lit. Ce n'est pas vraiment un lit, d'ailleurs. Je me dis : je vais méditer - me concentrer - ne penser à rien. J'imagine que c'est impossible et j'ai bien raison. Ma façon d'avoir de l'esprit s'exprime notamment par ce biais : impossible de faire le vide, difficile de lutter pour faire le vide. Quand je ne parle pas, le bidule dans ma tête le fait pour moi : blah blah blah et blah. Si vous me voyez assis sur mon lit, à moitié nu, étrange, soyez certains d'une chose : je vais raconter n'importe quoi, sans réfléchir.
4. On parle beaucoup. Je parle beaucoup. Sauna n'est pas si mauvais que ça. D'accord : j'aurais été moins surpris, à la sortie de cette chose, de me faire percuter par une voiture lors de l'un de mes trajets à vélo. Parfois, je me dis : j'aimerais bien me faire percuter par une voiture maintenant. Alors j'utilise beaucoup mon vélo et peut-être qu'un jour, quelqu'un me percutera. En attendant, je roule toujours, et j'écoute Sauna. Les petits bouts, vraiment, tout petits bouts de ficelles, sans substances, sans grand chose, ont du rouler, soufflés par un courant d'air, dans ma tête, quand j'ai tenté de faire le vide. Sauna porte bien son nom. Cabane. Bois. Forêt. Vapeur. Ne penser à rien. Beaucoup de bruits pour rien, dehors. Sauna est différent. Il se transforme. J'avais raconté n'importe quoi.
5. J'avais parlé, trop, pas souvent heureusement, et mal, de Sauna. Je le pensais mauvais. Je n'en parlerai plus ; punition ! Mais c'est vieux, déjà. Aujourd'hui, je pense que l'entrée hors du temps qu'est "Sauna" est bonne. Que l'étrange tempête que-voulez-vous-faire-en-à-peine-deux-minutes-mince-tous-les-morceaux-font-deux-minutes de "Boat" est magnifique. Que "Planets" raconte quelque chose de sa mélodie minimaliste qui amorce un morceau qui ne vient pourtant jamais. Que "This" pourrait, un mauvais jour, me transporter dans une cabane dans la forêt, le temps de retrouver ma force. Que "Turmoil" est âpre-doux et que ça lui va bien. Que "Emptiness" me prouve qu'il n'est nul besoin d'être parfait pour être intéressant, captivant. Aujourd'hui, je pense quelque chose de Sauna. Je pense que j'avais pensé et parlé trop vite, bêtement. Je pense que dans le futur, je penserai que je pensais à l'époque - aujourd'hui - un peu mieux qu'encore avant - hier. Je pense aujourd'hui que Sauna se découvre dans la durée, bout de ficelle par bout de ficelle, et dans le calme. Je pense qu'il est bon de se tromper dans ce sens là. Que ça vaut le coup de prendre le temps.


Sil
ence.

S'imprégner des choses.
Écouter activement plutôt que parler.

Être lent plutôt que rapide - et admettre se tromper.

Souvent.


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