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CHRONIQUE PAR ...

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Lotus
Cette chronique a été mise en ligne le 24 août 2015
Sa note : 19/20

LINE UP

-B.
(chant)

-M.
(guitare)

-D.
(basse)

-H.
(batterie)

TRACKLIST

1) At Night
2) The Industry Of Distance
3) -
4) A Subtle Change
5) Washerwoman
6) In A Yard Somewhere
7) To Fall Down
8) The Most Modern Staircase

DISCOGRAPHIE

All Fours (2015)

Bosse-de-Nage - All Fours
(2015) - black metal post-black imprévisible dramatique - Label : Profund Lore Records



Bosse-de-Nage est un groupe que personne ne devrait découvrir. Un groupe qui a enchainé les albums en gueulant et qu’on est pourtant parvenu à faire taire pendant toutes ces années… Un genre de censure moderne en fin de compte, mais pour le bien du fragile être humain.

C’est au sein d’un monde réellement onirique que nous naviguons, à bord d’une voiture déguisée en vaisseau défilant à toute vitesse dans les rues de San Francisco. Le soleil dans le visage, l’eau immobile comme un miroir et le bruit environnant éteint, un sentiment de tristesse sincère dans les tripes et la larme à l’oeil avec pour seul amie une ville déserte. Et un air saturé par un album joué à la radio… Bosse-de-Nage n’a jamais été réellement heureux, mais ils connaissent le bonheur. Qu’advient-il de notre notion du bonheur dans ce cas ? Quelle forme prendrait le bonheur d’un être ignorant et dépressif ? Elle prendrait sans aucun doute la forme de All Fours,  quatrième album qui suit le chemin tracé par les grands frères. Si les trois premiers efforts exprimaient une folie dépressive aux tons incroyablement sombre, le dernier disque se voit plus mature, il subit toute cette folie certes… mais au lieu de la combattre physiquement, celui-ci tente de l’appréhender de loin, de l’étudier pour en tirer toute les subtiles nuances. Il en résulte que la haine et la dépression ne sont pas d'un noir mat uni, bien au contraire. Deafheaven, camarades attitrés du groupe avec lesquels Bosse-de-Nage sortira un split, l’a bien compris avec Sunbather deux ans plus tôt en proposant un mélange de shoegaze ensoleillé et de black noirci. Bosse-de-Nage propose ici sa version du drame en couleur, d’une toute autre manière ,peut-être même plus réelle.
Cette théorie de la noirceur en couleur est efficace. La réalité se voit augmentée. Soyons sincère, au sein d’une dépression peu importe la gravité, tout n’est pas noir il subsiste certains éléments colorés que nous nous forçons à taire pour lisser le produit, le rendre plus fort et plus homogène. Bosse-de-Nage nous offre un album par conséquent contrasté, le ratio noir/coloré est entièrement bousculé pour un mélange à la toute autre saveur que celle de Deafheaven. En effet, si ces derniers alternent les moments sombres et lumineux, nous permettant de les déceler aisément, Bosse-de-Nage eux mélangent au lieu d’alterner. Nous nous trouvons donc en face de riffs incompréhensibles, relativement peu complexes, mais à la teinte floue et innommable. Dans cet amas déjà inconnu s’ajoute un batteur venu d’ailleurs, disposant d’une science occulte du groove enchainant les patterns plus complexes et expressifs les uns que les autres. Au centre se trouve un homme à frisettes hurlant les larmes au yeux des poèmes et des histoires incompréhensibles… Terribles histoires, dramatiques. Sa voix glisse et lutte à contresens du tempo apportant une texture totalement inédite. La musique est stroboscopique, lunatique et avant tout brutale à l’image d’un post-black ravagé par la tempête, teinté d’un shoegaze aux teintes pales et délavées au possible.


Je n’ai rien compris de Bosse-de-Nage, et personne ne comprendra non plus. Et c’est mieux comme ça. Les plus beaux paysages sont ceux que l’homme n’a pas su ou n’a pas pu apprivoiser. Bosse-de-Nage induit la solitude la plus complète, la plus terrible, la plus fatale. Poignant, expressif et dramatique. Grave, extrême et acide. Le choc de l’année. All Fours.


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