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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 09 août 2015
Sa note : 18/20

LINE UP

-Björn Ove Ingemar "Speed" Strid
(chant)

-David Andersson
(guitare)

-Sebastian Forslund
(guitare+congas+percussions)

-Richard Larsson
(claviers)

-Charles "Sharlee D'Angelo" Petter Andreason
(basse)

-Jonas Källsbäck
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Nina Dahlgren
(narration)

-Rhiannon Cauthron
(narration)

-Tenille Zenoni
(narration)

-Amanda Yderstedt Davidsson
(narration)

-Lisa "Lips" Nitsopoulos
(saxophone)

-Åsa-Hanna Carlsson
(violoncelle

TRACKLIST

1) Sail On
2) Living for the Nighttime
3) Stiletto
4) Owaranai Palisades
5) Lady Jade
6) I Ain't Old, I Ain't Young
7) All The Ladies
8) Spanish Ghosts
9) Demon Princess
10) Skyline Whispers
11) Roads Less Traveled
12) The Heather Reports
13) Floridian Eyes (bonus digipack)

DISCOGRAPHIE


The Night Flight Orchestra - Skyline Whispers



Ils l'ont fait ! Trois ans après un miraculeux Internal Affairs plébiscité par à peu près tous ceux qui ont eu la joie d'y goûter, les Suédois de The Night Flight Orchestra délivrent une seconde offrande de hard rock vintage intitulée Skyline Whispers, infirmant la crainte d'un frustrant one-shot. Dès lors, question : le niveau ébouriffant du premier essai sera-t-il maintenu ou le projet parallèle des Vikings intègrera-t-il le rang compact des formations à l'infertile nostalgie ?

"Sail on", le titre d'ouverture, apporte un début de réponse. Riff saignant, claviers seventies, grosse partie de basse et (court) solo de piano : l'une des recettes gagnantes d'Internal Affairs est parfaitement reconduite, communiquant une irrésistible envie de se trémousser sur un rythme enlevé qui évoque le Deep Purple de l'époque Hughes/ Coverdale, stridences vocales incluses. Ces cris poussés par un Björn "Speed" Strid en pleine forme retentissent d'ailleurs sur la majorité des pistes estampillées hard rock des années soixante-dix, "Lady Jade" et "Demon Princess" en tête. Le soin particulier apporté aux mélodies – ah ces refrains addictifs ! - distingue cette fois encore The Night Flight Orchestra des habituelles formations revival : tous les ingrédients sont présents mais dosés avec soin – ainsi, la grande majorité des solos sont brefs, maintenant la tension et l'attention. Et lorsque les interventions solitaires tendent à s'allonger comme celles, délicieuses, de "Roads Less Traveled", elles s'effectuent sur un tempo élevé, histoire de ne pas trop paresser en route. Certains pourront reprocher un manque de folie dans cette manière de composer, difficile de s'en plaindre toutefois au vu du résultat – les maniaques du solo interminable, ce n'est pas cela qui manque dans la sphère hard rock/ metal, alors autant aller voir ailleurs si le format chanson paraît ici trop étriqué. En effet, la performance de l'Orchestre du Vol de Nuit réside probablement dans sa manière de laisser ses musiciens s'exprimer sans pour autant servir de déversoir à d'oiseux délires égocentriques. Ce qui n'empêche nullement d'admirer l'intelligente habileté des membres du désormais sextet, Sebastian Forslund (guitare et percussions) ayant officiellement intégré le collectif. Le guitariste et initiateur du projet David Andersson se montre toujours aussi inspiré, autant dans l'art de décocher un riff que celui de maîtriser un solo, Sharlee D'Angelo fait faire les montagnes russes à sa basse onctueuse, tandis que "Speed" confirme ses dispositions de crooner viril, entre retenue – généralement sur les couplets - et puissance – principalement sur les refrains.
Cependant, toutes ces bonnes dispositions figuraient déjà sur le premier enregistrement. Faut-il en déduire qu'il n'y a rien de neuf sous la carlingue ? "Living for the Nighttime", le deuxième morceau, laisse entrevoir quelques fluctuations : serti d'une boucle de synthétiseur évadée d'un tube d'italo-disco, le motif exécuté à la guitare rappelle les heures glorieuses de Survivor et oriente de fait le Courrier Nocturne vers les années quatre-vingts. Pas celles du thrash metal à son zénith, non : plutôt celles de l’aérobic et des épaulettes rembourrées. L'alternance seventies/ eighties n'est certes pas une nouveauté et confirme l'ambitieux parti-pris de The Night Flight Orchestra, là où la plupart des sections rétro se cantonnent à une seule période. Mais sur Skyline Whispers, la balance penche davantage vers la décennie la plus récente - Andersson et Strid, les deux compositeurs principaux, y assumant leur appétence pour cette époque un peu effrayante. Leur savoir-faire leur permet heureusement d'opérer un fructueux amalgame entre une vigueur omniprésente, incontestablement contemporaine, et les sonorités typique des années MTV distillées principalement par les claviers de Richard Larsson, celui-ci opérant une judicieuse sélection afin de rester dans les limites de la bienséance – on n'est pas chez Partenaire Particulier ou Duran-Duran. Quel délice de l'entendre s'embarquer dans de frénétiques spirales que le Darren Wharton du Thin Lizzy dernière mouture n'aurait pas reniées ! Quant à la suave mélopée qui s'échappe de ses machines sur la chanson-titre instrumentale, elle est simplement superbe (en plus de suggérer "The Great Gig in the Sky" du Floyd juste avant les beuglements). Alors c'est vrai, et comme sur Internal Affairs, le gang frise parfois la parodie. Et même l'auto-parodie sur "All The Ladies" dont le riff présente une filiation patente avec celui de "California Morning" issu de l'effort précédent.
Néanmoins, la capacité du gang nordique à tirer le meilleur de ses muses, même les plus douteuses, propulse les chansons à des cimes que bien peu de ses rivaux ont atteintes jusqu'à présent. L'un des secrets de sa réussite ne réside-t-il pas dans l'incorporation astucieuse d'ingrédients extérieurs au metal, aussi incompatibles soient-ils de prime abord ? Ainsi, le sus-mentionné "Living for the Nighttime" n'évoque guère les jeunes Saxon ou Diamond Head, mais plutôt un mélange entre le disco "Fame" (1980) et la pop orchestrale de "Music (was my first Love)" de John Miles (1976), un hit produit par Alan Parsons, dont le radio friendly "Prime Time" de 1984 a de toute évidence déteint sur le refrain. De même, l'introduction vaguement funky de "Stiletto" fait songer à ce que pouvaient commettre Kool and the Gang quand ces derniers se promenaient au sommet des charts, alors que le thème de l'intense "Spanish Ghosts" se révèle un calque de celui de "Part-Time Lover" de Stevie Wonder ! Or, aussi improbable que cela puisse paraître, ces morceaux tutoient l'excellence. Enfin, les adorateurs d'Internal Affairs qui n'ont pas oublié la grisante ballade "Transatlantic Blues" seront comblés avec un nouveau titre au long cours, le très rock-prog "The Heather Reports", rapidement dopé par une accélération à laquelle succède une séquence rappelant le fameux "Live and Let Die" de Paul McCartney ; s'installe alors une tension qui ne faiblira pas et culminera sur un passage jazz rock latino scandé par des congas tel qu'en déroulaient Santana et Al di Meola dans les seventies. Un très beau voyage, une fois encore.

 
Ils l'ont fait ! Trois ans après un miraculeux Internal Affairs plébiscité par à peu près tous ceux qui ont eu la joie d'y goûter, les Suédois de The Night Flight Orchestra offrent un second album qui n'a pas à rougir de la comparaison avec son aîné. Si l'effet de surprise ne peut plus être invoqué, le cap braqué sur les années quatre-vingts intrigue suffisamment pour éviter la redite et confirme le potentiel bluffant des Scandinaves à tirer le meilleur de ce qui les emballait dans leur jeunesse - y compris les trucs un peu suspects. Loin, si loin d'un simple recyclage... Allez hop, tout le monde dans l'avion !
 
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